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Le boom à l'export de l'éthane américain

Julien Cottineau

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La stratégie d'Ineos fait des émules. Avant l'été, le pétrochimiste européen était le seul à s'être engagé dans des projets d'importation d'éthane américain bon marché, grâce à la révolution des gaz de schiste outre-Atlantique. Dès 2012, Ineos s'engageait pour alimenter son vapocraqueur de Rafnes, en Norvège, avant de déployer le concept sur son complexe de Grangemouth, en Écosse. Alors que les vapocraqueurs sur base gaz sont rares en Europe, et que l'exploitation des gaz de schiste est encore très loin de devenir une réalité industrielle, deux autres acteurs emboîtent le pas sur le Vieux continent. Borealis a dévoilé ses ambitions début août. Le groupe basé en Autriche et détenu à 64 % par IPIC (Abu Dhabi) et à 36 % par l'Autrichien OMV, articule son projet sur son complexe pétrochimique de Stenungsund, en Suède. Borealis projette d'abord de moderniser son vapocraqueur. L'installation actuelle, dotée de capacités de 625 000 tonnes par an d'éthylène, est déjà particulièrement flexible puisqu'elle peut être alimentée en naphta, en éthane, en propane et en butane. Borealis a aussi signé un contrat de 10 ans avec Antero Resources pour obtenir des approvisionnements de 240 000 t/an d'éthane depuis les États-Unis, et a signé avec Navigator Holdings un accord pour le transport par voie maritime. L'armateur spécialisé dans le transport de gaz s'est d'ailleurs engagé à construire un navire pour ce faire. Enfin, Borealis a signé avec l'ingénieriste TGE Gas Engineering pour la construction d'un stockage réfrigéré d'éthane à Stenungsund. Ce projet de stockage, allié à la modernisation du vapocraqueur, devrait nécessiter une enveloppe globale d'investissements de 120 M€. Tout doit être opérationnel pour 2016.


« Il n'y a pas que les Européens sur le coup »
 

Au Royaume-Uni, Sabic se lance lui aussi dans l'aventure. Le géant saoudien convertira sur base éthane son vapocraqueur de Teeside, à Wilton, d'ici 2016. Actuellement, il dispose sur place de capacités de 865 000 t/an d'éthylène, de 400 000 t/an de propylène et de 100 000 t/an de butadiène. Sabic n'a pas dévoilé le montant de l'investissement, le qualifiant simplement de « majeur ». La presse britannique rapporte que le gouvernement allouera au projet une enveloppe de 9 M de livres (11,3 M€).

Mais il n'y a pas que les Européens sur le coup. Reliance Industries importera aussi de l'éthane américain pour alimenter ses vapocraqueurs en Inde. Le conglomérat indien a conclu des accords portant sur un total de 1,5 Mt/an pour le stockage et l'acheminement d'éthane depuis l'Amérique du Nord à partir du second semestre 2016. D'autre part, Reliance a passé une commande de 723 M$ (près de 550 M€) auprès du Sud-Coréen Samsung Heavy Industries pour la construction de six transporteurs d'éthane, selon la presse américaine. Des navires de 87 000 m3 chacun, une capacité inédite au monde. La livraison est prévue pour fin 2016. Reliance construit aussi une vaste unité en Inde pour la réception et le stockage de cet éthane américain, ainsi qu'un pipeline pour l'acheminer vers ses complexes. Le groupe va enfin lancer un programme de modernisation de ses vapocraqueurs existants pour augmenter leur flexibilité et leurs capacités de craquage d'éthane. À Jamnagar, Reliance construit actuellement un vapocraqueur géant sur base gaz d'une capacité de 1,4 Mt/an, dont l'entrée en service est programmée pour 2015. Soit presqu'autant que ses capacités actuelles en Inde, évaluées à 1,9 Mt/an par Chemical Week.

La question se pose désormais. Après la frénésie des projets pétrochimiques aux États-Unis, va-t-on assister à une frénésie des projets d'exportations d'éthane depuis les États-Unis ?

 

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