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L'UIC préconise plus de transparence et de dialogue

Par Sylvie Latieule

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En France, l'industrie chimique souffre d'une mauvaise image, alors qu'elle fait partie des bons élèves de l'économie. Le grand public a tendance à rejeter certains de ses produits, quand l'administration et les élus poussent à la sur-réglementation. Pour changer les états d'esprit, l'industrie chimique a décidé d'engager une nouvelle démarche de dialogue auprès de ses parties prenantes, en commençant par l'organisation d'une grande réunion, le 7 décembre, à la Maison de la chimie.

L'Union des industries chimiques (UIC) a organisé, le 7 décembre, un grand colloque à la Maison de la chimie qui a réuni 220 industriels de la chimie, des parlementaires et représentants des pouvoirs publics et du monde associatif. Son slogan : la chimie un atout pour la France. L'organisation professionnelle a connu de nombreux changements, ces derniers mois. Après l'élection de Pascal Juéry à la présidence, à la mi-2016, Magali Smet a succédé à Jean Pelin à la direction générale en avril 2017, insufflant un nouveau style avec l'aide d'une équipe de communication renouvelée. L'une des volontés clairement exprimées par l'organisation est désormais la transparence. Il faut pouvoir parler de tout et même des sujets qui fâchent. C'est un positionnement qui est présenté comme une rupture par rapport aux habitudes de la profession souvent caricaturées par l'expression : « pour vivre heureux, vivons cachés ». Un premier exemple avec le lancement du site Web « Perturbateurs endocriniens : parlons-en » où l'industrie chimique essaie d'apporter une information la plus neutre, la plus objective mais aussi la plus pédagogique possible. Ceci afin de permettre à chacun de se faire sa propre opinion.

Autre exemple, ce jeudi 7 décembre, à travers le choix des conférenciers. Dans une première table ronde, le député du Jura Jean-Marie Sermier, Les Républicains, vice-président de la commission développement durable, a côtoyé Virginie Delcroix, nouvelle directrice développement durable d'Arkema, et Alain Chabrolle, vice-président de France nature environnement. Ce dernier a déclaré : « nous mesurons les progrès accomplis pour améliorer la santé et diminuer l'empreinte environnementale, mais des sujets persistent », a-t-il déclaré. Il a, par exemple, évoqué le sujet des pesticides, des sols pollués, les nanoparticules, les problèmes de santé de certains riverains de Fos... Pour le député Jean-Marie Sermier, cette mauvaise image de la chimie serait plutôt une affaire de communication. « Toute avancée technologique est perçue aujourd'hui comme un risque. Or dans la chimie depuis une trentaine d'années, vous n'avez pas réussi à être plus ouverts et explicatifs. Vous devez ouvrir vos entreprises et faire visiter vos sites encore davantage », a-t-il conseillé. « Aujourd'hui, on est dans de l'irrationnel. Un produit a beau avoir toutes ses autorisations, si un reportage « casse le produit » vous ne vous relevez pas », a poursuivi le député. Virginie Delcroix a souligné, à cet effet, le très fort décalage qui existe entre la perception négative du grand public et celle des professionnels de la chimie qui sont convaincus de travailler pour une industrie responsable. À ce jeu de la vérité, Dominique David, ex-déléguée générale de l'UIC Aquitaine récemment élue députée LREM en Gironde, a tenu des propos qui ont pourtant été appréciés de façon contrastée : « l'opinion publique n'accepte plus certains produits. C'est peut-être économiquement perçu comme injuste, c'est peut-être scientifiquement totalement infondé, mais c'est une réalité dont le secteur de la chimie doit prendre acte et à laquelle il doit se confronter. La chimie a le savoir-faire, il faut qu'elle investisse dans le faire savoir ». Le débat sur la transparence et sur les choix de communication a effectivement été lancé.

