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Le défi durable de la pétrochimie

Julien Cottineau

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CO2 et déchets plastiques

Le défi durable de la pétrochimie

© Sadara

Les perspectives de croissance de la pétrochimie sont très largement à la hausse. C'est ce que pointe l'étude The Future Of Petrochemicals que vient de publier l'Agence internationale de l'Énergie (AIE). Les économies sont devenues largement dépendantes des plastiques. Dans les pays développés, depuis 2000, la demande a dépassé celle d'autres matériaux comme l'acier, l'aluminium et le ciment, et a doublé en moins de vingt ans. Selon le scénario de référence, en particulier avec l'accroissement dans les pays en voie de développement, l'AIE prévoit une augmentation de 30 % de la demande en plastiques d'ici à 2030 et de 60 % en 2050 ! Plus méconnu : la pétrochimie devrait compter pour plus d'un tiers de la croissance mondiale de la demande en pétrole d'ici à 2030, et pour près de la moitié de cette croissance d'ici à 2050, soit plus que n'importe quel autre secteur.

Le revers de la médaille est environnemental. Avec deux problèmes majeurs : les émissions de CO2 et les déchets plastiques. L'industrie pétrochimique consomme actuellement autant d'énergie que les secteurs de l'acier et du ciment combinés, même si elle émet moins de CO2 que chacun des deux. Avec 1,5 gigatonne par an d'émissions de CO2, la pétrochimie compte pour 18 % des émissions industrielles mondiales. Dans le scénario de base de l'AIE, ces émissions devraient augmenter de 30 % entre 2017 et 2050. Sur le volet des déchets, le continent plastique dans le Pacifique cristallise aujourd'hui le problème. Sans faire le procès de la pétrochimie, l'AIE avance un scénario Clean Technology (CTS) qui ne serait pas, selon elle, infaisable. Il permettrait de limiter de 45 % les émissions de CO2 par rapport au scénario de base. Et de contenir l'accroissement de la demande en plastiques de 40 % grâce à une économie plus circulaire. Il y a évidemment un énorme effort à fournir en termes de recyclage. Le scénario de base prévoit un accroissement de 25 % jusqu'en 2050. Le CTS mise sur un taux doublé d'ici à 2030 et triplé en 2050. Toutefois le recyclage, central pour la gestion des déchets, n'est pas le meilleur remède pour limiter les émissions de CO2. L'utilisation de matières premières alternatives et le recyclage ne contribueraient qu'à hauteur de 15 %. Cela relèvera davantage de l'efficience énergétique, des technologies et procédés (25 %), du recours à des matières premières comme le gaz naturel au lieu de charbon (25 %), et la capture et le stockage de CO2 (35 %).

Le rapport de l'AIE propose dix mesures pour concrétiser le CTS. Parmi elles, il y a l'effort en R&D pour des productions plus efficaces, des standards à relever et des actions réglementaires efficaces pour limiter les émissions, la réduction des plastiques à usage unique, l'amélioration du recyclage, la responsabilisation des utilisateurs, fabriquer des matières en tenant plus compte de leur durabilité, et voire même pénaliser financièrement les matériaux dont le recyclage est plus limité. La publication de ce rapport coïncide avec celle d'un rapport d'IHS Markit, cabinet britannique expert des données en énergie notamment. Intitulé Plastics sustainability - A sea change : plastics pathway to sustainability, il défend l'idée que les déchets plastiques, en particulier marins, nourrissent actuellement la montée d'un activisme des consommateurs qui pourrait devenir l'un des plus grands écueils pour le développement de la pétrochimie mondiale. Cela pourrait entraîner des fabricants de produits finis à tourner le dos à certains plastiques et les gouvernements à en interdire ou à les surtaxer. Autrement dit, dans un rapport comme dans l'autre, la durabilité de la pétrochimie et de ses productions est un véritable enjeu environnemental, sociétal et économique. Il faudra trouver des solutions.

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