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« La reprise économique nette et franche, personne ne la voit »

« La reprise économique nette et franche, personne ne la voit »

Le secteur du commerce chimique en France a bénéficié d'une croissance plus favorable qu'escomptée en 2013. Mais la reprise se fait vraiment attendre. Tour d'horizon avec Gilles Richard, délégué général de l'UFCC.

Vous espériez entre 2 et 3 % de croissance pour 2013, quel a été le bilan ?
 

Nous avons atteint 3,5 %, donc c'est mieux qu'envisagé. Cela correspond à un chiffre d'affaires de 3,1 Mrds €. En deux ans, la croissance a été de 5,3 %. Malgré l'effet lié aux prix plus élevés des matières premières, on a observé une augmentation de l'activité. La situation a été stable à l'export, qui représente toujours 18 %. C'est un bilan correct, un peu meilleur que l'an dernier. L'économie souffre toujours d'un euro fort qui pénalise les exportations. Mais ce n'est pas trop un frein pour notre secteur car nos exports sont très européens. Et cela facilite les importations. La distribution en profite donc. Le prix du pétrole est toujours à un niveau élevé mais s'étant stabilisé depuis quelque temps, nos adhérents ont réussi à tirer leur épingle du jeu.

 

L'an dernier, vous évoquiez des marges laminées, ce n'est plus cas ?
 

En 2013 j'espère qu'elles se seront un peu reconstituées. La forte hausse des matières premières s'est calmée et les ventes ont été légèrement en hausse, donc les marges ne devraient pas être trop dégradées. Nous notons toujours une baisse de la demande industrielle française, qui ne s'est pas transférée à l'export.

 

Qu'en est-il des prix ?
 

Les prix d'achat sont toujours plus élevés mais les secteurs arrivent encore à faire passer des hausses. Le marché reste tendu.

 

Et sur le plan social ?
 

Nos effectifs sont toujours d'environ 3 250 salariés. Il n'y a dans l'ensemble ni création ni destruction d'emplois. Mais, sur le plan de l'embauche, il y a un problème d'adéquation entre l'offre et la demande en termes de compétences. Nous avons lancé l'an dernier des relations avec des établissements d'enseignement supérieur pour faire connaître notre filière, nos besoins et nos métiers. Le commerce inter-entreprises, dans son ensemble, c'est un million d'emplois, mais souvent des métiers et des entreprises méconnus du grand public.

 

Quelles sont les perspectives pour 2014 ?
 

La tendance de 2013 devrait se poursuivre. La reprise économique nette et franche, personne ne la voit. Au cours des quatre premiers mois, la croissance a été très légère, entre 0 et 2 %. L'an dernier, le second semestre avait été meilleur, nous espérons la même chose cette année. De nombreux paramètres créent des points de tension, comme les gaz de schiste ou la crise en Ukraine, qui impacteront les prix et la disponibilité des matières premières à court ou moyen terme.

 

Avez-vous observé des évolutions en aval ?
 

Cela va un peu mieux dans la construction et l'automobile, où la reprise est meilleure. Cela devrait participer à la légère hausse attendue pour 2014. Le marché des sciences de la vie continue de bien se tenir.

 

Des changements du côté de l'export ?

 

C'est impossible de détailler pour les pays hors UE. Dans la partie Europe, il y a eu un arrêt de la dégradation en Espagne, la situation au Portugal et en Italie s'est aussi améliorée. Après les grosses déconvenues depuis 2009, la demande industrielle semble reprendre en Europe du Sud.

 

Est-il préférable aujourd'hui d'être un petit ou un grand acteur du commerce chimique ?
 

La taille critique est importante c'est vrai, cela donne accès à des prix avantageux à l'achat. Les petits acteurs disent que c'est plus difficile, par rapport à de grands acteurs, d'absorber les coûts. À l'inverse, la course au gigantisme perd en souplesse. Ce sont en réalité les entreprises de taille intermédiaire qui semblent mieux s'en sortir. Certaines effectuent régulièrement des opérations de croissance externe, avec des compléments de gamme qui répondent aux demandes de leurs clients.

 

Comment sera le secteur dans cinq ans ?
 

On n'est jamais à l'abri de bonnes nouvelles ! On pourrait avoir, pourquoi pas, une baisse de prix des matières premières ou de l'énergie, des produits moins chers venant des États-Unis... Il devrait y avoir une augmentation de la demande finale même si elle sera partiellement honorée par les importations de produits finis. On souffre de plus en plus dans certains secteurs, on dépense aussi moins pour la voiture par exemple. La consommation finale de produits chimiques ne va pas forcément bénéficier de la hausse générale de la demande. La consolidation du marché va se poursuivre. Au sein des spécialités, la croissance externe semble être un relais de croissance important. Quand vous ne vendez pas plus et que vous ne disposez plus de clients supplémentaires, alors la croissance externe devient la clé.

 

Le réglementaire continue-t-il de peser ?
 

Bien sûr, sans oublier le côté fiscal qui est un frein également en terme de charge de travail ; cela accroît les charges à tous les niveaux. La taxe poids lourd, bientôt applicable a priori, est un bon exemple. Les dispositions pour son application ont rendu obligatoire aux transporteurs de la répercuter à leurs clients. C'est finalement aux distributeurs de l'absorber, soit une hausse de 2 % à 7 % du coût de transport. Les transporteurs ont manifesté leur mécontentement mais ce sont en fait leurs clients qui la supporteront, et in fine le consommateur. Dans le domaine social, par exemple, la réforme de la loi sur la formation professionnelle, le compte pénibilité, l'égalité homme/femmes, sont toutes des obligations supplémentaires qui s'appliquent à la majorité car il n'y a dans l'ensemble pas d'effet de seuil. En réalité, il y a toujours un énorme manque de visibilité réglementaire. Et puis cela se joue aussi au niveau européen avec les règlements Reach, CLP, et biocides. Dès qu'une réglementation semble à peu près assimilée, il en arrive une autre. En contrepartie, la simplification qui est annoncée régulièrement reste minime et se cantonne au niveau administratif de premier degré.

 

Vous organisez un débat le 19 juin sur les gaz de schiste au salon FIP ? Quelle est la position de l'UFCC sur le sujet ?
 

Déjà, le fait d'interdire la recherche est un non-sens. Je pense qu'on ne pourra pas se passer de cette ressource tant au point de vue énergétique que des matières premières. Si on ne fait rien, la France va perdre un avantage par rapport à d'autres pays européens. Les ressources ne sont certes pas faciles à identifier, on peut se tromper de beaucoup entre les prévisions et les estimations. Il faut être très prudent. Les techniques de forage sont de plus en plus propres et sûres, les risques de pollution de plus en plus minimes. Les peurs qui ont été réelles et fondées à une époque ne sont plus aussi justifiées. Il faut laisser la recherche faire son travail tout en assurant bien sûr une juste et nécessaire protection environnementale. Mais si la France prend du retard, sa dépendance augmentera. Les cartes du commerce entre l'UE et les États-Unis sont déjà rebattues. Cela crée de l'emploi industriel aux États-Unis, pas en Europe. C'est maintenant que les choses se font.

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