Nous suivre Info chimie

Le Golfe rêve de spécialisation

Julien Cottineau

Sujets relatifs :

, ,

Les pays du Golfe n’entendent pas s’arrêter là. Malgré des capacités installées de 158,8?millions de tonnes par an de produits chimiques, les projets continuent de fleurir.

Pas plus tard que le 26 novembre, Sabic et Saudi Aramco annonçaient poursuivre leur projet d’un complexe de 9 Mt/an en Arabie Saoudite. De quoi nourrir un peu plus la formidable expansion des capacités régionales. Selon le dernier rapport de la Gulf Petrochemicals & Chemicals Association (GPCA), publié dans le cadre de son 12e forum annuel qui se tenait la semaine dernière à Dubaï (Emirats Arabes Unis), les capacités de production chimique dans les pays du Golfe ont augmenté à une moyenne annuelle de 13,6% depuis 1966 ! Le chiffre se limite à 9,2% depuis 2006 et à 8,5% pour la seule année 2016, ce qui marque toutefois un record depuis cinq ans.
Sur un plan géographique, l’Arabie Saoudite se taille la part du lion (67% des capacités), loin devant son second, le Qatar (11%), et les Emirats Arabes Unis (8%). Par produits, le déséquilibre est également saisissant. La pétrochimie pèse pour près de 73% des capacités. Les engrais atteignent à peine 24%. Derrière, inorganiques et spécialités ne comptent respectivement que pour 2% et 1,6%. Cette « pétro-dépendance » esquisse aujourd’hui certaines limites. Surtout dans un contexte de bas prix du pétrole. La chute des cours du brut il y a deux ans et la lente remontée ont généré un impact conséquent pour les pays du Golfe. En 2015, les ventes avaient chuté de 8%, à 79,6 milliards de dollars. L’an passé, elles ont encore faibli de 3%, à 77 Mrds $. Soit presque 10 Mrds $ de moins qu’en 2014 ! Certes, la volonté d’une diversification de l’industrie chimique ne date pas d’hier dans le Golfe. Mais dans ce contexte, elle apparaît désormais comme une priorité grâce aux promesses d’une plus grande valeur ajoutée et d’une moindre exposition à la cyclicité.
Ce thème a précisément formé le cœur du discours inaugural de Khalid Al-Falih lors du forum du GPCA le 28 novembre. Le ministre saoudien de l’Energie, de l’Industrie et des Ressources minérales assure que « pour atteindre le prochain niveau, les matières premières et les produits chimiques de base ne suffiront pas ». Khalid Al-Falih a tracé plusieurs pistes pour cette nécessité de spécialisation. Au-delà des initiatives individuelles des différents acteurs, lesquels ne sont d’ailleurs pas forcément nombreux à oser la diversification, le ministre a d’abord souligné le besoin d’innovation. L’an dernier, les pays du Golfe n’ont dépensé que 584 M$ en R&D. Soit moins de 1% de la valeur des ventes ! Khalid Al-Falih rêve d’un effort local bien plus dynamique, jusqu’à ambitionner de « créer une sorte de Silicon Valley de la chimie ici, dans le Golfe ». Autre piste prioritaire : une meilleure intégration vers l’aval, jusqu’aux industries de la conversion. Enfin, est préconisé une meilleure collaboration avec les investisseurs étrangers, qui « disposent de la technologie, de l’expérience et des marchés », afin « qu’ils nous aident », souligne encore le ministre. Lequel presse ainsi ses pairs de « faire beaucoup plus dès maintenant pour convaincre les investisseurs internationaux que notre région est la bonne plateforme pour la croissance ».
Selon le rapport du GPCA, les pays du Golfe ont déjà engagé un vrai pas vers la diversification. Il y a tout juste 10 ans, 51 produits chimiques étaient fabriqués dans la région. Ce chiffre est aujourd’hui de 102. Le double, donc. Pour ces produits ajoutés depuis 2006, commodités et intermédiaires ont encore pris les devants, comptant pour 43%. Mais les produits de performance et les spécialités ont pesé pour environ un tiers, avec une tendance fortement haussière, assure le rapport.

A Dubaï, Julien Cottineau

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Linde cède ses Amériques à Messer et CVC

Linde cède ses Amériques à Messer et CVC

Les grandes manœuvres de « PraLin », la gigantesque fusion entre l’Américain Praxair et l’Allemand Linde, sont sans doute en passe d’aboutir. Le 16 juillet, l’Allemand Messer et le fonds[…]

Ineos construira un vapocraqueur en Europe

Ineos construira un vapocraqueur en Europe

L'ACC inquiète d'une guerre commerciale

L'ACC inquiète d'une guerre commerciale

Monsanto se fond dans Bayer

Monsanto se fond dans Bayer

Plus d'articles