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La chimie pénalisée par la grève SNCF

Julien Cottineau

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C'est un peu l'arbre qui masque la forêt. Depuis dix jours, cheminots en colère et usagers du rail exténués se taillent une place de choix dans les médias.

Mais, alors que la grève s'éternise, une lumière plus inquiétante s'esquisse pour la situation industrielle en France. Car les conséquences sur le fret de marchandises sont réelles. Certains experts commencent d'ailleurs à jongler avec des chiffres peu rassurants pour l'impact sur le PIB français et la croissance. Évidemment, en étant à la base des industries, la chimie se trouve déjà fortement impactée. « Cela coûte environ 25 millions d'euros par semaine », calcule Pascal Perrochon, responsable Affaires internationales et Transport et logistique à l'UIC. Un constat très précis est pour l'heure impossible à dresser pour le secteur chimique en raison de la diversité de cette industrie. Parmi les secteurs, ceux des « engrais et fertilisants sont très touchés », rapporte Pascal Perrochon. Au total, entre 400 et 500 entreprises sont concernées par les difficultés actuelles rencontrées par le fret ferroviaire. Des entreprises allant de la PME au grand groupe, et représentant un chiffre d'affaires annuel d'environ 8 Mrds € et 16 000 emplois directs.

 

« Les risques de réduction de production sont réels »
 

Le blocage du fret ferroviaire a plusieurs conséquences. D'abord pour l'acheminement des matières premières. Mais aussi pour l'expédition des produits. Les entreprises se retrouvent ainsi confrontées soit à l'un, soit à l'autre, soit au deux. Or, avec le manque d'approvisionnement, les risques de réduction de production sont réels voire inévitables en cas de prolongement de la situation. L'UIC indiquait notamment en fin de semaine dernière qu'une durée de plus de 10 jours de grève conduirait à des « arrêts significatifs ». La production risque aussi d'être ralentie en raison des limites imposées au stockage de produits sur les sites. Au-delà de l'impact économique pour les entreprises, c'est aussi le spectre du chômage partiel qui fait surface. Au-delà de la seule chimie, ce sont des menaces qui pèsent aussi sur tous les secteurs en aval pour leurs approvisionnements.

En termes de produits il est également difficile de dresser un constat précis. Techniquement aujourd'hui, aucun produit chimique n'est strictement cantonné à la seule voie ferroviaire. À quelques rares exceptions, en fonction des préfectures qui peuvent interdire le transit autre que ferroviaire pour certaines matières dangereuses. C'est notamment le cas pour l'oxyde d'éthylène en Provence-Alpes-Côte-d'Azur. De toute manière, pour des raisons de sécurité, la grande majorité des industriels de la chimie privilégient le rail, jugé bien plus sécuritaire que la route, pour des produits dangereux, comme l'ammoniac ou le chlore. La question des volumes est également d'importance, un train pouvant transporter bien plus qu'un convoi de camions. Les alternatives sont ainsi très complexes. D'ailleurs les sites industriels disposent parfois d'infrastructures de dépotage et de chargement adaptées spécifiquement au rail, et qui ne peuvent être utilisées pour des transports par route. Et vice-versa.

Dans ce sombre panorama, on peut malgré tout noter que le fret ferroviaire représente seulement 10 % du transport de la chimie, la route comptant pour 85 %. Ce qui limite un peu les dégâts. Toutefois avec la congestion et l'engorgement actuel des trains, Pascal Perrochon alerte sur le fait qu'il faudra, à l'issue de la grève, « plusieurs semaines pour un retour à la normale ». D'autant que les procédés inhérents à l'industrie chimique font que les productions peuvent rarement s'arrêter et redémarrer du jour au lendemain. Ainsi, plus la grève durera, plus ce sera pénalisant.

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