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Le développement durable fixe le cap

Propos recueillis par Dinhill On
lArmand Lattes, professeur émérite en chimie de l'université Paul Sabatier de Toulouse, président honoraire de la Société chimique de France (SFC) et fondateur de la Fédération française de la chimie (FFC), nous confie sa vision de la recherche dans les années à venir.

Info Chimie Magazine : Comment la recherche en chimie va-t-elle s'inscrire dans les enjeux futurs du développement durable ?

Armand Lattes : La chimie a un rôle à jouer dans les enjeux du développement durable, en aidant à répondre à des problématiques telles que l'énergie ou la consommation des ressources naturelles et de l'eau. La recherche en chimie va dépendre de trois principaux paramètres. Le premier correspond aux innovations elles-mêmes en termes de matières premières, de procédés et de produits. Le deuxième paramètre est le développement durable, dans laquelle la R&D s'inscrira selon une démarche "d'innovation responsable". Enfin, les textes réglementaires comme Reach, et les actions volontaristes de la part des acteurs de la R&D, comme le Responsible Care ou les 12 principes de la chimie verte, vont aussi conditionner la recherche de demain.

 

Quels vont être les principaux axes de recherche de la chimie ?

A.L. : La recherche et l'innovation en chimie vont être réparties essentiellement selon les trois thématiques suivantes : l'énergie, les matériaux, et l'exploitation de l'eau et des matières premières. Dans le secteur de l'énergie, l'effort de recherche sera notamment porté sur les systèmes de stockage d'énergie. Les matériaux vont faire l'objet d'importants travaux de la part des chercheurs. Ils seront toujours plus performants pour les applications pour lesquelles ils sont conçus : résistance, légèreté, etc. Enfin, la R&D relative aux matières premières s'intéressera toujours aux méthodes d'extraction et d'exploitation de celles-ci mais la valorisation des déchets et le recyclage seront de plus en plus présents. Par ailleurs, la purification de l'eau occupera une place d'autant plus grande que des techniques, comme celles utilisées pour l'exploitation des gaz de schiste, seront très consommatrices de cette ressource.

 

Comment ces axes de recherche vont-ils se traduire dans l'industrie ?

A.L. : Dans le domaine de l'énergie, nous verrons, entre autres, de nouvelles batteries capables de stocker une grande quantité d'énergie. Sans oublier les développements sur les piles à combustible et "l'hydrogène-énergie". L'Hydrogène, vecteur d'énergie, pourrait devenir « source » si les résultats des recherches sur les fumeurs en eau profonde* se révèlent intéressants. Les progrès relatifs aux matériaux pourraient conduire à des matériaux allégés encore plus résistants, des panneaux photovoltaïques souples à haut rendement, des circuits imprimés entièrement en polymères, des polymères biosourcés et biodégradables, et des textiles intelligents. L'ensemble de ces innovations potentielles dépendra pour une large part des développements réalisés en catalyse.

 

Et pour les matières premières ?

A.L. : La recherche sur les matières premières pourra déboucher sur des produits de substitution, conséquence de la raréfaction des ressources. L'interdiction d'utilisation de certaines substances (formol par exemple) conduira, là aussi, à la recherche de ce type de produits, où leur nature devra être réfléchie en fonction de l'application à laquelle on les destine. Des méthodes innovantes d'extraction ou d'utilisation des ressources devraient également voir le jour. Par exemple, l'extraction des gaz de schiste nécessitera, à l'instar du pétrole, la mise au point de tensioactifs et de polymères hydrosolubles biodégradables. Des travaux vont également s'attacher à concevoir des systèmes innovants de dessalement et de purification de l'eau. Des laboratoires de recherche travaillent à la mise au point de membranes pour l'osmose inverse, la nanofiltration ou les résines échangeuses d'ions. En termes de procédés, les chercheurs pourraient mettre au point des procédés intensifiés de production de substances chimiques : ici les microréacteurs devraient apporter des réponses à des questions importantes liées à la sécurité.

 

La France vous semble-t-elle suffisamment préparée pour répondre aux défis de la chimie de demain ?

A.L. : Je crois que la France est mal armée surtout en ce qui concerne le transfert technologique. L'innovation proviendra essentiellement des PME, tandis que les grands groupes devront remplir un rôle de mécène, soit en s'associant avec elles, soit en leur confiant le développement d'innovations issues de leur recherche, mais dont l'importance est secondaire au regard de leurs priorités. Les partenaires académiques doivent donc favoriser la création de jeunes sociétés innovantes, ou s'associer avec des PME dynamiques, tandis que les grands groupes, attentifs aux produits ou procédés nouveaux, doivent les faire profiter de leur expérience et de leur appui matériel. Pour cela les industriels et les universitaires doivent travailler main dans la main, dès le début de leurs travaux, sur un sujet qui peut intéresser les deux parties. Cela permettra d'avoir un suivi régulier et dans la durée, sur l'avancée de la recherche et de l'innovation.

 

* Évents hydrothermaux à proximité des dorsales océaniques.

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