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Le CEA soutient le développement de l'industrie en France

Sylvie Latieule

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Spécialiste de recherche technologique, le CEA met à la disposition des industriels ses plateformes et brevets pour favoriser la création de start-up ou le développement économique sur le territoire, palliant ainsi une relative désaffection des grands industriels pour le sujet.

Avec 625 brevets déposés en 2013 auprès de l'INPI, le CEA (16 000 salariés, 3 milliards d'euros de budget) arrive en troisième position des déposants français. Ce savoir-faire en recherche appliquée permet à l'organisme public de jouer un rôle de plus en plus important dans la valorisation de ses travaux de recherche pour les conduire vers une industrialisation. Car il faut bien comprendre que l'innovation est une chaîne ininterrompue qui démarre de recherches académiques très amont pour aboutir à une industrialisation, en passant par de la recherche technologique et du développement. Pour décrire cet enchaînement, la Nasa américaine a imaginé la classification TRL (Technology Readiness Level ou Niveau de Maturité Technologique) caractérisée par des numérotations de 1 à 9. La recherche académique couvre les TRL 1 à 2. La recherche technologique ou appliquée va de 3 à 5. Les phases de prototypage et de pilotage correspondent aux TRL de 6 à 9.

Autrefois, les industriels démarraient leurs activités à partir de la phase 3. Mais Jean-Charles Guibert, directeur de Minatec et de la valorisation du CEA, observe que l'organisation de la recherche a changé. Partout dans le monde, des entreprises ferment leurs « corporate lab », qui assuraient les développements sur les phases 3 à 5, pour se positionner uniquement sur les TRL 6 à 9. D'où l'apparition d'un fossé entre les travaux très amont proposés par la recherche académique et la capacité des industriels à les convertir en innovation. C'est la « vallée de la mort de l'innovation ».

Et sur ce point, la France serait particulièrement mal lotie. Selon le CEA, le montant total des dépenses de R&D en France est de l'ordre de 42 milliards d'euros par an. La recherche fondamentale représente environ 15 Mrds €, c'est notre point fort. Le développement industriel coûte 25 Mrds €, ce qui place le pays dans une bonne moyenne. En revanche, avec seulement 2 à 3 Mrds € (7% de la R&D) consacrés à l'étape de maturation technologique, la France est loin derrière les États-Unis qui consacrent 22 % de leur effort de R&D à cette phase.

D'où la montée en puissance en France d'une offre de pure players de la recherche appliquée focalisés sur le transfert technologique. S'il existe déjà des sociétés privées comme Bertin Technologies, l'offre CEA Tech a été créée en 2012 à la demande des pouvoirs publics. Elle consiste en une mise à disposition des plateformes technologiques du CEA et de ses brevets pour favoriser la création ou le développement d'entreprises sur le territoire. En pratique, le CEA accompagne des entreprises dans le cadre de programmes de R&D comprenant l'exploitation des brevets. « Notre objectif n'est pas de faire du licensing sec et d'avoir un modèle économique basé principalement sur des redevances » complète Jean-Charles Guibert.

Parallèlement, le CEA contribue à la création de nombreuses start-up. « Depuis les années 2000, nous avons contribué à la création d'une centaine d'entreprises et historiquement à 169 », ajoute-t-il. Pour l'instant, les principaux partenaires industriels de CEA Tech sont des groupes français.

Bien au-delà des domaines de la défense et du nucléaire, le CEA s'est déployé dans les nouvelles technologies de l'énergie (hydrogène, solaire, biomasse), dans l'électronique et dans la santé. Toutes ces recherches sont menées au sein de dix centres de recherche et les cinq plateformes régionales de transfert technologique CEA Tech, pour lesquelles le CEA a investi 120 millions d'euros sur 10 ans.

En Europe, Jean-Charles Guibert n'hésite pas à comparer la démarche de CEA Tech à l'institut allemand Fraunhofer, au TNO néerlandais ou au VTT finlandais. Il loue cependant le modèle du campus Minatec à Grenoble où la plateforme CEA Leti, spécialisée en micro et nanotechnologies, est connectée avec des centres de formation et des industriels. Jean-Charles Guilbert explique que c'est ce type de structure que l'on retrouve aux États-Unis autour de Georgia Tech ou du Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Singapour avec le Fusionopolis, en Corée avec le Science Park de Daejon, en Chine avec le Nano-Polis de Suzhou ou encore au Japon à l'Okinawa Institut of Science and Technology (OIST).

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