Nous suivre Info chimie

La chimie face au terrorisme

Julien Cottineau

Sujets relatifs :

, ,

Inédit. Impensable. Effrayant. L'attentat perpétré le 26 juin sur le site isérois d'Air Products va laisser des traces. Cet acte indique que tout est devenu une cible pour les terroristes. Et que les sites industriels ne sont pas à l'abri. Jamais en France, un site chimique n'avait fait l'objet d'un attentat. C'était imaginable, certes, mais désormais « le risque a pris corps », confirme Gaëlle Dussin, expert en sécurité industrielle au sein de l'UIC. Dès lors, de légitimes questions se posent. À quel point les sites sont-ils vulnérables ? Quelles mesures de protection ? Sont-elles suffisantes ? Que faire pour se prémunir du risque terroriste ?


« Le risque zéro n'existe pas »
 

Aujourd'hui, on recense 1 200 sites industriels classés Seveso sur le territoire français, dont un tiers de sites chimiques. Sur ces 400 implantations, 250 sont classées seuil haut, et 150 seuil bas. 400 autres sites sont soumis à autorisation, et d'autres sont justes déclarés. Ce qui donne une ampleur vertigineuse du potentiel de cibles industrielles chimiques dans le pays. Et exclut évidemment l'idée de mettre en faction permanente des forces de l'ordre aux abords de toutes ces installations. Comme il est également impossible de mettre « les usines sous des coques en béton », souligne Gaëlle Dussin. Avec le relèvement du plan Vigipirate au niveau Alerte Attentat pendant plusieurs jours en Rhône-Alpes suite à l'attentat, et l'appel à renforcer la sécurité de tous les sites Seveso dans la région, l'État a déployé un rideau protecteur inédit. Mais éphémère. Si l'attentat a profondément marqué le groupe Air Products, les autres industriels de la chimie ont eux aussi réagi. Arkema a indiqué avoir renforcé la sécurité de tous ses sites Seveso dans les heures suivant l'attentat. De nombreux sites ont aussi diffusé à leurs salariés des documents appelant à renforcer la vigilance. D'autres ont interdit temporairement l'entrée sur leur site à tout véhicule, sauf transporteurs indispensables.
 

Tous les sites chimiques font déjà l'objet de mesures spécifiques de sûreté en France. Les sites Seveso sont tenus de disposer d'une surveillance des accès (aux personnes, véhicules et colis), d'une identification des zones interdites en fonction de leur sensibilité, et d'un plan d'organisation interne en cas d'accident, rapporte l'UIC. Au niveau européen existe également un guide de bonnes pratiques sur la sûreté dans le cadre du Responsible Care. Lequel a été décliné en France et diffusé par l'UIC dès 2012. L'élément clé portait sur la sécurisation des accès (rondes des opérateurs, caméras de vidéo-protection, sensibilisation des personnels et des sous-traitants, cyber-sécurité...). « Ce guide est axé sur les contre-mesures face à un acte de malveillance ou une action criminelle », précise Gaëlle Dussin. L'an dernier, dans le cadre du plan Vigipirate, l'UIC a aussi diffusé à ses adhérents « une note technique pour mentionner les modalités d'application (surveillance des accès, livraisons, superviser la circulation interne, contrôle et filtrage, accès limités si nécessaire) ». La note précise aussi de tenir à jour les stocks de matières dangereuses pour détecter vols ou disparitions. De plus, les bonnes pratiques s'appliquent également aux sous-traitants. Lesquels ont déjà parfois des obligations de certifications spécifiques pour intervenir sur les sites. Pour autant, le risque zéro n'existe pas. Prochainement, une table ronde sur la sûreté des sites industriels va être organisée par le ministère de l'Écologie et celui de l'Intérieur, rapporte l'UIC qui y sera convié. Gaëlle Dussin estime que « suite à cet événement, une sensibilisation très large est à enclencher » concernant le risque terroriste pour les industriels. À la rentrée, l'UIC envisage aussi d'organiser un colloque sur ce thème.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

[Édito] : Cap sur le vapocraquage neutre en carbone

[Édito] : Cap sur le vapocraquage neutre en carbone

Comme tout grand acteur mondial de la pétrochimie, Dow doit se placer sur la bonne trajectoire pour atteindre la neutralité carbone en 2050, tout en délivrant de la croissance et de la valeur à ses actionnaires.[…]

[Édito] : Fin de mois surbookée pour la chimie du végétal

[Édito] : Fin de mois surbookée pour la chimie du végétal

[Édito] : Les prémices d’une réindustrialisation

[Édito] : Les prémices d’une réindustrialisation

[Edito] Décarbonation : A chacun son chemin

[Edito] Décarbonation : A chacun son chemin

Plus d'articles