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« La chimie du végétal n'a peut-être pas encore été assez aidée »

Propos recueillis par Sylvie Latieule

Le directeur général adjoint de l'IFPEN, Pascal Barthélemy, assure le pilotage du plan « Chimie verte et biocarburants » qui vise à créer les conditions favorables pour investir dans ces domaines. D'ici à cet été, les premiers projets pourraient être lancés.

En septembre 2013, le président François Hollande lançait 34 plans de reconquête industrielle, définissant des priorités pour une nouvelle politique industrielle de la France à l'horizon 2020. Parmi ces plans, il en est un, intitulé « Chimie verte et biocarburants », qui a été placé sous la responsabilité de Pascal Barthélemy, directeur général adjoint de l'IFP Énergies nouvelles. Après 9 mois de travaux et consultations, Pascal Barthélemy a été en mesure de présenter au gouvernement une feuille de route ambitieuse faisant état de 45 projets qui pourraient conduire à 2 milliards d'euros d'investissements et la création ou la pérennisation de 5 000 emplois d'ici à 2020. Ce plan a été validé, le 2 juillet 2014, par Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif. En ce début d'année 2015, Pascal Barthélemy fait un point d'étape sur ce dispositif.

 

Info Chimie : Pouvez-vous rappeler la philosophie générale de ce plan pour tout ce qui touche à la valorisation de la biomasse ?

Pascal Barthélemy : L'idée est, qu'en France, nous avons d'importantes ressources agricoles et sylvicoles avec la production d'huile, de sucre et d'amidon. L'objectif du plan est de tirer le maximum de bénéfices de cette richesse. Dans un premier temps, il s'agit d'identifier les besoins en ressources de l'industrie chimique, tant en termes de quantités que de qualité, et de voir ce que les agro-industriels sont capables d'apporter comme solutions. Notre objectif est de faire en sorte que les industriels de la chimie et le monde agricole confrontent leur point de vue. Qu'est-ce qu'un produit compétitif pour les uns ou les autres ? Est-ce que la notion de proximité de sourcing présente un intérêt ? Pour autant, ce plan « Chimie verte et biocarburants » ne porte pas exclusivement sur les filières du végétal. Il s'intéresse aussi à la durabilité des filières fossiles.

 

Quel mode de gouvernance avez-vous retenu pour le pilotage de ce plan ?

P.B. : Dès le début, nous avons créé un copil (comité de pilotage) d'une quinzaine de membres qui se réunit tous les 3 ou 4 mois. Parmi ses membres, il y a des industriels - Arkema, Solvay, PCAS, Total, Roquette, Novacap, Avril, UIC - des organismes publics - CGI, bpifrance, Ademe - et des représentants des ministères concernés et du cabinet d'Emmanuel Macron, ministre de l'Économie. Nous avons également créé des groupes de travail, notamment sur les biocarburants et sur les bioproduits, qui se réunissent tous les mois.

 

Que s'est-il passé depuis la présentation de votre feuille de route au gouvernement en juillet dernier ?

P.B. : Au niveau des projets que nous avons recensés, nous avions fait un travail d'identification des verrous. Tout ce qui concerne les verrous réglementaires va être pris en charge par l'administration, comme par exemple le projet de loi sur l'interdiction des sacs de caisse, à l'exception des sacs compostables ou biosourcés. Aussi dès septembre, nous avons davantage axé notre travail sur des aspects de financement à travers la mise en place d'un « comité des financeurs ». Sur les 45 projets, tous n'ont pas affiché un verrou financier et tous ne sont pas au même niveau de maturité de décision d'investissement. Le comité a déjà auditionné 17 projets parmi les plus matures (et 7 autres sont en cours d'audition en ce début d'année). Selon les cas, nous les avons orientés sur différents programmes de financement, comme des appels à projets thématiques de l'Ademe ou le nouveau fonds PIAVE mis en place fin 2014. Doté de 425 M€, il est surtout destiné à soutenir la démarche des 34 plans de la nouvelle France industrielle, au travers d'un investissement avisé en minoritaire dans des sociétés de projets aux côtés des industriels.

