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La chimie au service de la sécurité des biens et des personnes

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En février, la Fédération de la Maison de la chimie a organisé une nouvelle édition de sa série de colloques « Chimie et... ». Cette édition a exposé la contribution de la chimie dans la lutte contre la criminalité ou la sécurité des installations industrielles.

Enquête sur des accidents industriels, toxicologie médico-légale, profilage de stupéfiants... La sécurité et la lutte contre la criminalité font appel de manière importante à la chimie. C'est pour détailler les contributions de la chimie dans ce domaine que la Fédération de la Maison de la Chimie (FMC) a consacré, en février dernier, la dernière édition de sa série de colloques « Chimie et... » à l'expertise pour la sécurité des biens et des personnes. Il a réuni des experts des organismes et instituts criminalistiques, et acteurs de la recherche pour échanger et débattre du rôle de la chimie dans les techniques actuelles d'investigation.

Popularisées par les séries télévisuelles américaines telles que « les Experts », les techniques de chimie analytique servent au cours des enquêtes à l'identification et à la caractérisation d'échantillons prélevés sur le terrain. « La chimie analytique n'a pas de définition précise, mais tout le monde la reconnaît. Elle a pour rôle de séparer, d'identifier et de doser les différentes molécules chimiques », explique Patrick Arpino, directeur de recherches du Laboratoire d'électrochimie, chimie des surfaces et modélisation pour l'énergie (Lecime) de Chimie ParisTech. Il poursuit son explication : « La chimie analytique est une science servante permettant de constater, mais ce sont les experts qui interprètent les résultats ». La chimie analytique permet donc de fournir des résultats dont l'application et l'interprétation diffèrent selon le secteur applicatif visé. « La chimie analytique se banalise et tend à disparaître en tant que discipline à part entière. Sa maîtrise ne tient plus qu'à une question d'équipement avec des limites de détection toujours plus réduites. L'expert est de plus en plus séparé de l'équipement. Or cette chimie ne se limite pas aux appareils d'analyse car il est nécessaire de transmettre de façon claire et précise les résultats », déplore Patrick Arpino. Un avis partagé par Pierre Carlotti, directeur du laboratoire central de la préfecture de police (LCPP) : « La chimie analytique n'est qu'une brique dans la construction d'une expertise. Il est nécessaire de penser la chimie en fonction des réponses apportées par la chimie ».

 

La chimie pour lutter contre la criminalité

 

Pour le secteur de la criminalistique, l'analyse des échantillons peut être effectuée par un laboratoire dédié. Nous trouvons, par exemple, l'Institut national de police scientifique (INPS). Il s'agit d'un réseau de six laboratoires de semi-proximité, qui permet l'exploitation des traces par l'autorité judiciaire et les services d'investigation. « Au sein de l'Institut, 80 % des analyses concernent des affaires de délit », précise Frédéric Dupuch, directeur de l'INPS. Par exemple, le laboratoire est chargé de la recherche de différentes substances dans le cadre de la sécurité routière : éthanol, cannabinoïdes (THC et métabolites), opiacées, cocaïniques et amphétaminiques. « Nous faisons fréquemment la recherche de médicaments (anxiolytiques, psychotropes, etc.) et d'éléments métalliques dans les différents milieux biologiques : sang, urine, salive, phanères, etc. », détaille Pauline Sibille, ingénieure de recherches à l'INPS. Avant de continuer : « Pour la caractérisation, il est nécessaire de purifier le prélèvement via une extraction, avant de le passer en chromatographie pour séparer les éléments et de les caractériser par spectrométrie de masse ». Les capacités de chimie analytique permettent également d'identifier, d'évaluer la pureté et de profiler des stupéfiants. « Les stupéfiants sont rarement à l'état pur, ils sont coupés avec des produits comme des solvants. En analysant les substances, il est possible de détecter des traces de solvants ou des résidus d'extraction, afin de pouvoir en découvrir la provenance », explique Laurence Dujourdy, ingénieur de laboratoire à l'INPS. « Le défi dans les années à venir est de répondre aux requêtes en temps réel, notamment pour le screening, la datation de traces et les outils d'aide à l'interprétation », détaille Frédéric Dupuch. Autre exemple avec l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). « Les laboratoires de l'IRCGN sont dotés d'un plateau technique comprenant des équipements comme des spectroscopes raman, afin de réaliser des études sur les prélèvements de fibres, de cheveux, ou d'empreintes », décrit le colonel Patrick Touron, directeur adjoint de l'IRCGN.

En ce qui concerne la sécurité industrielle, la chimie offre plusieurs possibilités pour pallier et prévenir les accidents industriels. « Il y a trois grandes catégories d'action. D'une part, la théorie permet de prédire l'effet dangereux de produits, via l'étude des surfaces réactionnelles, l'incompatibilité chimique et les tests d'hypothèse. Ensuite, l'action en situation d'urgence après sollicitation des pouvoirs publics, comme par exemple l'accident sur le site de Lubrizol. Enfin, nous pouvons être chargés de recherches expliquant certains désordres environnementaux ou sur la santé. Par exemple, l'effet de féminisation des poissons dans les cours d'eau à cause des composés oestrogéniques pharmaceutiques », développe Pierre Toulhoat, directeur scientifique de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris).

 

Expliquer un accident industriel

 

Lors d'une enquête, les experts de l'Inéris ont pour mission, entre autres, de recueillir les preuves non pérennes, les témoignages à chaud, des données sur les installations de l'entreprise atteinte en vue des les analyser et de déterminer la causalité de l'accident. « Nous retraçons la chronologie des événements, puis un arbre des causes pour expliquer l'accident. Ensuite, nous proposons une série d'améliorations techniques pouvant être mises en place », raconte François Fontaine, responsable de la coordination de l'activité Sécurité globale et situations d'urgence à l'Ineris. Avant d'ajouter : « Les accidents d'explosion sont parfois la conséquence du changement de formulation d'un produit. Généralement, cette nouvelle formulation est plus réactive, et les installations de production ne sont pas redimensionnées, ce qui accroît les risques d'accident ».

Cet événement a ainsi permis de mettre en lumière les contributions de la chimie, notamment en analyse, dans l'expertise en vue de garantir la sécurité des biens et des personnes.

Mais la démocratisation de la chimie analytique ne doit pas faire oublier que cette discipline fait appel à des connaissances scientifiques complexes. Les résultats d'analyses de qualité ne se résument pas uniquement à l'investissement sur des équipements de pointe, mais aussi au temps laissé pour interpréter les résultats.

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