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Le juste prix du baril

Sylvie Latieule Rédactrice en chef

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Cela fait une année que le prix du baril de pétrole ne cesse de plonger. Une bonne nouvelle pour les consommateurs français et européens qui voient les prix baisser à la pompe et sur leurs factures de chauffage. Pourtant, Jean-Michel Six, chef économiste de l'agence de notation Standard et Poor's pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, semble moins catégorique sur les bénéfices réels de cette baisse des prix du pétrole sur l'économie mondiale. Et en pesant le pour et le contre, on finit aussi par douter.

D'abord en France, on n'a pas de pétrole, mais on a l'un des plus grands groupes pétroliers mondiaux, Total, et surtout une myriade de groupes parapétroliers comme CGG, Technip ou Vallourec. Or ces derniers qui proposent des équipements ou des services sont touchés de plein fouet par la baisse des investissements dans l'amont pétrolier. Et depuis quelques mois, plans de réorganisations, suppressions d'emplois s'enchaînent à un rythme effréné. Rien que chez Technip, 6 000 suppressions d'emplois ont été annoncées en juillet 2015, ce qui représente 15 % des effectifs mondiaux.

A contrario, l'industrie chimique, qui est une forte consommatrice de matière première et très énergivore, est censée tirer pleinement profit de cette baisse du prix du pétrole. Les résultats de la profession commencent à peine à être publiés que déjà on apprend que le bénéfice opérationnel (Ebit) du géant BASF a chuté de 18,4 % en 2015, à 6,2 milliards d'euros, à cause de la chute des prix du pétrole justement. Eh oui, BASF fait toujours un peu d'exploitation gazière et pétrolière à travers sa filiale Wintershall. Traditionnellement, elle pesait environ 30 % des bénéfices de BASF. En 2015, le géant rhénan a dû faire passer 600 millions d'euros de dépréciations au quatrième trimestre.

Interrogé dans ce numéro, Pascal Juéry, membre du comité exécutif de Solvay, nous apprend à son tour que la branche Novecare n'a pas si bien « performé », notamment pour toutes ses activités en lien avec l'exploitation pétrolière et gazière. Solvay avait pourtant réalisé une belle acquisition en 2014 avec la société Chemlogics. Mais c'était avant ! Et il existe bien d'autres fournisseurs de produits chimiques pour l'extraction pétrolière dont il faudra suivre attentivement les résultats. Industrie chimique et pétrolière sont si finement imbriquées.

Mais la menace ne vient pas uniquement de pertes de revenus autour du secteur pétrolier. « Jusqu'à ces derniers mois, l'effondrement du cours du pétrole ne constituait une mauvaise nouvelle que pour les pays producteurs et pour les émergents, victimes de la chute de l'ensemble des matières premières », poursuit Jean-Michel Six. « À mesure que la chute du cours se prolonge, les pays développés sont aussi pris dans la tourmente ». Ainsi, il estime que les effets favorables de la baisse des prix du pétrole s'atténuent à mesure qu'augmentent les difficultés des pays producteurs. Car ces derniers ne disposent plus de ressources suffisantes pour maintenir le niveau de leurs importations, au point que c'est tout le commerce mondial qui est touché.

Alors vivement que le prix du pétrole reparte à la hausse ? Pas si simple. L'analyste estime qu'un rebond trop brutal affaiblirait le pouvoir d'achat en Europe et stopperait la reprise déjà fragile. Finalement, préférer que le cours du pétrole soit haut ou soit bas, c'est un peu comme choisir entre la peste et le choléra.

 

« À mesure que la chute du cours se prolonge, les pays développés sont aussi pris dans la tourmente ».

 

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