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Lanxess cible les pays émergents

A Leverkusen, Jacques Haas

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DES ÉCONOMIES DE 290 MILLIONS D'EUROS

Si Lanxess s'est bien redressé cette année, il le doit notamment à un management de la crise à deux dominantes. La première consiste en mesures techniques et en la réduction temporaire des rémunérations fixes et variables. La seconde concerne la gestion souple des actifs. « Cela nous a permis d'aligner la production sur le déclin de la demande et de réduire nos coûts en matières premières, énergie, infrastructure et logistique », analyse Axel Heitmann, le p-dg de Lanxess. Une stratégie de variation des coûts fixes qui a porté ses fruits. « Nous avons ainsi évité une production excédentaire qui aurait eu pour conséquence de baisser les prix », se félicite Axel Heitmann. Les différents aspects de cette orientation ont permis à l'entreprise de réaliser des économies de 290 millions d'euros en 2009 et 2010, tout en réduisant sa dette et en augmentant ses réserves de liquidité.

Lanxess cible les pays émergents

Axel Heitmann et Mathias Zachert, respectivement p-dg et directeur exécutif du groupe.

© © Lanxess

D'ici à cinq ans, le groupe espère une progression de 80 % de son excédent brut d'exploitation, pariant sur l'émergence des classes moyennes dans les BRIC.

Le groupe allemand de chimie de spécialités se tourne vers les pays émergents pour grandir. Ici comme ailleurs, il a identifié quatre grands thèmes de société, à savoir la mobilité, l'agriculture, l'urbanisation et l'eau. Ces progressions attendues sont le cœur du nouvel objectif à moyen terme de Lanxess : faire passer son excédent brut d'exploitation de 800 millions d'euros prévus en 2010 à 1,4 milliard d'euros à l'horizon 2015, soit une progression de 80 %. « Nous sommes prêts à entrer dans une nouvelle ère de croissance et avons établi un objectif ambitieux que nous pourrons atteindre sur la base de la position stratégique de notre portefeuille d'activités », a expliqué Axel Heitmann, le p-dg du groupe. Une perspective qui s'inscrit dans les progrès passés de l'entreprise, puisque de sa création en 2004 à la fin de l'année 2010, l'excédent brut d'exploitation affiche une progression toujours similaire.

Pour atteindre son but, le groupe maintiendra une double stratégie de développement. Au chapitre de la croissance externe, Mathias Zachert, le directeur exécutif du groupe, a indiqué que l'attention porte sur des acquisitions de petite et moyenne tailles, pour un investissement de 100 à 400 millions d'euros par transaction.

La croissance interne, elle, constituera le principal axe de développement du groupe. « Pour les deux prochaines années, près de 70 % de nos immobilisations seront réservées à l'expansion. Ce qui contraste grandement avec les 40 % que nous affichions en 2004 », explique Matthias Zachert, directeur exécutif de Lanxess. Le groupe a préféré se concentrer sur les domaines dans lesquels il est leader.

Parallèlement, l'entreprise s'est retirée de productions qui ne faisaient pas partie de son cœur de métier, comme les produits chimiques pour le papier ou pour la fabrication de textiles. « Nous avons transformé Lanxess en une entreprise plus rentable en effectuant des désinvestissements dans les domaines où nous ne pouvions plus progresser », détaille Axel Heitmann.

Pour réaliser son objectif de développement, Lanxess repose sa stratégie notamment sur la construction de nouveaux sites près des marchés porteurs en Chine, en Inde et au Brésil. Ces pays constituent le principal relais de croissance de Lanxess, car elles concentrent plus de 23 % des ventes du groupe, soit 1,16 Mrd € . Une proportion doublée en l'espace de cinq ans. « Notre stratégie a été validée par le fait que ces nations ont été les premières à émerger de la crise. Elles sont maintenant toutes très au-dessus des niveaux d'avant la crise », analyse Axel Heitmann.

