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« La crédibilité de la chimie doit se construire en partant de la base »

Propos recueillis par Sylvie Latieule

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« La crédibilité de la chimie doit se construire  en partant de la base »

Christian Jourquin, président de Solvay

© Solvay

Partenaire de la cérémonie d'ouverture et de clôture de l'Année internationale de la chimie, le groupe Solvay souhaite contribuer à l'amélioration de l'image de la chimie en Europe. Une des conditions pour assurer un avenir durable à la chimie européenne. Entretien avec Christian Jourquin, président du groupe.

Le colloque du 27 au 27 janvier à l'Unesco a célébré le début de l'Année internationale de la chimie. Qu'attendez-vous de cette année événement ?

La chimie, qui représente à la fois une science et une industrie, n'a pas une très bonne image. La science est accusée de commettre une agression profonde sur la nature. Quant à l'industrie, sa perception peut varier selon les territoires. En France, elle reste très mauvaise alors que les Allemands sont encore fiers de leur industrie chimique. Cette année internationale de la chimie devrait contribuer à améliorer l'image de la chimie en ouvrant le débat avec la société civile.

 

L'industrie chimique a souvent été épinglée pour sa difficulté à communiquer auprès du grand public. Que préconisez-vous comme changement de style ?

L'industrie chimique a toujours communiqué dans son langage de spécialiste partant du principe que son message était compliqué et incompréhensible du grand public. Je pense qu'elle pourrait écouter davantage et montrer plus d'empathie. Si les femmes étaient plus présentes dans l'industrie chimique, le message pourrait être perçu de façon très différente. L'industrie chimique ne martèle pas suffisamment que, si elle pose parfois des problèmes, elle a aussi le pouvoir de créer des solutions. Enfin, il ne faut pas négliger l'aspect économique. La chimie est encore une industrie importante pour l'Europe. Elle ne doit pas connaître le sort de l'industrie pharmaceutique dont le centre de gravité s'est déplacé en quelques années.

 

Quelle cible faut-il toucher en priorité ?

Il faut toucher en priorité les jeunes. Aujourd'hui en Europe, nous observons un manque d'intérêt pour les études et les carrières scientifiques. Il faut donc toucher les jeunes le plus tôt possible. De ce point de vue, le groupe Solvay a prévu des initiatives dans tous les pays où il est présent industriellement. En France, dans notre usine de Dombasle, nous organisons un nouveau forum des métiers en partenariat avec l'éducation nationale et trois lycées ainsi que l'IUT de Nancy. Les salariés de l'usine vont présenter leurs métiers au travers de saynètes interactives avec les jeunes de la région. A Tavaux, nous avons lancé de nouveaux travaux pratiques sur la synthèse du biodiesel à partir d'huiles végétales en partenariat avec l'IUT de chimie de Besançon. Autre exemple : en Belgique, nous finançons un autobus de la science, présentant des expériences de chimie et de physique à des élèves du secondaire. Son emploi du temps est déjà complet pour les deux ans à venir. Par ailleurs, la cérémonie de clôture de cette Année internationale de la chimie se tiendra à Bruxelles le 1er décembre prochain. En tant que premier industriel de la chimie en Belgique, Solvay donne tout son soutien à l'organisation par le Comité National (belge) de Chimie de la cérémonie qui sera tournée vers le futur et les attentes des jeunes générations.

 

Y a-t-il des manifestations prévues au niveau du Cefic, association européenne de la chimie, que vous avez présidé ?

Au niveau du Cefic, nous avons surtout encouragé les associations nationales à organiser des manifestations dans leurs pays. En France, l'UIC, dont Solvay est partenaire, a organisé dans quatre villes des rencontres avec le grand public à travers la présentation d'œuvres artistiques. La crédibilité de la chimie doit se construire en partant de la base. Je suis toujours frappé de constater que les ouvriers de nos usines sont les meilleurs ambassadeurs de la chimie.

 

Pour apporter les solutions de demain, la chimie doit donner un coup d'accélérateur à son innovation. Les conditions sont-elles réunies pour y parvenir ?

En matière d'innovation, il y a un triangle très important à mettre en place entre la recherche académique, l'université et l'industrie. Il semble que la nouvelle Commission européenne ait perçu l'importance de ce triptyque. L'initiative European Institute of Innovation et Technology (EIT) vise à créer des pôles d'excellence en recréant des liens étroits entre les trois sommets du triangle. Les universités ont un potentiel de créativité et d'innovation considérable qu'il faut arriver à libérer avec un meilleur soutien des pouvoirs publics et des industriels. Les universités doivent devenir des agents d'innovation et pas seulement des fournisseurs de cerveaux pour les entreprises.

 

Que représente la recherche pour le groupe Solvay ?

Nos dépenses de recherche représentent entre 150 et 160 millions d'euros par an. Une part importante est consacrée aux polymères spéciaux. Une activité dans laquelle nous avons beaucoup investi à la suite de notre retrait du polyéthylène et du polypropylène. Nous consacrons une part importante de notre effort de recherche à ce que nous appelons les New Business Development qui s'intéressent aux énergies durables, de l'électronique organique ou encore des nanotechnologies.

 

Solvay se veut un ambassadeur de la chimie durable. En quoi votre groupe se démarque-t-il de ses grands concurrents ?

S'il y a des domaines où nous avons pu être en retard, par exemple au niveau de notre développement asiatique, nous sommes des pionniers en matière de chimie durable. Nous sommes particulièrement attentifs au sujet de l'énergie. Sur les 10 dernières années, nous avons construit 17 unités de cogénération à haut rendement énergétique, dont certaines fonctionnent à partir de déchets valorisés ou prochainement à partir de biomasse. Nous travaillons sur le sujet des matières premières renouvelables. Notre procédé Epicerol pour l'obtention d'épichlorhydrine à partir de glycérine végétale, et non plus de glycérine dérivée du pétrole, a été mis au point à l'échelle pilote, puis industrielle à Tavaux. La construction d'une seconde unité industrielle s'achève en Thaïlande et nous réfléchissons à un investissement encore plus important en Chine. Pour ce qui est du produit de la vente de notre pharmacie, nous espérons le réinvestir le plus rapidement possible selon nos critères de croissance durable.

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