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La guerre du schiste

Julien Cottineau

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L'Amérique s'embrase. Faut-il exporter sans limite du gaz naturel ou au contraire restreindre les exportations ? Face à la révolution énergétique engendrée par les gaz de schiste aux États-Unis, perdurait jusqu'ici un sentiment d'euphorie. Un sentiment conforté par la multiplication des projets de plusieurs milliards de dollars. Conforté aussi par la jalousie du reste du monde, essentiellement en Europe où le manque de perspectives économiques et de ressources démange certains industriels. D'autant plus que certains pays, France en tête, sont peut-être assis sur une mine d'or en matière de gaz de schiste. Alors que les projets se poursuivent aux États-Unis, que le prix du gaz défie toute concurrence, que le pays se transforme en exportateur net, la question de limiter ou non les exports enflamme actuellement les débats. Récemment, le ministère américain de l'Énergie a publié un rapport estimant que les exportations seraient bénéfiques à l'économie du pays. Et de grandes confédérations, en l'occurrence la National Association of Manufacturers (NAM), qui fédère 11 000 entreprises industrielles dans le pays, et l'American Chemistry Council (ACC) se sont prononcées en faveur des exportations.

« Dow tape du poing sur la table »

Oui, mais voilà, ces prises de positions et cet engouement pour les exports ne plaisent pas à tout le monde. Et même pas du tout au géant Dow Chemical. Lequel a tapé du poing sur la table et jeté un véritable pavé dans la mare ces derniers jours en annonçant son retrait de la NAM, menaçant aussi de quitter l'ACC, clamant que ces organisations ne roulaient avant tout que pour les pétroliers et gaziers. Pire, Dow a mis sur pied en début d'année le groupement America's Energy Advantage (AEA) en compagnie de Celanese et de l'aciériste Nucor. L'organisation commence à rallier quelques acteurs de poids, comme Eastman et Huntsman et le spécialiste de l'aluminium Alcoa. L'AEA juge qu'en encourageant les exports, sans limite ni entrave, du gaz naturel « made in USA », le risque est double. D'un côté, ce sont des ressources qui partent à l'étranger, de l'autre, c'est l'assurance de faire remonter les prix du gaz sur le marché local. Avec moins de ressources, ce sont moins de projets, moins de produits manufacturés aux États-Unis et donc moins d'emplois potentiels, qui seront en outre créés hors du pays. L'AEA estime que, depuis 2010, la compétitivité du gaz naturel américain a contribué à la création de 530 000 emplois industriels. Et que 5 millions supplémentaires pourraient être créés d'ici 2020, en arguant que chaque emploi industriel entraîne la création de 5 emplois en aval. Autre argument choc : les exports illimités pourraient entraîner une remontée du prix du gaz naturel liquéfié de 14 à 54 %. Or actuellement, l'AEA note que le prix par million de BTU est de 3,34 $ aux États-Unis contre 9,73 $ au Royaume-Uni, plus de 10 $ en Allemagne et en Inde, de près de 12 $ au Brésil et jusqu'à 12,75 $ en Chine !


La contestation portée par Dow se heurte à de farouches opposants, comme ExxonMobil qui dénonce une attitude « protectionniste » et « opportuniste ». Même s'il a, lui aussi, des intérêts évidents de lobbying puisque, comme Dow, il nourrit de gigantesques projets pétrochimiques sur le sol américain grâce à la compétitivité du gaz naturel, ce géant reste avant tout un des plus grands groupes pétroliers et gaziers au monde. Sur Internet, par voie de presse, dans les couloirs du Congrès, les deux mastodontes se sont ainsi engagés dans une petite guerre. Or, ExxonMobil et Dow comptent parmi les entreprises américaines les plus actives et dépensières en termes de lobby à Washington. De quoi nourrir une vraie et inattendue bataille de riches.

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