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[Édito] : La génomique célébrée chez les autres

Sylvie Latieule
[Édito] : La génomique célébrée chez les autres

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Médias, réseaux sociaux, associations diverses ont salué de concert le prix Nobel de chimie d’Emmanuelle Charpentier, qu’elle partage avec l’Américaine Jennifer Doudna, pour avoir imaginé le mécanisme des ciseaux moléculaires CrisprCas9. La Française s’inscrit dans une lignée, peu fournie, de chercheuses qui ont remporté la précieuse récompense. Pourtant, Marie Curie avait ouvert la voie très tôt, en 1911, à peine dix ans après la création des prix. Puis, sa fille Irène Joliot-Curie s’était illustrée en 1935. Depuis, l’académie n’a décerné que trois Prix Nobel de chimie à des Français. Trois hommes : Jean-Marie Lehn, Yves Chauvin et Jean-Pierre Sauvage. Cependant, si ce Prix Nobel 2020 consacre une chercheuse de nationalité française, peut-on parler de victoire pour la France ? Certes, Emmanuelle Charpentier est bien née à Juvisy-sur-Orge, dans l’Essonne, et elle a été formée jusqu’au stade du doctorat à l’université Pierre-et-Marie Curie. Mais, à l’âge de 28 ans, elle est partie faire plusieurs post-doctorats aux États-Unis, pour s’établir quelques années en Autriche puis en Suède, avant d’atterrir en Allemagne et ne plus jamais en partir. C’est d’ailleurs depuis son poste de directrice du Centre de recherche Max Planck pour la science des pathogènes à Berlin qu’elle a reçu sa récompense. La chercheuse n’a jamais caché que « l’herbe était plus verte ailleurs » pour expliquer son expatriation. Apparemment, elle a bénéficié de crédits de recherche plus généreux, tout en ayant l’opportunité de créer son entreprise - Crispr Therapeutics - pour appliquer sa technologie au domaine médical. Mais, pas de regrets. Au-delà des faiblesses du financement de la recherche académique en France, la chercheuse aurait sans doute subi les tracas d’une opinion publique peu favorable à ses travaux. Sa technologie permet, en effet, la modification de génomes et, à ce titre, la création d’OGM. N’oublions pas que, grâce à José Bové, la France est le pays des « Faucheurs volontaires » !

Pourtant, il est des acteurs qui restent convaincus que les biotechnologies et la génomique sont des technologies d’avenir, notamment pour réussir notre transition écologique et offrir un avenir durable à notre planète. Au sud de Paris, le Genopole d’Évry, premier biopark français dédié aux biotechnologies, veut justement mettre un coup d’accélérateur sur cette « génomique environnementale » qui trouve des applications dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture, de l’agroalimentaire, des cosmétiques… « En 2019, sur les 167 M€ levés par les entreprises génopolitaines, 114 M€ l’ont été par des entreprises du domaine agro-industries et technologie environnementale », expliquait encore la semaine dernière Gilles Lasserre, le nouveau directeur général du Genopole, alors que le secteur de la santé continue de mobiliser 60 % de l’activité du cluster. Parmi les blockbusters du secteur de la « génomique environnementale », abrités par le Genopole, il a cité Ÿnsect (protéines d’insectes), Global Bioenergies (isobutène biosourcé), Abolis (biologie de synthèse), Watchfrog (détection de perturbateurs endocriniens) ou des sociétés plus émergentes comme Altar (évolution dirigée) et Glowee (éclairage par bioluminescence). Algentech est enfin l’un des rares acteurs européens de l’édition des génomes, avec une technologie brevetée permettant justement d’améliorer encore de manière très significative l’efficacité de ciseaux moléculaires, tels que les CripsrCas9. Alors à quoi bon tergiverser… il faut les soutenir sans tarder.

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