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La chimie doit trouver ses marques

Par Sylvie Latieule

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Alors que le projet Alliance pour l'industrie du futur a été formaté pour les industries mécaniques, l'industrie chimique, qui y a adhéré, essaie de trouver sa place. Persuadée que les nouveaux outils promus, dont le numérique, vont la faire progresser.

Tout est parti du recensement des technologies stratégiques pour la compétitivité des entreprises françaises à l'horizon 2020. Les cabinets Erdyn et Alcimed ont avancé le chiffre de 47, dans le cadre d'une étude commandée par le ministère de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique. Mais de l'ingénierie génomique aux dispositifs bioembarqués, en passant par l'internet des objets ou la robotique autonome, toutes ces technologies ne concernent pas directement l'industrie chimique. « La vision de l'industrie du futur s'applique avant tout à l'industrie mécanique et à des secteurs à flux discontinus. Or l'usine connectée et pilotée par ses données, cela existe déjà dans la chimie » a souligné Jean Pelin, directeur général de l'UIC, à l'occasion de la journée Chimie du futur, organisée le 21 juin par l'Usine Nouvelle et InfoChimie Magazine. D'où la volonté de l'Union des Industries Chimiques (UIC) de s'engager dans l'Alliance pour l'industrie du futur, et de lancer une vaste réflexion sur le sujet. L'objectif étant de comprendre comment injecter un maximum de nouvelles technologies dans les produits et matériaux, les procédés et la « supply chain ».

Premier exemple avec le big data. Par sa capacité à traiter des flux importants de données, il pourrait apporter des informations précieuses en toxicologie sur les effets cumulés de certains produits chimiques. La CAO et la fabrication additive pourraient permettre d'accélérer le développement d'objets. Et si la maintenance prédictive existe déjà, l'usage de lunettes connectées et de la réalité augmentée pourrait contribuer à former des opérateurs et à réaliser des opérations de maintenance à distance. Forte de ces réflexions, « la chimie doit donner une impulsion supplémentaire à l'Alliance qui est trop tournée vers le numérique et la robotique », a estimé le directeur général. C'est pourquoi, il s'est attardé sur sept briques technologiques clés : la digitalisation de la chaîne de valeur, l'automatisation transitique/robotique, la fabrication additive, le monitoring contrôle, les composites et nouveaux matériaux d'assemblage, la place de l'homme dans l'usine, l'efficacité énergétique et l'empreinte environnementale. Il a estimé que l'industrie chimique avait un rôle central à jouer dans ces domaines et a incité les entreprises grandes et petites à se montrer plus proactives sur le sujet. Pourtant, cette dynamique a déjà commencé à porter ses fruits, puisque sur les 7 projets labellisés Usine du futur, 2 sont à mettre à l'actif d'Air Liquide (projet Connect) et d'Arkema (projet Elium).

Jean Shreng de List/CEA Tech a complété cette introduction en insistant sur les aspects humains. « 65 % des métiers de 2050 n'existent pas encore », a-t-il annoncé. Par ailleurs, le numérique devrait permettre d'accroître le travail en équipe, le partage des idées et la qualité de vie au travail, avec dans l'usine, l'apparition d'opérateurs superviseurs, plus impliqués dans la définition de leurs tâches.

À Chalampé dans le Haut-Rhin, Solvay est en train de transformer son site de 1 000 personnes en une usine 4.0. Avec l'aide de Siemens, le groupe chimique renouvelle l'ensemble de ses systèmes de conduite. Christophe Bernard, directeur industriel de la GBU Performance Polyamides, a souligné l'intérêt de plusieurs systèmes : l'OTS (Operating Training System) correspondant à un simulateur de conduite de procédés pour former les opérateurs, le SCP (Système de commande prédictive) qui a permis un gain de 2 à 5 % de la consommation d'énergie ou les tablettes numériques pour les rondes de maintenance. Fabrice Del Corso, International Expert Gas production et energy, a, de son côté, évoqué l'intérêt des nouvelles technologies pour réconcilier l'efficacité énergétique et la flexibilité dans son métier de gazier industriel.

 

Miser sur la compétitivité

 

En dehors de ces considérations technologiques, il faut garder à l'esprit que l'industrie chimique 4.0 se doit aussi d'être une industrie compétitive. Or on ne sait que trop que la chimie européenne a reculé dans le classement mondial, ces dix dernières années. Nicolas de Warren, directeur des relations institutionnelles d'Arkema, est revenu sur ce phénomène en brossant le portrait de l'industrie chimique en Chine. Mais alors que le pays a su capter des investissements colossaux, il se trouve aujourd'hui confronté à de nouveaux challenges : décroissance rapide des gains de productivité, surcapacités, inflation des coûts, bulle d'endettement des opérateurs, dégradation de l'environnement... Des éléments qui présagent de prochaines vagues de restructurations, auxquelles les acteurs européens installés sur le territoire devront participer. Menace ou opportunité ? Nicolas de Warren a expliqué que les surcapacités chinoises ne vont pas nécessairement inonder les marchés européens. Notamment en raison de la réaction d'autres zones comme le Moyen-Orient et les États-Unis, la stratégie mondiale des groupes internationaux, la difficulté d'accéder aux canaux de commercialisation, les restructurations intérieures.