Dans sa vision des dix prochaines années, l'entreprise allemande mise sur l'augmentation de l'urbanisation et des besoins de mobilité. Une piste de croissance majeure, car les pneus totalisent 70 % du chiffre d'affaires des business unit caoutchouc de l'entreprise. Et le marché asiatique s'annonce particulièrement prometteur. Ron Commander, directeur de la filiale caoutchouc butyle de Lanxess, note que sur le seul marché des pneumatiques, qui concentre les trois quarts des applications du produit, les BRIC focalisent les futures augmentations de production des grands manufacturiers. Dans cette optique, l'Allemand va augmenter ses capacités de production de caoutchouc polybutadiène néodyme. Ce produit entre dans la composition des bandes de roulement des « pneus verts » de haute performance. Joachim Grub, le directeur de la filière caoutchouc butadiène de performance, a rappelé que la législation européenne sur les performances minimum des pneus entrera en vigueur en 2012. L'ajout de polybutadiène néodyme dans les pneus permet actuellement une réduction de la résistance au roulement de 10 %, et une économie de carburant de l'ordre de 2 à 3 %. Un développement clé, car « 20 à 30 % de la consommation de carburant est imputable à la résistance au roulement », précise Joachim Grub.

L'automobile constitue un segment parmi les plus prometteurs pour le chimiste allemand. On le voit notamment en Asie, où le secteur automobile affiche une croissance annuelle de 9 %. En partant d'une capacité de 800 tonnes par an de caoutchoucs polybutadiènes, les nouvelles capacités de 50 000 tonnes par an en polybutadiène néodyme concernent les sites de Dormagen (Allemagne) et Orange (États-Unis) avec 15 000 tonnes chacune, et Cabo (Brésil) avec 20 000 tonnes supplémentaires. Lanxess investit 20 millions d'euros dans le projet. « Ces nouvelles capacités répondront à la demande du marché automobile pour des standards plus exigeants en matière de sécurité et d'environnement », résume Matthias Zachert. Grâce à cet investissement, le groupe espère des ventes additionnelles de 70 M€ par an. Toujours dans l'idée d'augmenter ses capacités de production pour l'automobile, Lanxess envisage de construire encore une nouvelle usine de caoutchouc poly butadiène néodyme en Asie. L'étude de faisabilité est en cours, avec une production prévue de 100 à 150 000 tonnes par an. Les décisions relatives au lieu d'implantation et aux capacités de production seront prises dans les six prochains mois. La production de la future usine sera dédiée au marché chinois des pneus, sur lequel Lanxess entend être le premier à fournir du caoutchouc polybutadiène néodyme.

Lanxess investit à Singapour

L'investissement phare du groupe dans les caoutchoucs a quant à lui démarré avec la construction d'une usine de caoutchouc butyle située à Singapour, qui représente un investissement de 400 M€ . Construction qui avait été mise en attente pendant la crise. Pour justifier le choix de cette implantation, Axel Heitmann explique qu'en Asie, « les ventes sont aujourd'hui bien au-dessus de leur niveau d'avant la crise, tandis que l'Europe n'égale pas encore ses performances de 2008 ». Des ventes appelées à exploser, notamment auprès des classes moyennes. Une étude de Goldman Sachs évoquée par Ron Commander, le directeur de la filière caoutchouc butyle de Lanxess, estime que dans les BRIC, 800 millions de personnes supplémentaires devraient faire partie de cette tranche sociale à l'horizon 2020. Quant au pourcentage de possession de voitures particulières, il est de 5 % en Asie contre 55 % en Europe de l'Ouest et 80 % aux États-Unis. Un fort potentiel de croissance sur le long terme pour le marché des pneus.

Toujours sur ce marché de l'automobile, Hubert Finck, directeur de la business unit produits semi-cristallins, a évoqué la volonté croissante des constructeurs d'obtenir des gains de poids sur les véhicules. Ce que permettent les plastiques high-tech de sa division, consacrés pour plus de la moitié au marché automobile. Lanxess estime la croissance de cette demande à 7 % par an jusqu'en 2020, à comparer avec les 3,3 % de croissance par an des ventes attendues de voitures. Hubert Finck a ainsi mis en avant le développement de composites en polyamide renforcé par des fibres de verre. Une technologie qui assure des propriétés mécaniques similaires à des pièces en aluminium avec un gain de poids de l'ordre de 10 %.

Ron Commander est également revenu sur les engagements de Lanxess en chimie verte. En effet, l'entreprise finance à hauteur de 10 millions d'euros l'entreprise Gevo, fondée en 2005, depuis cette année. Ce projet, qui compte Total et Virgin parmi ses partenaires, vise à développer un procédé de fermentation de la biomasse pour produire de l'isobutanol vert, destiné à devenir de l'isobutène. Un produit qui entre dans la composition des caoutchoucs pour produire des pneus, ou encore dans les bouchons pharmaceutiques. C'est l'une des rares initiatives biosourcées pour ce produit dans le monde. « Cette collaboration vise à diversifier les options d'approvisionnement futur de Lanxess, avec en arrière-plan la volatilité des prix des matières premières pétrolières », détaille Ron Commander.

