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La SFGP mobilise ses adhérents sur les enjeux du génie des procédés

Par Sylvie Latieule

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Les assises du génie des procédés, organisées le 28 mars dernier, ont réuni plus de cent cinquante participants. À l'ordre du jour, des débats sur le rôle que peut jouer la discipline dans le renouveau industriel français.

« Notre magnifique pays doit redevenir un grand pays industriel, lutter contre la désindustrialisation, repenser son tissu industriel. Ce sont des conditions « sine qua non » pour améliorer l'emploi, réduire notre dépendance vis-à-vis de l'étranger ». C'est en ces termes que Jean-Pierre Dal Pont, président de la Société française de génie des procédés (SFGP) a ouvert une après-midi de débats consacrée à sa discipline, le 28 mars dernier à la Maison de la chimie. « Le terme Génie des Procédés est une invention française, créée il y a une trentaine d'années par le professeur Jacques Villermaux de Nancy, trop tôt disparu. Jacques Villermaux a eu une vision qui semble très simple, à savoir que les méthodes et concepts du génie chimique, traduction française de « Chemical Engineering » qui a accompagné le développement extraordinaire de la chimie et du pétrole pendant un siècle, pouvaient s'appliquer aux autres Industries de transformation de la matière, telles la pharmacie, les industries agro-alimentaires, la cosmétique pour ne citer que celles-là », a rappelé M. Dal Pont. Sébastien Podevyn s'est ensuite exprimé au nom de Thierry Mandon, ex-secrétaire d'état chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche, pour évoquer les progrès technologiques, en particulier la révolution numérique, qui sont en train de bouleverser notre société. Il a également mentionné les attentes sociétales et estimé que les usines devaient être le fer de lance d'une économie plus responsable et durable.

Mais alors que le besoin d'un renouveau industriel se fait de plus en plus pressant, quel pourrait être le rôle du génie de procédés ? Quels sont les enjeux en matière de recherche et de formation ? Quelle dynamique faudrait-il engager pour amplifier ce renouveau ? L'enjeu de cette après-midi était justement de répondre à ces questions et de proposer un point d'étape pour une discipline toute jeune au regard des sciences fondamentales, 30 ans après le rapport Gaillard qui avait analysé les pôles de compétences français en génie des procédés.

 

La 4e révolution industrielle en marche

 

Des débats, on retiendra que la numérisation nous a fait entrer dans une quatrième révolution industrielle, d'où est en train d'émerger le concept d'usine du futur. Yves le Le Déaut, président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), a rappelé quelques caractéristiques de cette usine du futur : production plus flexible, personnalisation des produits, alliance nouvelle entre l'homme et le robot, interopérabilité, digitalisation, optimisation des coûts énergétiques, fonctionnement de l'usine dans un écosystème... Il a évoqué les soutiens publics engagés sous le quinquennat Hollande à travers le programme Alliance pour l'industrie du futur qui s'est inscrit dans la continuité des 34 plans industriels. « C'est une priorité absolue que de renforcer notre tissu industriel », a-t-il expliqué, estimant que le génie des procédés était un levier indispensable de l'usine du futur. D'ailleurs, sous l'impulsion du conseil d'administration de la SFGP, une commission « Usine du futur » composée d'industriels et d'académiques a été constituée depuis plus d'un an pour réfléchir sur cette thématique ainsi que sur les impacts de la révolution digitale qui se dessinent. Un guide est en préparation.

Bien entendu, ces évolutions ne seront pas sans impact sur l'emploi et il y aura nécessité d'adapter les formations initiales et continues, sachant que l'on parle maintenant de plus en plus de formation tout au long de la vie pour s'adapter au mieux à un monde en mouvement. Ainsi, la formation a été largement évoquée dans le cadre de ces assises. Un recensement au niveau national a d'ailleurs été soigneusement réalisé. Il est issu de remontées d'informations qui ont pu être rassemblées dans le cadre d'assises régionales organisées, courant 2016, en préparation de ces assises nationales. Il a permis de constater que la discipline du génie des procédés était de mieux en mieux implantée dans les cursus (DUT, licences, écoles d'ingénieurs). « Le nombre d'ingénieurs formés a doublé entre 1991 et 2015 avec un maillage sur tout le territoire », a pu observer Xuan Meyer, professeur à l'INP-Ensiacet à Toulouse. Jean-François Joly, directeur expert à l'IFPEN, a toutefois estimé que la discipline était encore trop méconnue et qu'il fallait continuer d'agir pour attirer des talents. Différentes mesures sont envisagées : intervenir dans les écoles, former les professeurs, (re)proposer une agrégation, proposer un répertoire de formation sur Internet, reconstituer le lien entre le citoyen et l'industrie... Sur le volet recherche, Jack Legrand, professeur de génie des procédés à l'Université de Nantes, a évalué à hauteur de 2000 le nombre de chercheurs académiques impliqués dans le génie des procédés sur notre territoire, un chiffre auquel il faudrait ajouter tous les chercheurs industriels.

