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La dangerosité mesurée du THF ?

Sylvie Latieule

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La dangerosité mesurée du THF ?

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Le THF est un solvant organique qui doit être manipulé avec précaution. La réglementation CLP fait état de plusieurs mentions de danger, sans parler de sa conversion potentielle en drogue de synthèse, explique Jean-Luc Audren, expert indépendant en Sécurité industrielle.

 

Le tétrahydrofuran(n)e (THF), aussi appelé oxyde de tétraméthylène, porte le numéro CAS 109-99-9 : c'est principalement un solvant utilisé en synthèse organique. Cependant, ce liquide incolore, assez miscible à l'eau et d'odeur éthérée est classé narcotique, toxique (VLEP sur 8 heures : 50 ppm ou 150 mg/m3 selon l'article R.4412-149 du Code du travail), mais il est aussi très inflammable. En effet, il a un point d'éclair, mesuré en coupelle fermée, assez bas. Toutefois, sa valeur varie selon les sources bibliographiques, comme suit :

- 14,5 °C dans la Fiche toxicologique (FT) n°42 de l'INRS datée de 2011 ;

- 21,5 °C dans le lien Internet de l'INRS daté du 04/10/2013 et marqué « INRS 2020 » (http://www.inrs.fr/publications/bdd/doc/solvant.html?refINRS= SOLVANT_109-99-9) ;

- 21,5 °C selon le site de Merck Millipore (référence 107025)...

Quoiqu'il en soit, selon la réglementation CLP (1) (Classification, Labelling, Packaging), le THF a la mention de danger, H225 signifiant « Liquides et vapeurs très inflammables ». Pourquoi ? Parce que deux conditions sont satisfaites : point d'éclair inférieur à 23 °C (ce qui est bien le cas selon les valeurs ci-dessus) et température d'ébullition supérieure à 35 °C (le THF bout à 60 °C, selon la base CarAtex).

Pour information, un liquide est classé H224 « Liquides et vapeurs extrêmement inflammables », si son point d'éclair (PE) est inférieur à 23 °C et sa température d'ébullition est inférieure ou égale à 35 °C. Le THF ne peut donc pas être classé H224, soit la catégorie la plus haute pour des liquides inflammables.

Cependant et comme il est rappelé dans le document de l'INRS ED953 révisé en avril 2019 intitulé « Manipulation dans les laboratoires de chimie », « aucun point de l'enceinte [utilisée pour l'évaporation ou le séchage] ne doit dépasser la température d'auto-inflammation du solvant évaporé ». Or la température d'auto-inflammation (TAI) du THF est de 321 °C selon la FT n°42 de l'INRS, et 212 °C via le lien Internet de l'INRS précité... De plus, dans certaines FDS comme celle des fournisseurs ThermoFischer et Carl Roth, la TAI est de 215 °C (419 °F), selon la méthode DIN 51794.

Ces trois valeurs, 212 °C, 215 °C et 321 °C, posent bien sûr une question de sécurité. En effet, la réglementation ATEX se base sur des classes de température (de T1 à T6) pour utiliser du matériel électrique (ou pas) en présence de vapeurs inflammables. Cette indication précise et reportée sur la plaque du fournisseur du matériel correspond à la température de surface maximale admissible sur le matériel considéré (ex : T1, 450 °C ; T2, 300 °C ; T3, 200 °C ; T4, 135 °C ; T5, 100 °C et T6, 85 °C).

Dans les référentiels techniques ainsi que dans les catalogues de fournisseurs, la classe de température du matériel ATEX utilisable avec des vapeurs de THF est T3, soit une température de surface maximale admissible de 200 °C. Est-ce bien le cas sur votre matériel utilisé avec le THF ?

Enfin, autre spécificité du THF, la mention EUH019 : « peut former des peroxydes explosifs ». En effet, son stockage peut être une vraie difficulté, car en contact avec l'air, il réagit avec le dioxygène pour former tout d'abord un hydroperoxyde non explosif. De plus, en cas de distillation, ou de variations brusques de température lors du stockage, mais aussi en cas d'utilisation d'un flacon ouvert depuis un certain temps, cette hydroperoxyde peut à son tour se transformer en d'autres peroxydes explosifs (cf figure).

Des agents stabilisants (ex : BHT) peuvent être incorporés dans des solutions commerciales de THF, mais il faut bien vérifier leur composition afin de prévenir toute interaction avec d'autres composés de votre milieu réactionnel. Soyez aussi vigilants si vous observez un dépôt solide au niveau du bouchon de votre contenant : c'est vraisemblablement de l'hydroperoxyde, mais il existe bien sûr des tests de détection (cf. INRS ND 2163 de 2002).

En protection individuelle, en plus de porter un vêtement à manche longue, des gants en néoprène ou en latex (selon EN 974), ainsi qu'une protection oculaire (selon EN 166) doivent être portés pour pouvoir manipuler flacons et autres matériels contenant du THF.

Enfin, il a été découvert la conversion potentielle du THF en GBL, solvant qui peut être détourné en drogue, puis en GHB (« drogue du viol » ou « G »). « L'offre et la cession au public de GBL [...] sont interdites » par l'article 1 de l'arrêté du 2 septembre 2011. Ce risque nouveau doit attirer l'attention des responsables sur la sécurisation du stockage du THF.

La dangerosité du THF reste donc bien mesurée par rapport à d'autres substances chimiques, mais on se doit de rester vigilant-e face à sa dangerosité potentielle, notamment en cas de stockage prolongé.

(1) CLP : Règlement (CE) 1272/2008 du 16/12/2008 et ses modifications ultérieures

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