L'eau purifiée nécessaire pour le nucléaire

Pour Lanxess, 2010 est aussi l'année de l'eau. Le chimiste allemand l'a confirmé en évoquant les futurs besoins en purification de l'eau, notamment via sa filière dédiée aux résines échangeuses d'ions à base de polyamides.

Les besoins en eau purifiée sont étroitement liés à la production d'énergie. « Dans le domaine de l'énergie, le nucléaire est le secteur le plus demandeur en résines échangeuses d'ions de haute qualité. De plus, ces résines doivent être remplacées très régulièrement », précise Michael Zobel, directeur de la filière résines échangeuses d'ions. Un marché d'autant plus prometteur en Asie que la WNA (World Nuclear Association) estime que la production d'énergie nucléaire en Chine va plus que décupler dans les 20 prochaines années, et finir par dépasser la production des États-Unis.

Néanmoins, les résines échangeuses d'ions ne sont pas les seuls produits destinés au marché de la filtration. Ainsi les membranes font aussi partie du portefeuille de Lanxess. A lui seul, le marché des membranes de filtration représente 1 milliard d'euros par an, et la croissance annuelle attendue dans ce domaine pour les prochaines années est de 10 %. Des produits tout à fait complémentaires des résines car ils filtrent aussi bien les nitrates que les métaux lourds, les pesticides et herbicides, ou encore les virus et les bactéries.

Michael Zobel est revenu sur les investissements en filtration selon deux axes. La technologie des membranes, d'abord : l'entreprise va ouvrir une deuxième unité dédiée sur son site de Bitterfeld, en Allemagne. Un investissement de 30 millions d'euros avec à la clé la création de 200 emplois à long terme. Une nouvelle gamme de produits pour la filtration sera ainsi mise sur le marché à l'horizon fin 2011. Michael Zobel a souligné que « Lanxess sera la première entreprise spécialisée occidentale à implanter un site de production de résines échangeuses d'ions en Inde, à Jhagadia », un site qui emploie en tout 250 personnes. Cette unité lui donnera ainsi un accès direct à des marchés émergents et à forte croissance. Ces résines serviront à produire de l'eau de haute pureté destinée aux industries de la pharmacie, des semi-conducteurs et le traitement des eaux industrielles. L'inves tis sement s'élève ici à 35 millions d'euros, et le lancement de la production est prévu pour la fin de l'année 2010. Lanxess investit aussi 50 millions d'euros dans sa filière produits chimiques de base, qui fournit essentiellement l'industrie agrochimique. L'un des investissements réalisés concerne les chlorotoluènes et leurs dérivés utilisés pour la synthèse d'agents de protection des cultures. Ainsi, 42 000 tonnes an nuelles ont été ajoutées au deuxième semestre 2010 sur le site de Leverkusen.

Un investissement qui devrait générer à lui sel une augmentation des ventes de 50 millions d'euros.

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REPÈRES

Né en 2004 de la réorganisation des activités chimie et polymères de l'Allemand Bayer, Lanxess a dégagé un chiffre d'affaires de 5,06 milliards d'euros en 2009, généré pour moitié par les polymères de performance. Le groupe est divisé en 3 grands segments :

Polymères de performances, avec les caoutchoucs butyles et les caoutchoucs butadiène de performance (industrie du pneu), les caoutchoucs techniques (automobile, ingénierie, construction) et les produits semi-cristallins (pièces automobile, électronique) ;

Intermédiaires avancés, avec les produits chimiques de base (aromatiques) et Saltigo (synthèse à façon en chimie fine) ;

Produits chimiques de performance, avec les produits pour la protection de matériels (antimicrobiens), les pigments inorganiques (secteur du bâtiment), les produits chimiques de fonctionnalités (additifs plastiques, colorants), le cuir (produits pour la fabrication), Rhein Chemie (lubrifiants pour caoutchoucs, plastiques et lubrifiants), les produits chimiques pour caoutchoucs (antidégradants) et les résines échangeuses d'ions (traitement de l'eau).


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