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L'UE fébrile, l'Amérique chargée

Julien Cottineau

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Sergio Leone le faisait dire à Clint Eastwood en 1966 : « Le monde se divise en deux catégories de gens, mon ami. Ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent ». La tirade du Bon, La Brute et le Truand a de quoi s'appliquer à la situation actuelle entre la chimie européenne et sa cousine qui batifole de l'autre rive de l'Atlantique. En cette mi-décembre, les fédérations européenne et américaine ont toutes deux publié leurs perspectives pour 2017 et esquissé le bilan 2016. Et le contraste est frappant.
 

« Des différences notables entre les segments dans l'UE »


Selon le modèle Leone, l'UE a donc plus un profil pour creuser. Le Cefic table sur une croissance de 0,5 % pour la production chimique de l'UE en 2017. Ce serait déjà mieux que le 0 % qui risque d'être enregistré pour l'exercice 2016, et qui est loin du 1 % qu'ambitionnait le Cefic, il y a tout juste un an (CPH n°743). En 2017, la modeste reprise annoncée devrait être tirée par plusieurs facteurs. La demande de deux des plus grands marchés aval, l'automobile et la construction, devrait s'accélérer. C'est une bonne nouvelle. Du côté de l'agriculture, la demande devrait se stabiliser, permettant aux engrais et aux phytosanitaires de retrouver une certaine dynamique, mais en partant de niveaux très faibles. La pétrochimie pourrait encore soigner ses marges grâce à un prix du pétrole toujours modéré. Pour les polymères, la demande s'annoncerait robuste pour les secteurs de l'emballage et de la construction mais moindre pour l'automobile. La croissance fébrile de la demande industrielle et de la grande consommation devrait par ailleurs donner un léger coup de pouce aux spécialités.
 

En 2016, le Cefic a relevé des différences notables entre les segments. La pétrochimie a retrouvé des couleurs après des années de contraction. Mais souffre encore d'un coût deux fois plus élevé pour son éthylène par rapport aux États-Unis, malgré le prix bas du brut. Les polymères ont bien profité de la reprise de la demande dans l'automobile, l'emballage et l'électronique. Les inorganiques de base ont par contre plongé avec une demande morose en engrais. La demande agricole a aussi plombé les phytosanitaires, et par ricochet pesé sur la chimie fine et les spécialités. Enfin, les produits de grande consommation ont subi la pression compétitive des exportations.
 

En face, l'Amérique avance chargée. Biberonnée au gaz de schiste, elle s'offre un bilan et des perspectives autrement plus positifs. Bien sûr, il y a quelques ratés, comme le dollar fort, une demande affaiblie à l'export, et le prix bas du pétrole qui pèse sur les investissements dans ce secteur. Du coup, la croissance de la production devrait se limiter à 1,6 % pour 2016 selon l'American Chemistry Council (ACC). En 2017, la fédération américaine prévoit toutefois un bond de 3,6 %, et même de 4,8 % pour 2018. Les ventes devraient ainsi passer de 797 milliards de dollars en 2016 à plus de 1 000 Mrds $ en 2020 ! L'effet gaz de schiste est palpable à tous les niveaux. L'ACC assure que tous les segments, de l'agrochimie aux résines plastiques, ont profité de cet avantage majeur en termes d'énergie et de matière première pour accroître leurs productions en 2016. La croissance de la production provient aussi des faramineux investissements sur le sol américain. Entre 2010 et décembre 2016, 275 projets industriels ont été annoncés pour une valeur d'investissements supérieure à 170 Mrds $. 49 % de ce total est en phase de construction ou de finalisation ! À ce stade, comme à la fin du magistral western de Leone, le rapport de force est clairement déséquilibré.

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