 

Une forte contribution à l'économie du pays

 

Bien entendu, cette journée a été l'occasion de marteler quelques messages clés. La chimie en France reste une industrie de croissance, avec une forte contribution à notre économie. « Nous allons atterrir aux alentours de 3 % de croissance en 2017 », a estimé Pascal Juéry, rappelant que l'industrie chimique c'est aussi 7 milliards d'euros d'excédent commercial, 3 300 entreprises dont 95 % d'ETI et PME et 165 000 salariés. D'où l'importance de maintenir des conditions de compétitivité favorables, notamment un accès à une énergie compétitive, pour se développer à armes égales avec la concurrence internationale. Elle plaide également pour un cadre public adapté à l'industrialisation des innovations de la chimie à travers une règlementation équilibrée et pragmatique. Elle appelle enfin à la mise en oeuvre d'une politique forte et ambitieuse pour attirer davantage d'entreprises sur le territoire en donnant un véritable statut aux plateformes industrielles et en renforçant le Crédit impôt recherche et Crédit impôt innovation. D'ores et déjà, l'UIC se félicite de la réflexion lancée avec Bpifrance pour concevoir un programme d'accompagnement assorti d'outils pour accélérer la croissance et la compétitivité des entreprises de la filière chimie. « La France a des atouts exceptionnels, mais ces dernières années nous étions en deçà de notre potentiel. Il faut désormais transformer nos atouts en prospérité durable », a déclaré Pascal Juéry.

Et cela sera peut-être rendu possible par un alignement des planètes tout à fait unique. En effet, alors que la reprise économique se fait sentir, Yves Blein, député LREM du Rhône, affirme que le rapport à la réglementation et à la norme est en train de changer par rapport au précédent quinquennat. Une très bonne nouvelle pour la chimie qui est une industrie parmi les plus réglementées. « Le fait qu'il ne faut pas surenchérir par rapport à l'Europe est aujourd'hui compris » a ajouté le député. Certes, le cas du glyphosate que la France souhaite interdire dans trois ans, alors que l'Europe vient de reconduire le produit pour 5 ans, est un contre- exemple criant. Mais le député explique qu'il faut s'inscrire dans le temps long : « le confort de la réglementation automatique est en recul dans les mentalités du monde politique et de l'administration ».

 

Le retour de l'industrie

 

Et puis, il a ajouté que l'industrie est en train de reprendre sa place dans l'économie du pays, y compris dans l'esprit des élus locaux qui n'y étaient pas favorables. Arnaud Montebourg avec ses marinières a été un lanceur d'alerte. Aujourd'hui, les mesures du gouvernement sont censées accompagner ce mouvement. Pascal Juéry a noté les signaux positifs de refonte du CNI sous une forme plus opérationnelle ainsi que le fonds de 10 milliards d'euros annoncé par Bruno Lemaire pour financer des innovations en rupture (PIA3). « Reste à transformer le discours en réalité concrète », a déclaré Pascal Juéry qui reste très sensible au sujet de la préservation de la compétitivité.

À l'issue de la matinée, l'UIC et la Fondation de la Maison de la chimie ont procédé à la cérémonie de remise du Prix Pierre Potier qui récompense les innovations en faveur du développement durable. Petite déception, cette année, pour les « aficionados » de ce prix car les dix précédentes éditions s'étaient toujours tenues à Bercy en présence du ministre de l'Économie. Co-lauréat du prix Nobel de Chimie 2016, le professeur Jean-Pierre Sauvage, parrain de ces trophées, n'avait pas davantage pu faire le déplacement. Mais il ne s'agira peut-être que d'une parenthèse avant de donner un nouveau lustre à ces célèbres trophées pour leur prochaine édition. ?

LES 3 LAURÉATS DES PRIX PIERRE POTIER 2017

BASF France est récompensé pour la mise au point, en collaboration avec l'entreprise Capsul'in, d'une résine biosourcée, transformable en capsules de café certifiées compostables. Il s'agit en fait d'un nouveau grade de son polymère biodégradable et partiellement biosourcé ecovio qui a été élaboré pour résister à la température et est compatible avec le contact alimentaire. M2i Development est primé pour l'élaboration d'une synthèse innovante d'une phéromone utilisée comme méthode de lutte biologique pour protéger les vignes contre le ver de la grappe (méthode de bio-contrôle). Au lieu de dix étapes, la synthèse a été réalisée en 3, avec une pureté isomérique accrue. Résultat, cette phéromone, qui ne pouvait être utilisée que dans 4 % des plus grands vignobles en raison de son prix élevé, va pouvoir largement se démocratiser. Enfin, une Médaille du prix Pierre Potier a été décernée à la société AFULudine. Cette dernière est récompensée pour la mise au point de lubrifiants hydroalcooliques, non huileux et plus écologiques, destinés à la mise en forme de matériaux métalliques.

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