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Julien Cottineau

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C'était inéluctable. Isolé, non intégré, lourdement déficitaire - environ 100 M€ de pertes annuelles -, en service depuis 45 ans, le second vapocraqueur de Total à Carling (Moselle) est aujourd'hui condamné. Le géant français l'arrêtera définitivement au second semestre 2015. Pour la pétrochimie hexagonale, qui ne comptera plus que six vapocraqueurs en activité sur le territoire d'ici deux ans, il s'agit d'une sombre nouvelle. Mais elle n'est pas surprenante dans un contexte de surcapacités européennes et de coûts de productions pétrochimiques plombés par les prix du pétrole - la quasi intégralité du parc est sur base naphta. Sans compter l'intenable concurrence internationale entre la compétitivité moyen-orientale et le renouveau de la pétrochimie américaine, dopée aux gaz de schiste.

« Transformer Carling en une plateforme compétitive »Toutefois, et c'est un grand soulagement pour la plateforme mosellane, cette fermeture s'accompagnera d'un plan d'investissements de 160 M€, hors frais de démantèlement. La moitié de l'enveloppe sera dévolue aux activités de Cray Valley, filiale de Total. La plateforme deviendra son centre européen pour les résines d'hydrocarbures. Cray Valley y concentrera son centre de décision et ses activités de R&D pour l'Europe. Une unité inédite de production de résines C4 (6 000 t/an) sera édifiée, afin de servir des marchés à forte valeur ajoutée (l'efficacité énergétique dans l'industrie automobile) et à forte croissance (adhésifs transparents pour écrans tactiles). L'unité actuelle de résines C9 verra ses capacités augmenter de 10 000 t/an pour élargir ses gammes vers des marchés plus dynamiques dans les adhésifs et les revêtements. Total soutiendra aussi ses productions de polymères. Il injectera environ 10 M€ pour augmenter de 40 000 t/an les capacités de polystyrène, qui atteindront 260 000 t/an. Environ 20 M€ permettront la construction d'une unité de compounds de polypropylène, ciblant les problématiques de l'allégement des véhicules. Total prévoit enfin 5 M€ pour moderniser son unité de polyéthylène basse densité (110 000 t/an) avec des grades plus avancés destinés au marché médical et aux câbles électriques. En somme, l'objectif est de transformer Carling en une plateforme compétitive ciblant des marchés de niche à plus haute valeur ajoutée et d'avenir. Enfin environ 15 M€ sont prévus pour les infrastructures et réseaux, et 30 M€ pour la logistique liée au maintien de l'approvisionnement d'Arkema en propylène, par rail depuis la plateforme Total Normandie pour ses productions d'acide acrylique à Carling, et d'Ineos en éthylène, via pipeline depuis Feyzin (Rhône) et Lavera (Bouches-du-Rhône), pour ses productions de polyéthylène à Sarralbe (Moselle). La CGT d'Ineos s'inquiète toutefois que Total puisse bien livrer après 2015 un volume de 190 000 t/an nécessaire à Sarralbe par ce seul pipeline. D'ores et déjà, certains préconisent un raccordement au réseau allemand.

Sur le front des emplois, les projets ne combleront pas les suppressions envisagées. Sur 554 postes, 344 seront maintenus. Les 320 postes liés au vapocraqueur seront supprimés et 110 seront créés, soit un différentiel de 210. Total assure qu'il n'y aura aucun licenciement. D'ici à début 2016, date de la mise en service des futures unités, le groupe s'appuiera sur les 150 départs à la retraite et 50 retraites anticipées programmés. Total financera aussi formations et reconversions. Le groupe prévoit enfin un fonds de soutien pour les entreprises partenaires qui seront impactées par la fermeture du vapocraqueur. C'est sur ce point que les syndicats semblent les plus inquiets. Quand Total évoque environ 200 emplois impactés côté sous-traitance, les partenaires sociaux chiffrent de 400 à 600 emplois indirects menacés.

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