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La tentation américaine de BASF

Le géant mondial dégaine. Il pourrait investir, massivement, outre-Atlantique. Ce n'est pas surprenant. Kurt Bock ne cesse de s'égosiller sur l'insoutenable différentiel du prix du gaz entre l'Europe et les États-Unis. Or, si le grand patron de BASF et président du Cefic presse ainsi les décideurs européens à trouver des solutions pour un accès plus compétitif à l'énergie, son militantisme ne pouvait pas non plus ignorer l'irrésistible attrait pour l'Amérique du Nord et ses gaz de schiste qui ont changé drastiquement la donne. Voilà donc BASF en mouvement pour profiter de cette aubaine. Cela étant, ce ne sera pas une première. Dans le cadre de sa coentreprise avec Total à Port Arthur, au Texas, BASF a déjà investi pour profiter de la révolution des gaz de schiste en flexibilisant et en musclant le vapocraqueur. Sauf que là, le n°1 mondial envisage un projet beaucoup plus ambitieux. Il songe à construire une unité de production de propylène. Si les contours sont encore flous, BASF a déjà évoqué quelques ordres de grandeur conséquents. Ce projet, s'il est enclenché, se poserait ni plus ni moins comme le plus grand investissement du groupe pour la construction d'une unité de production. « Actuellement, le plus important investissement, d'environ 1 milliard d'euros, est celui engagé pour la construction de notre unité de TDI à Ludwigshafen. Ce serait donc plus », assure un porte-parole. L'unité de propylène, dont le démarrage est envisagé en 2019, serait de taille mondiale, donc de « plusieurs centaines de milliers de tonnes par an », poursuit le représentant de BASF. Autre détail essentiel : l'unité utiliserait du méthane comme matière première. Ce qui tranche nettement avec tous les projets de propylène annoncés ces dernières années aux États-Unis et qui se focalisent sur la déshydrogénation de propane. Selon IHS Chemical, la technologie methane-to-propylene en est encore à ses débuts et les seules unités de ce type ayant déjà démarré dans le monde sont centralisées en Chine. L'avantage du méthane par rapport au propane est qu'il serait également meilleur marché affirme IHS.

 

« L’unité de propylène, dont le démarrage est envisagé en 2019, serait de taille mondiale »

 

L'objectif de BASF est aussi de sécuriser ses apports en propylène pour certaines de ses productions en aval sur le sol américain. Comme de l'acide acrylique ou des alcools oxo. Des productions qui servent ensuite des marchés tels ceux des revêtements, des détergents, ou encore des polymères super-absorbants. Actuellement, le groupe allemand ne dispose que de deux unités de production de propylène en Amérique du Nord. À Port Arthur, BASF dispose d'une unité de conversion d'oléfines d'une capacité de 250 000 t/an. Sur le même site texan, le vapocraqueur détenu en commun avec Total (60 %/40 % en faveur de l'Allemand) peut produire jusqu'à 640 000 t/an de propylène. Or aujourd'hui, la frénésie des projets américains destinés à profiter de l'éthane issu des gaz de schiste conduit inexorablement vers un fléchissement de la disponibilité de propylène aux États-Unis, notamment avec la conversion de nombreux vapocraqueurs passant d'une base naphta à une base éthane bien moins prolifique pour la production de propylène. Selon une étude d'IHS à paraître, la production de propylène aux États-Unis aurait été réduite de 40 % en seulement quatre ans avec le recours massif à l'éthane plutôt qu'au naphta pour alimenter les vapocraqueurs. Du coup, la construction d'unités spécifiques de propylène est devenue une alternative crédible pour les chimistes qui ont besoin d'assurer leurs arrières. Comme BASF.

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