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La sécurité dans les laboratoires de chimie, un sujet à part entière

Sylvie Latieule

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La sécurité dans les laboratoires de chimie, un sujet à part entière

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Dans cette tribune, Jean-Luc Audren, expert indépendant en sécurité Industrielle, revient sur quelques bases de la sécurité dans les laboratoires de chimie, à commencer par la nécessité de répertorier, tracer et analyser les évènements pour en tirer des retours d'expérience.

 

 

Les laboratoires de chimie présentent des risques nombreux, certains très « visibles », comme la flamme d’un bec Bunsen, un évaporateur rotatif, un four, une odeur… D’autres risques sont vraiment « invisibles », comme les risques ATEX, les risques toxiques, les risques radioactifs, les risques sanitaires ou même les risques liés à la communication entre laborantins… Pourtant, chacun d’entre eux nécessite une attention particulière et adaptée au contexte.

Quand on effectue une recherche sur la base accidentologique française gratuite ARIA* avec le mot « laboratoire », le nombre d’accidents répertoriés est supérieur à 500  ! Ce résultat, certes important, est en trompe-l’œil car le mot « laboratoire » est utilisé par plusieurs professions dans des contextes bien différents. Si l’on est curieux et que l’on effectue une recherche sur la base accidentologique ARIA avec le mot cette fois-ci de « laborantin », le nombre d’accidents répertoriés tombe à neuf ! Mais quel neuf… Il y a tout ce que l’on retrouve dans une usine : réactions chimiques imprévues, matériel défaillant, défaut des laborantins (ou des opérateurs), mais aussi de l’encadrement, manque de formation, non respect des procédures, insuffisance dans l’organisation et même dans le matériel de lutte contre l’incendie, ce qui paraît complètement surréaliste en France au XXIe siècle…

Si l’on revient à la recherche dans la base ARIA avec le mot « laboratoire », des drames succèdent aux drames. Que d’accidents terribles ! Inutile ici de les détailler, si ce n’est pas votre métier. La période actuelle est déjà naturellement anxiogène sans vous rajouter une couche d’anxiété. Non, cependant, il est indéniable qu’il faut savoir tirer « profit » de ce retour d’expérience. On peut aussi investiguer au-delà de la base ARIA, dans la presse écrite, dans la base française EPICEA, dans la base américaine « Process safety beacon » et tant d’autres, mais très souvent payantes. Néanmoins, gardons bien en tête que la Physique et la Chimie sont les mêmes partout sur la planète ! Et qu’un incident/accident au Japon pourrait nous concerner…

C’est ce que font les grands groupes : pister les near miss ou presqu’accidents en français. Qu’est-ce c’est ? C’est un événement où il ne s’est « rien » passé si l’on peut dire, ou pas grand-chose, mais que personne n’a envie de voir se produire une seconde fois ! Même le Code du travail l’a incorporé à sa manière, mais il faut savoir le décoder :

  • à l’article L.2315-27 : « …à la suite de tout accident ayant entraîné ou ayant pu entraîner des conséquences graves… » ;
  • à l’article L.4523-3 : « … à la suite de tout incident qui aurait pu entraîner des conséquences graves… » ;
  • à l’article R.4523-4-1 : « … les accidents ayant entraîné ou ayant pu entraîner des conséquences graves » ;
  • à l’article R.4532-85 : « …A la suite de tout accident ayant eu ou ayant pu avoir des conséquences graves » ;
  • à l’article R.4643-34 : « …ayant révélé l’existence d’un danger grave, même si les conséquences ont pu en être évitées… ».

Toutefois, aujourd’hui, tracer et étudier ces presqu’accidents, est devenu stratégique. Car savoir que son organisation est faillible, et en plus sans frais, est une information de première main qu’il faut savoir exploiter par rapport à ses concurrents… Certes, la sécurité coûte cher, mais ceux qui ont déjà subi un accident savent qu’un accident coûte bien plus cher que la sécurité elle-même, en termes financiers, ainsi qu’en gestion humaine, en gestion de ses clients, et bien sûr, en gestion de l’image dans les médias…

De plus, pour concevoir un laboratoire, ou mettre à niveau son laboratoire existant, il existe des guides comme celui de l’INRS (cf. Laboratoires de chimie - Votre métier - INRS) avec tous ses liens vers des problématiques spécifiques, mais aussi toujours de l’INRS :

  • Evaluation des sorbonnes : ND2301 de 2008 ;
  • Sorbonnes de Laboratoire : ED795 de 2009.

Une petite remarque historique : l’INRS a le grand mérite de mettre à jour certains de ses documents. Dans le cas de son ED6015 de 2019, cité dans le lien Internet ci-dessus, il paraît bon de signaler que les versions de 2012 et de 1999 présentent un intérêt supplémentaire, celui de leurs photographies. Cela permet de mesurer le chemin parcouru !

De même, Total a aussi son propre guide interne (GM-GR-HSE-002). Il existe aussi pour les hottes et les sorbonnes de laboratoire la norme européenne NF EN 14175, ainsi que son développement français XPX 15206. Et enfin, il existe une page Wikipédia fort bien rédigée sur les laboratoires de chimie…

De plus, il paraît bien utile de redire que des réunions de sécurité mensuelles ou toutes les deux semaines sont nécessaires pour rappeler certaines règles et garder la vigilance sans ennuyer ni faire peur. Car l’ennui et la peur sont souvent contreproductives. Chercher l’adhésion le plus possible. Personne n’a encore la vérité absolue, et dans un laboratoire de chimie, espace contraint, l’esprit d’équipe peut empêcher des étourderies, voire des catastrophes. Créer du « liant » entre des êtres humains en général, et des laborantins en particulier, est fondamental pour accroître sa propre sécurité et celle des autres.

Sur la route, ça s’appelle le code de la route. Dans un laboratoire de chimie, c’est plus petit, mais avec de nombreux risques de natures bien différentes. S’il n’existe pas encore de code dédié, il existe des règles de bonnes pratiques, comme celles que nos aînés, les alchimistes, ont durement apprises, et que nous continuons à découvrir, avec de nouvelles molécules que nous créons. Classons les Fiches de données de sécurité (FDS) qui donnent des informations précieuses sur notre sécurité. Mais ces FDS se mettent à jour ! On peut aussi comparer des FDS entre fournisseurs pour détecter un « écart » ou un changement de réglementation.

À titre d’exemple, le réglement délégué (UE) n°2020/1182 du 19/05/20 (cf. https://aida.ineris.fr/consultation_document/43499 ) va entrer en vigueur le 1er mars 2022. Dans l’annexe de ce texte européen modifiant le CLP (Classification, Labelling, Packaging), le nombre de changements dans les mentions de danger (H) est impressionnant. Vérifiez bien auprès de vos fournisseurs leurs FDS révisées et les Equipements de protection individuelle (EPI) recommandés pour ces nouvelles mentions de danger !

 

*ARIA : Analyse, Recherche, Information sur les Accidents (cf. ARIA - La référence du retour d'expérience sur accidents technologiques (developpement-durable.gouv.fr)

 

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