 

Des attentes sociétales

 

Puis, il a été rappelé que la France avait une bonne tradition de recherche dans ce domaine du génie des procédés, notamment au niveau du CNRS, avec des laboratoires souvent associés à des écoles d'ingénieurs. Avec une particularité du génie des procédés : son côté très interdisciplinaire qui intègre d'autres sciences, telles la chimie, la physique, les mathématiques, la mécanique. Pour ce qui est des évolutions les plus récentes, il a été évoqué la nécessaire prise en compte des questions sociétales, les impacts environnementaux liés au développement industriel, mais aussi les besoins de consommateurs de plus en plus personnalisés. Outre l'INP-Ensiacet à Toulouse ou l'Ensic à Nancy, l'IFPEN reste un haut lieu du développement de procédés et de la catalyse, en particulier pour les secteurs pétroliers et gaziers, et plus récemment, dans les énergies nouvelles. On y forme aussi des thésards, même si le coeur de métier reste l'industrialisation de procédés via sa filiale Axens, et en partenariat avec d'autres entreprises françaises, comme l'a rappelé Pierre-Henri Bigeard, directeur adjoint de l'IFPEN.

 

Des secteurs à conquérir

 

Autre enseignement de ces assises, le génie des procédés, né de la chimie, conquiert progressivement de nouveaux horizons. C'est en tout cas le point de vue de Laurent Falk, du LRGP à l'Ensic de Nancy, qui a notamment évoqué les secteurs des biotechnologies, de la pharmacie, du textile et même du spatial. Jean-Luc Simon, représentant de l'Ania, a tempéré ses propos en regrettant, pour sa part, que le génie des procédés n'ait pas été en mesure de s'imposer dans les secteurs agricole et agroalimentaire. En corollaire, il a estimé que la France était en train de régresser, ces domaines étant incapables de capter la croissance.

Plus optimiste, Marc Daumas, responsable science et innovation chez Sanofi, a témoigné que sa société avait bien intégré des compétences de génie des procédés sur ses deux métiers, la chimie fine et la production de médicaments. Et parmi les applications les plus nouvelles, il a mentionné le traitement des solides et le domaine des produits biologiques injectables, compte tenu des aspects hydrodynamiques très particuliers des opérations de remplissage.

Philippe Ricoux de la direction scientifique de Total a expliqué pour sa part que, dans un groupe pétrolier comme Total, le génie des procédés trouvait toutes ses lettres de noblesse dans l'aval et le raffinage. Dans ce domaine, pour être performants, il faut être capables de modéliser et d'adapter au mieux les outils à une diversité de plus en plus grande, tant au niveau des intrants (des gaz de schiste au pétrole brut) qu'en sortie d'installation. Le génie des procédés est alors un levier pour atteindre cet objectif.

 

La transition digitale au coeur du renouveau

 

Bien entendu, ces assises ont été l'occasion d'évoquer la transition digitale et son articulation avec le génie des procédés. Laurent Baseilhac, directeur des procédés d'Arkema, est justement chargé de lancer la transition digitale dans le « manufacturing » : « Chez Arkema, nous pensons que la digitalisation est tirée par le marketing et le client. Mais très vite l'industriel et le « manufacturing » doivent répondre par plus de customisation ». Ainsi, tout ce qui est modélisation et simulation revêt une importance de plus en plus grande. Il a également évoqué des répercussions importantes au niveau humain et dans l'organisation du travail, avec notamment des opérateurs qui devront évoluer vers des niveaux de compétences plus élevés. « Nous allons inverser le flux de l'intelligence vers l'opérateur », a-t-il ajouté.

Le mot de la fin est revenu à Marc Rico, chef de bureau de la chimie et des biotechnologies de la DGE. Il a expliqué que les travaux de la SFGP pour contribuer au renouveau industriel de la France venaient en écho des travaux des pouvoirs publics. On retiendra de ses propos quelques mots clés que sont la compétitivité, la modernisation, l'économie circulaire et numérique et la formation. Preuve que la DGE est bien une organisation connectée avec les préoccupations des industriels.

De ces assises sortira prochainement un livre blanc, un document proposé par la SFGP qui synthétisera les défis à relever par le génie des procédés pour bâtir l'industrie du futur.

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