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« La France est bien placée géographiquement, mais mal positionnée économiquement »

Propos recueillis par Julien Cottineau

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Le secteur du commerche chimique en France est pénalisé par une faible croissance ces dernières années. Si la baisse du pétrole revêt de maigres avantages, la baisse de l'euro est pénalisante. Tour d'horizon avec Gilles Richard, délégué général de l'Union française du Commerce chimique (UFCC).

Après 2013 en hausse de 3,5 %, 2014 avait démarré avec une croissance entre 0 et 2 %, mais vous escomptiez un 2e semestre plus dynamique (CPH n°679). Qu'en a-t-il été ?

Malheureusement, nous avons dû revoir les chiffres à la baisse pour 2013. Certains de nos adhérents, de taille très significative, n'avaient pas encore répondu à notre enquête à l'heure de ce premier bilan. La hausse n'a en réalité été que de 0,1 % en 2013. Ce qui s'explique essentiellement par les exportations qui avaient baissé de 8 %. Sans l'export, le chiffre d'affaires affichait une hausse de 1,8 %. Ceux qui n'exportaient pas ont donc connu une année correcte, mais l'ensemble a stagné. 2014 aurait aussi été stagnant : nous n'estimons pas à plus de 0,5 % environ la croissance du chiffre d'affaires. L'export n'aura sans doute pas augmenté l'an dernier.
 

 

L'euro fort et le prix du pétrole étaient des thématiques récurrentes jugées pénalisantes dans votre discours ces dernières années. Or en quelques mois, euro et pétrole se sont effondrés. Quelles sont les conséquences sur le secteur ?

La baisse du pétrole ne s'est pas tellement fait sentir sur les achats des distributeurs car les contrats sont souvent à long terme, notamment en pétrochimie, et l'impact n'est donc pas immédiat. C'est essentiellement positif pour les transports. Par contre, l'euro, qui a baissé en continu depuis avril 2014 a eu pour effet d'augmenter les prix des importations de matières premières des pays tiers de manière beaucoup plus rapide. Les entreprises y ont été bien plus sensibles. Comme ce phénomène de désindustrialisation de la France se poursuit malheureusement, il n'y a pas eu de report de demande et les entreprises se sont retrouvées pénalisées des deux côtés.
 

 

Donc ça n'est pas une aubaine pour l'export ?

Finalement non. La part de notre export varie entre 15 et 20 %, mais les deux tiers des ventes des productions chimiques s'effectuent en Europe, et pour le commerce chimique la part est encore plus importante. La baisse de l'euro n'intéresse donc que des entreprises qui font du grand export. Pour le commerce, on estime l'effet de l'euro faible à 0,5 % sur la croissance.
 

 

L'an dernier, avez-vous observé des disparités par secteur en aval ?

L'aéronautique, comme c'était déjà le cas, a bien marché, et le secteur automobile a connu une reprise en 2014. Ce sont des secteurs qui nous tirent vers le haut. Mais la construction ne repart toujours pas.
 

 

Les signes de reprise économique continuent d'être fébriles en Europe. Croyez-vous encore à une reprise ?

Actuellement, la croissance ralentit en Allemagne et en Italie après une amélioration en 2014. Mais, l'an dernier, la France était encore à la traîne. Depuis 2012, se succèdent plusieurs années complètement plates. On espère une reprise mais on observe toujours des freins en France pour la productivité. On a encore perdu de la demande industrielle, qu'on ne rattrapera pas. Certes, comme la population de l'UE augmente, les besoins en produits finis donc en produits chimiques augmentent aussi, la demande générale devrait se poursuivre. On n'importe pas tout. Il y a quelques signes positifs en ce début 2015 qui laissent supposer une petite reprise. On attend des signes tangibles à partir du deuxième semestre. Surtout du côté de l'automobile. L'aéronautique marche toujours. Mais le neuf dans la construction stagne encore. Pour la partie grande consommation, tels l'agroalimentaire, la pharmacie, la cosmétique, cela suit
l'augmentation de la population.

 

Quel impact pour les entreprises du secteur ? De la consolidation ?

Cela dépend des entreprises. En 2014, il y a eu très peu de mouvements de rachat d'entreprises, c'est une profession très stabilisée. Ça risque par contre de bouger plus avec l'échéance 2018 de Reach.


 

Pour 2015, avez-vous déjà dressé quelques perspectives de croissance ?

Non, pas encore. Il est encore trop tôt. On aimerait bien une croissance à 1 voire 1,5 %. 2014 aurait dû être une année de reprise mais ça a bien marqué le pas. Du côté des producteurs, la croissance a dépassé les 2 % malgré le prix en hausse des importations et les freins à l'exportation. Mais nous sommes généralement en décalage avec les producteurs. Après la crise de 2008, la reprise nous avait concerné avant eux, mais là non.


 

Les tensions perdurent dans les transports. Quel impact pour votre secteur ?

Comme les prix suivent ceux des matières premières, nos entreprises n'ont que peu de marge de manoeuvre si ce n'est de jouer sur leurs coûts comme le transport et la logistique. Selon une étude récente du cabinet Asteres sur la comparaison du coût d'un chauffeur dans les grands pays de l'UE, la position de la France est très élevée, avec 47 000 € pour le coût annuel d'un chauffeur, charges comprises. En Pologne, cela descend à 34 000 €, en ex-Allemagne de l'Ouest, on est à 42 000 €. Les marges en France sont très faibles, il existe très peu de latitude. C'est paradoxal car la France est bien placée géographiquement, mais mal positionnée économiquement. C'est conjoncturel, mais aussi dû à des infrastructures portuaires pas suffisamment adaptées. Le vrac liquide n'est pas livrable à Marseille, par exemple, où la priorité a été donnée depuis longtemps aux containers intéressants les produits chimiques solides ou conditionnés. Or c'est le seul port sur la Méditerranée. Le Havre n'est pas assez équipé, et c'est donc livré à Anvers ou Rotterdam. Il y a ainsi une contradiction pour livrer dans le Sud. Les entreprises sont obligées de faire avec ces coûts de transport. Tout le monde est perdant économiquement en France. C'est un casse-tête. C'est dommage car le réseau routier est de très bon niveau, tout est là, sauf les infrastructures portuaires pour le vrac liquide.

 

 

Plaidez-vous votre cause auprès des pouvoirs publics ?

Nous engagerons si nécessaire des discussions avec les pouvoirs publics via le Medef par exemple. Il y a des messages importants à faire passer. De manière structurelle, c'est très compliqué. L'histoire du dollar et de l'euro, c'est conjoncturel. Si le mouvement s'inverse, on aura perdu du temps. Il y a peut-être des possibilités de partage de moyens. Pourquoi ne pas faire des bacs ou des équipements communs ? Mutualiser des installations ? Les grands acteurs ont plus de marge de manoeuvre. Tout le monde serait gagnant : les ports, les transporteurs, nous-mêmes, car on n'aurait pas besoin d'aller décharger à l'autre bout de l'Europe. C'est valable pour le commerce chimique mais aussi pour l'ensemble du transport de biens de consommation.

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