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La chimie en Allemagne souffre du coût du travail

Julien Cottineau

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C'est récurrent. L'économie allemande, sa puissance et sa compétitivité sont très souvent érigées en exemple. Pourtant, alors que l'Allemagne vient de passer une épreuve politique majeure avec les législatives, une étude économique, qui n'aurait sans doute pas manqué de sel politique, vient de paraître. Elle émane de la Bundesarbeitsverlagverband Chemie (BAVC), soit la branche industrie chimique de l'association fédérale du Travail. Laquelle dit représenter 1 900 entreprises et 550 000 salariés des industries de la chimie, de la pharmacie, et d'une grande partie des industries du caoutchouc et de la transformation de plastiques. Il y a deux ans, la BAVC s'était penchée sur les coûts du travail dans ces secteurs et du différentiel entre l'ex-Allemagne de l'Ouest et l'ex-RDA (CPH n°696). Cette fois, la BAVC a comparé le coût du travail dans l'industrie chimique en Allemagne à celui dans les autres pays de l'Union européenne, ajoutant même les États-Unis et le Japon. À la lecture des résultats, la compétitivité allemande ne tient pas à un coût faible du travail. Au contraire.
 

« Seule la Belgique présente un chiffre supérieur »
 

En 2016, le coût moyen horaire d'un salarié de l'industrie chimique outre-Rhin s'établissait à 53,96 euros. Ces coûts incluent le salaire, les contributions sociales payées par l'employeur, les congés, les primes et les prévoyances retraite. Dans le classement établi par la BAVC, seule la Belgique présente un chiffre supérieur, à 57,62 €. Tous les autres sont derrière, même les champions sociaux nord-européens et scandinaves, comme le Danemark, quatrième à 49,12 €, la Suède, sixième à 46,69 €, et la Finlande, huitième à 43,38 €. Les grands voisins chimiques de l'Allemagne sont aussi derrière. Les Pays-Bas marquent la troisième entrée, à 50,75 €, l'Autriche se classe septième (46,63 €), et la France, n°2 de la chimie de l'UE, est cinquième du classement, à 48,28 €.
 

Le constat est encore pire avec certains autres grands pays européens de la chimie. L'Italie (n°3 de la chimie de l'UE en termes de ventes), le Royaume-Uni (n°4) et l'Espagne (n°6) s'offrent un tir groupé dans le classement, de la 11e à la 13e place, avec des coûts compris entre seulement 34,36 € et 28,27 €. Ce qui n'est pas loin de la moitié du niveau allemand.
 

La comparaison est plus anecdotique avec les États-Unis (41,25 €, neuvième place) et le Japon (36,73 €, à la dixième). La BAVC note d'ailleurs que l'Allemagne est aidée dans ce cadre, et d'une manière plus générale à l'international, grâce à un euro plus faible pour compenser sa compétitivité. Mais ce n'est pas le cas avec ses compétiteurs au sein de l'Eurozone, qui reste son premier marché. Par ailleurs, l'étude de la BAVC pointe une croissance de 5,7 % du coût horaire du travail dans la chimie en Allemagne entre 2014 et 2016. Soit la plus forte progression parmi les pays de l'UE, à l'exception de certains pays de l'Est. La Bulgarie et la Roumanie affichent ainsi des croissances respectives de 20,2 % et de 15,7 %, mais la BAVC estime que ces données ne sont guère surprenantes car ces pays partent de salaires vraiment bien plus bas et s'inscrivent dans une logique de rattrapage. Il est vrai qu'avec des coûts horaires de moins de 7 € pour ces deux derniers du classement, la différence est sans commune mesure.
 

Face à ces données, la BAVC se dit inquiète de l'avenir pour la compétitivité de son industrie chimique. Selon elle, le mal vient surtout de l'augmentation des salaires, laquelle se montre plus rapide que la croissance de la productivité. Mais tout cela reste un constat. Et la BAVC se garde bien de donner orientation ou conseil pour améliorer la situation de l'industrie chimique en Allemagne.

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