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L'UE inquiète de la fusion Bayer-Monsanto

Julien Cottineau

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C'était écrit d'avance. La Commission européenne a annoncé le 22 août ouvrir une enquête approfondie sur le projet de fusion Bayer-Monsanto. Il y un an, lorsque l’offre du géant allemand avait été acceptée (CPH n°773), les observateurs anticipaient de délicates tractations avec les autorités de la concurrence. Déjà, les opérations Syngenta-ChemChina et Dow-DuPont, en passe d’être finalisée plus d’un an et demi après l’annonce du projet, ont pris un temps conséquent. La route s’annonce plus rude pour Bayer et Monsanto. D’une part car il s’agit de former le leader mondial d’un marché archi-dominé par une poignée de colosses. D’autre part car elle est étudiée après les deux opérations suscitées et donc sur un marché encore plus concentré. Enfin, avec l’image particulièrement dégradée de Monsanto en Europe dans l’opinion publique, ce projet avait déclenché, sur le Vieux continent, des cris d’orfraies dès son annonce. La Commission souligne d’ailleurs avoir reçu une multitude de pétitions hostiles via courriers électroniques, tweets, lettres, et même cartes postales !

Il n’y avait donc pas besoin d’une boule de cristal pour anticiper une investigation poussée de la part de l’UE. Nous y sommes donc. La Commission a reçu le dossier de la transaction le 30 juin. Et dispose d’un délai de réflexion jusqu’au 8 janvier 2018 pour statuer. Elle a précisé avoir obtenu au 31 juillet des engagements de la part de Bayer et de Monsanto pour dissiper ses doutes quant aux risques que pourraient engendrer cette fusion sur le marché des pesticides et des semences. La crainte principale est de voir agriculteurs et consommateurs faire face à des prix accrus, une qualité moindre, un choix plus restreint, et une innovation au ralenti. Mais ces garanties ont été perçues comme « insuffisantes pour écarter les sérieux doutes concernant la compatibilité de la transaction avec les règles euro- péennes sur les concentrations », assène l’UE. La Commission n’a d’ailleurs même pas tenté de les soumettre aux autres concurrents. Enfin, en raison de la portée mondiale des deux protagonistes, l’UE examinera le dossier en étroite coopération avec d’autres instances de régulation, notamment américaines, canadiennes, australiennes, brésiliennes et sud-africaines. Dans le domaine des pesticides, l’UE s’inquiète surtout du très controversé glyphosate (Monsanto), l’herbicide non-sélectif le plus vendu en Europe, car Bayer produit l’un des rares produits alternatifs, le glufosinate-ammonium. Sur le front des semences, Bayer et Monsanto disposent de parts de marché conséquentes dans les légumes et les grandes cultures, comme le colza et le coton, et recensent souvent des produits aujourd’hui concurrents. Enfin, la Commission s’inquiète des compétences rassemblées de Bayer et de Monsanto dans les traits de caractérisation des semences ainsi que dans la digitalisation. Pour finir, ce futur géant se poserait comme l’acteur le mieux intégré de l’agrochimie, doté du plus vaste portefeuille de pesticides au monde, et des plus fortes positions mondiales dans les semences et les traits.

L’UE semble ainsi très préoccupée. Et peu engageante. Publiquement, Bayer a limité sa réponse à sa foi dans les bénéfices qui pourraient découler de l’opération pour les agriculteurs et les consommateurs, et à sa volonté de travailler étroitement avec la Commission dans le cadre de l’enquête. Avec l’espoir de boucler l’affaire avant la fin de l’année. Mais les tractations s’annoncent périlleuses. Les remèdes réclamés seront-ils acceptables ? Quelles concessions Bayer et Monsanto seront-ils prêts à vraiment faire ?

 

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