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La chimie verte : quels enjeux à venir pour la France ?

La chimie verte : quels enjeux à venir pour la France ?

La betterave sucrière cherche des débouchés dans la chimie du végétal.

© © Champagne Céréales

De plus en plus sollicitée sur des projets de chimie verte, la société de conseil et d'aide à la décision Alcimed fait le point sur le retard de l'industrie chimique française en la matière, et propose un ambitieux scénario de développement.

La chimie verte a pour but de concevoir des produits et de mettre en œuvre des procédés permettant de réduire ou d'éliminer l'utilisation de substances dangereuses et néfastes pour l'environnement ou l'utilisation de ressources rares. Elle regroupe aussi l'ensemble des molécules chimiques d'origine renouvelable trouvant des applications dans les domaines de la chimie de base, de la chimie fine et de spécialité, des matériaux et de l'énergie. C'est la thématique de la chimie du végétal. Bien que second marché européen, l'industrie chimique française n'a jusqu'à présent que peu investi dans le domaine, contrairement à l'industrie chimique allemande qui mène le marché. Alcimed a identifié quatre freins à son développement :

- la chimie de base a accumulé du retard et ne se développera que si elle acquiert des procédés innovants ;

- une stratégie nationale se met seulement en place avec une étude prospective en cours de réalisation par la DGCIS , alors que les États-Unis ont établi leur feuille de route depuis plusieurs années déjà ;

- les sites industriels sont dispersés et de petite taille ;

- la quasi-absence de PME spécialisées dans les procédés innovants de la chimie verte (production d'enzymes, procédés de fermentation, etc.).

Le secteur des biotechnologies se situe à un stade trop en amont pour satisfaire à court ou moyen terme les exigences de l'industrie chimique. L'industrie chimique française s'est par ailleurs tardivement attachée à développer son travail avec le monde des biotechnologies, d'autant que ce secteur est encore fortement spécialisé et lié à celui de la santé.

Pour Arnaud Gabenisch, responsable du pôle Développement Durable d'Alcimed, c'est l'ensemble de l'industrie chimique qui est concernée par les enjeux de la durabilité, la chimie du végétal étant l'une des voies pour y parvenir : « La chimie française ne semble pas encore prête à revoir son modèle basé sur 50 ans de pétrochimie. S'il est donc peu probable qu'elle modifie sa chaîne de valeur en termes de volumes, de cahier des charges et de spécifications exigées, elle n'en reste pas moins indispensable à l'intégration aval des produits sur leurs marchés finaux puisqu'elle est un maillon intermédiaire de bien d'autres chaînes de valeur industrielles ».

La France ne manque pourtant pas d'atouts : élaboration de projets démonstrateurs ambitieux de bioraffineries (Bio HUB Roquette, Axel One, Pivert et ARD-BRI), réalisation de nombreuses études (Ademe et grands groupes industriels français) en faveur de la biomasse ligno-cellulosique et création de plusieurs pôles de compétitivité sur ce créneau (Axelera, IAR, Plastipolis, Fibres, etc.), forces de recherche importantes au sein de l'INRA, du CNRS et de l'INSA, du CEA et de l'IFP, ressources agricoles (notamment céréalières exploitables en quantités significatives) et potentiel de mobilisation sylvicole important - la France possède la plus grande surface de forêt en Europe.

La problématique devrait donc être repensée dans son ensemble, en commençant par se fixer des objectifs en termes de réduction des émissions de CO2 et/ou d'indépendance au pétrole, ainsi qu'une échéance réalisable.

Pour répondre à ces objectifs, il conviendrait de changer d'échelle dans le développement des compétences en procédés innovants, d'accélérer le développement de la chimie de la ligno-cellulose, mais aussi de structurer et d'industrialiser la filière de récolte de la biomasse sylvicole. Pour réaliser ce scénario ambitieux, il faudrait développer d'une part le marché des intermédiaires et d'autre part celui des procédés alternatifs.

Vers un essor des bioraffineries

En d'autres termes, la chimie française devrait subir une véritable transformation et s'appuyer sur le développement de bioraffineries intégrées à l'échelle locale, à l'instar de plateformes multi-produits qui sont, par exemple, très largement financées aux Etats-Unis par le biais du DOE. « Ce scénario prendra certainement un grand nombre d'années. Il dépendra de notre capacité à poursuivre l'effort de R&D et à financer des démonstrateurs industriels en chimie du végétal, en chimie des procédés ou encore pour la production de matières premières secondaires adaptées. Certaines initiatives actuelles fournissent déjà cependant un cadre d'échanges approprié : y contribuent par exemple la création de l'association Chimie du Végétal en 2008, ainsi que les réflexions conduites au sein de la plateforme Suschem Europe, dont une déclinaison française a été récemment créée », conclut Arnaud Gabenisch.


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