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La chimie en plein rêve américain

C'était une première et aurait pu rester une dernière. A Port Arthur, sur les berges du Golfe du Mexique, Total et BASF démarraient en 2001 le plus grand vapocraqueur sur base naphta aux États-Unis. Avec des capacités de 1 Mt/an, il allait s'agir aussi du dernier vapocraqueur construit sur le sol américain jusqu'à ce jour. « Au milieu des années 2000, on pensait qu'on ne construirait plus jamais de craqueur aux États-Unis », rappelle Chuck Carr, directeur Oléfines chez IHS Chemical. Et pendant une longue décennie, la pétrochimie mondiale a gardé les yeux rivés sur l'Asie et le Moyen-Orient. Aux États-Unis, plombés par le prix trop onéreux du gaz naturel, des craqueurs sur base éthane ont même été démantelés... Dix ans plus tard, la donne a plus que changé. Hors impacts écologiques dont les contours demeurent encore incertains, l'impact économique de la révolution américaine des gaz de schiste ne cesse d'être revu à la hausse. Pour la période 2013-2030, IHS recense 109 projets chimiques et pétrochimiques annoncés aux États-Unis, pour des capacités de 34,6 Mt/an et des investissements de 33,4 Mrds $. 114 autres projets, d'un total de 52,6 Mt/an et pour la bagatelle de 69,3 Mrds $ sont attendus ! Une petite dizaine de vapocraqueurs sont ou vont être en construction. Les capacités américaines d'éthylène (30 Mt/an), qui tournent aujourd'hui à pleine charge, pourraient bondir de 10 Mt/an d'ici 2020. Et avec un prix du gaz qui ne représente plus que 20 à 30 % du prix du pétrole brut, soit le plus compétitif au monde, le recours aux gaz issus du schiste va « proliférer dans toutes les productions chimiques américaines », prédit Chuck Carr. Cinq ans après le gouffre de 2009, la chimie américaine bondit ainsi sur une occasion en or et renoue avec des marges intéressantes.
« Un prix du gaz qui représente 20 à 30 % du prix du brut »

Les gaz de schiste comptent aujourd'hui pour 20 à 25 % du gaz en Amérique du Nord, boostés à la fois par la prolifération des champs exploités et par la formidable infrastructure existante de pipelines, qui ne cesse de s'étoffer. Les grands pétrochimistes opérant sur place sont tous sur les rangs. Des opérateurs encore non implantés au États-Unis, notamment asiatiques, commencent aussi à développer des ambitions. Construction de plain-pied, dégoulottages, voire une combinaison des deux, les stratégies divergent. En amont, certains possèdent des parts ou s'apprêtent à en prendre dans des gisements, d'autres non. Total est un peu au carrefour de toutes ces stratégies. Le géant français a commencé à acquérir dès 2010 des parts du portefeuille de Chesapeake dans des gisements qui comptent parmi les plus importants. En aval, privilégiant les plateformes intégrées, il concentre ses ambitions sur sa plateforme texane de Port Arthur. Total investit sur son complexe pétrochimique, dont il détient 40 % des parts aux côtés de BASF (60 %), intégré à sa gigantesque raffinerie. Depuis avril, le vapocraqueur est flexible. En plus du naphta, il utilise butane, propane et éthane issus des gaz de schistes pour ses productions d'éthylène. Et un 10e four est en construction pour une augmentation de 15 % des capacités en 2014. Le tout dans le cadre d'un investissement « de quelques dizaines de millions de dollars », note Patrick Pouyanné, directeur général Raffinage-Chimie de Total. L'idée de construire à Port Arthur un side-craqueur, un peu plus petit et sur base éthane, est aussi en discussion avec BASF. Positionné ainsi dans l'amont et dans l'aval, Total semble disposer aux États-Unis d'un portefeuille équilibré qui doit lui permettre de capter les marges là où elles se trouvent. Et de pouvoir profiter pleinement de ce renouveau américain.

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