 

Quels sont les autres sujets sur lesquels vous vous êtes mobilisé ?

P.B. : J'ai travaillé sur la question des biocarburants. En France, nous avons une importante chaîne industrielle qui produit à la fois de l'huile et de l'éthanol où 2 milliards d'euros ont été investis sur les 10 dernières années. Alors que l'on était sur des tendances claires d'incorporation dans les carburants, tout le système s'est arrêté en France, comme en Europe, en raison du « buzz » qui a été fait autour du sujet du risque de changement d'affectation des sols. Aujourd'hui, les biocarburants de première génération (G1) sont limités dans leur taux d'incorporation et on réfléchit à la part des biocarburants G2. Par ailleurs, le projet de loi sur la transition énergétique qui est actuellement en négociation vise à diminuer de 30 % à l'horizon 2030 nos consommations de produits fossiles. À cela s'ajoute une situation très difficile du raffinage français, en dépit de la baisse du prix du pétrole. Avec l'« hyperdiésélisation » de notre parc automobile, nous devons importer du diesel alors que nous sommes exportateurs d'essence. Mais nos débouchés sont essentiellement tournés vers les États-Unis. Qu'allons-nous faire de toute l'essence que nous produisons alors que les États-Unis deviennent autosuffisants ? Dans ce contexte, j'ai proposé de mettre autour de la table des producteurs d'agroressources, des raffineurs, des membres de l'administration pour prendre en compte les contraintes de chacun et imaginer un futur ambitieux pour la filière des biocarburants en France. Les constructeurs automobiles français sont également consultés.

 

Qu'est-il ressorti de vos premiers échanges ?

P.B. : Nous avons travaillé sur plusieurs scénarios dont un particulièrement ambitieux qui est en train de s'affiner. Il faudra maintenant que ce scénario soit soutenu par les différents ministères concernés : Économie, Agriculture et Environnement. Puis, il faudra le faire valider au niveau européen. Nous n'avons pas encore fait de travail de quantification, mais il pourrait conduire à de très gros investissements jusqu'en 2030, tout en répondant aux objectifs de la loi sur la transition énergétique.

 

Considérez-vous que la baisse des prix du pétrole soit une menace pour les projets autour de la chimie du végétal ?

P.B. : Aujourd'hui, la baisse du prix du pétrole s'explique par une baisse conjoncturelle de la demande avec le ralentissement de la croissance dans les pays émergents, associée à une offre trop abondante. Mais l'offre et la demande vont finir par se rééquilibrer et les prix vont remonter. Le besoin en énergie du monde est corrélé à la croissance de la population et du niveau de vie. C'est une question d'arithmétique ! Au-delà de ce contexte, nous devons travailler sur la compétitivité de la filière végétale. Mais la chimie du végétal est une filière émergente qui se cherche encore. Contrairement au domaine des biocarburants, on ne l'a peut-être pas assez aidée en envoyant des signaux forts en France comme en Europe.

 

Que pourrait-on faire ?

P.B. : Nous avons réalisé un benchmark pour identifier les pays qui favorisent les produits biosourcés. Nous avons surtout identifié les États-Unis avec le programme Biopreferred et la Malaisie. En France, j'avais proposé qu'une préférence soit donnée aux produits biosourcés dans les appels d'offres publics. Mais la mise en avant du caractère biosourcé ne semble pas compatible avec les règles d'appel d'offres des marchés publics. Une solution consisterait à mettre en place des labels de mesure du contenu biosourcé des produits. Sur ce sujet, nous sommes en relation avec l'Association Chimie du végétal (ACDV) qui a développé une méthode autour de la mesure du carbone 14 couplée à une analyse élémentaire.

 

À quand les premières annonces d'investissements ?

P.B. : J'espère que l'on pourra faire de premières annonces dans les semaines qui viennent, au plus tard en juin. Ces projets ne porteront pas forcément sur la chimie du végétal, qui est une filière moins mature. Des sujets sur l'isolation, le mix énergétique des usines ou la cogénération pourraient se concrétiser plus rapidement.

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