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La CGT contre le pipeline

Julien Cottineau

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L'incertitude nourrit l'inquiétude. Au point mort depuis des mois, le projet d'un pipeline d'éthylène et de propylène reliant la plateforme pétrochimique de Carling à celles d'Europe du Nord resurgit aujourd'hui. Mais de manière indirecte, non pas via les premiers acteurs concernés, mais à travers la CGT. Sa Fédération nationale des industries chimiques (FNIC) vient de se prononcer contre le projet. Une prise de position fondée sur les conclusions d'un rapport du Cidecos, un cabinet d'expertise spécialisé en économie et droit des comités d'entreprise, commandé au printemps par la FNIC inquiète de possibles conséquences sociales et économiques d'un raccordement aux pipelines nord-européens. Après étude dudit rapport, la FNIC estime que cette construction n'a « aucune utilité puisqu'il n'y a pas de déficit en éthylène ». Selon le Cidecos, il existerait actuellement un excédent de 230 000 tonnes d'éthylène en France. Soit presque 10 % de la production enregistrée l'an dernier par le Syndicat de la chimie organique de base (2,33 Mt, CPH n°554). De quoi inciter les pétrochimistes et chimistes à investir pour utiliser ces capacités au lieu d'augmenter les capacités disponibles en allant les chercher dans le nord de l'Europe, juge la FNIC. Or ce qui est craint par le syndicat est exactement l'inverse : à savoir que le pipeline pourrait inciter les pétrochimistes en France à encore plus réduire la voilure. Le groupe Total qui vient de fermer l'un de ses deux vapocraqueurs à Carling est particulièrement visé. La reprise de la raffinerie d'Ineos à Lavera par PetroChina et l'annonce récente de la cession de la raffinerie de LyondellBasell à Berre sont des signaux supplémentaires pour le syndicat, qui voit dans ces opérations des risques de désengagement des industriels du raffinage et de la pétrochimie, avec tous les risques envisageables sur l'emploi. Pour éviter tout risque de « casse industrielle », le Cidecos préconise plutôt que le pipeline de « remonter le niveau de consommation en éthylène sur l'axe Est ». Hormis le fait d'accuser Total et Ineos de peser malicieusement sur le prix de l'éthylène, la FNIC s'oppose par ailleurs à ce qu'une éventuelle construction soit en partie financée par des fonds publics et européens « au regard des profits générés dans les différents groupes ».

« Eviter tout risque de casse industrielle »

« Cela fait plus de dix ans qu'on parle de ce projet, c'est avec une certaine surprise que cette réaction de la CGT arrive maintenant », s'étonne Jean Pelin, directeur général de l'UIC. Jusqu'alors, ce projet qui nécessiterait des investissements d'une centaine de millions d'euros et environ trois ans de travaux n'avait pas rencontré d'opposition réelle. Mais n'avait pas beaucoup avancé. A l'automne, Christian Estrosi, alors ministre chargé de l'Industrie avait pourtant appelé lors de la création du Comité stratégique de filière Chimie et matériaux, à une concrétisation dans les quatre ans (CPH n°526). Un appel resté depuis sans suite. A l'inverse de la FNIC, l'UIC soutient fortement le projet, perçu comme « majeur pour le désenclavement et le développement de la pétrochimie et la chimie en Lorraine » et essentiel pour l'ensemble de la chimie en France avec la garantie et la sécurité des approvisionnements en matières de base, affirme Jean Pelin. D'autant qu'à l'horizon 2015-2020, une étude de l'UIC avait démontré que les capacités d'éthylène ne seraient pas en excédent en France. Elles accuseraient bien au contraire un déficit de 590 000 tonnes. Ce dont n'est pas persuadée la CGT qui entend interpeller les pouvoirs publics sur le sujet de ce pipeline qui, à défaut de se concrétiser, est encore dans les tuyaux.

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