En attendant, les industriels de la chimie installés en France continuent de jouer la carte de l'exportation. Pierre Beccat, président du pôle Axelera, et Vincent Touraille, directeur général de PCAS, étaient là pour le rappeler. Sur une balance déficitaire de 63 milliards d'euros pour la France, la chimie affiche un excédent de 7 milliards d'euros.

Puis, l'importance de la relation client a été illustrée par Alain Molina, président de Mäder, et Stephan Auberger, p-dg de Salveco. La capacité à créer de la valeur pour le client est au coeur de cette chimie innovante et de spécialité que l'on cherche à promouvoir en France. « Il est important de connaître le marché de nos clients et celui des clients de nos clients. Il faut être capable de délivrer des solutions pour des problèmes qu'ils identifient et des problèmes qu'ils n'identifient pas. Puis, on affine les produits avec des co-partenariats », a confirmé Stephan Auberger qui cherche à promouvoir une chimie biosourcée responsable, plus saine pour l'homme et son environnement. Il a également présenté sa société aux côtés de 3 start-up innovantes - Enobraq, Afyren et Smartinst - emblématiques du renouveau de la chimie.

 

Penser durabilité

 

Pour illustrer le challenge de la durabilité, Caroline Pétigny, manager Sustainability and Science Relations chez BASF, est venue expliquer comment son groupe renforce sa position d'entreprise leader de la chimie dans le monde en continuant à combiner succès économique, responsabilité sociale et respect de l'environnement. Les moyens d'atteindre cet objectif sont d'ailleurs décrits dans sa baseline « Nous créons de la chimie pour un avenir durable ».

Puis, Pascal Mauberger, président de McPhy Energy et Patrice Gaillard, directeur de la plateforme Canoe, ont illustré la contribution de la chimie à la transition énergétique. Le premier a évoqué les opportunités d'une économie de l'hydrogène qui serait basée sur le développement de l'électrolyse de l'eau, utilisant de l'électricité d'origine renouvelable. Le second a présenté le projet Porcinette (PlatefORme ChImie Nature et EfficaciTé Transition Énergétique), visant à installer un démonstrateur à Lacq, intégrant une pale éolienne, des panneaux photovoltaïques, des systèmes de stockage de l'énergie et une maison basse consommation afin de tester des briques matériaux.

La journée s'est achevée par une allocution d'Olivier Ubrich, directeur général de BASF France. « Le data, c'est le nouveau pétrole », a-t-il déclaré. Avec cet afflux de données, des changements profonds sont en train de se dessiner : partage en temps réel, personnalisation de masse, transparence augmentée... « Les changements observés dans d'autres domaines comme les media, la logistique ou l'hôtellerie vont finir par arriver dans la chimie », a ajouté le dirigeant qui estime qu'elle va devoir investir davantage dans la digitalisation. À ce propos, Olivier Ubrich a expliqué que « pour la première fois dans l'humanité, la jeune génération en connaissait davantage sur le sujet que les personnes plus âgées ». Une jeune génération qui a pour caractéristique d'être connectée, entrepreneuriale et fonctionnant en groupe. D'où la conclusion qu'il va falloir s'ouvrir vers les jeunes pour bâtir l'industrie chimique de demain.

 

L'objectif est de comprendre comment injecter un maximum de nouvelles technologies dans les produits et les matériaux, les procédés et la « supply chain ».

 

NOUVELLE AQUITAINE, UNE RÉGION ENGAGÉE

À l'occasion de leurs assemblées générales du 10 juin à Bordeaux, l'UIC Aquitaine et Aquitaine Chimie Durable ont organisé une table ronde sur le thème « Quelle usine du futur pour les industries chimiques ». L'idée était de comprendre en quoi les nouvelles solutions high tech - objets connectés, big data, robots...- pouvaient impacter l'industrie chimique. La région Aquitaine, qui dit être à l'origine du plan national Alliance pour l'usine du futur grâce à Alain Rousset, son président de région, en a fait une déclinaison locale à travers l'accompagnement d'entreprises retenues dans le cadre d'un appel à projets. Pour l'heure, sur les 280 entreprises accompagnées, seules 3 figuraient parmi les adhérents de l'UIC, confirmant un besoin de pédagogie. François Pellerin, directeur du Projet Usine du Futur pour la Nouvelle Aquitaine, a tenté de tempérer les inquiétudes des industriels présents dans la salle, en expliquant qu'avant d'être connectée, l'usine devait être compétitive. Toute sa démarche consiste d'ailleurs à les inciter à « commencer par des choses simples », comme le Lean Manufacturing.

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