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Le programme EuroBioRef trouve son épilogue

Le programme européen s'achève sur quelques belles avancées qui ont fait l'objet de publications scientifiques et brevets. Il reste maintenant à industrialiser les projets les plus prometteurs, phase à haut risque qui ne pourra se faire sans de nouveaux soutiens publics.

Le programme européen intitulé EuroBioRef* vient de s'achever au terme de quatre années de recherches consacrées à l'étude d'une nouvelle génération de bioraffineries pour l'Europe. Lancé en 2010 par la Commission Européenne, dans le cadre de l'appel à projets FP7 « Bioraffinerie » du 7e PCRDT, EuroBioRef est considéré comme l'un des plus importants projets de recherches européens centrés sur la chimie, en termes de partenariats et de financement avec un budget total de 38 millions d'euros dont 23 millions alloués par la Commission européenne. Aux commandes de ce programme, qui a mobilisé 29 partenaires issus de 15 pays différents, on retrouve un organisme public, le CNRS-UCCS, avec pour coordinateur Franck Dumeignil, ainsi qu'un groupe industriel, Arkema, à travers l'engagement de son directeur scientifique, Jean-Luc Dubois.

Tous les travaux menés de 2010 à 2013 ont convergé vers le développement d'un concept de bioraffinerie intégrée, durable, diversifiée, fonctionnant à partir de biomasses lignocellulosiques et oléagineuses, impliquant une filière complète d'acteurs en partant des agronomes et des agriculteurs jusqu'aux chimistes ou formulateurs qui élaborent un produit fini.

Toutes les études menées restent néanmoins très prospectives et n'ont pas toutes avancé au même rythme. Jean-Luc Dubois estime cependant qu'il y a quelques « projets prometteurs pour une concrétisation dans les cinq à dix ans à venir », en phase avec les niveaux d'avancement technologiques « Technology Readiness Levels, TRL » atteints. Reste à savoir si leur industrialisation pourra se faire sur le territoire européen. Pour Jean-Luc Dubois, « beaucoup de projets de transformation de biomasse ne seront pas rentables en Europe pour des raisons de coût de biomasse et d'énergie trop élevés ». C'est pourquoi le programme a aussi travaillé sur l'intégration de bioressources dans les sites chimiques existants. « S'il doit y avoir des aides européennes à l'industrialisation, il faudrait diriger des fonds vers la reconversion de sites existants », estime le directeur scientifique.

 

Quelques avancées à souligner

 

Dans tous les cas, les travaux menés dans le cadre d'EuroBioRef devront avoir des suites. D'ailleurs, leur restitution, les 11 et 12 février derniers à Bruxelles, en présence de nombreux représentants de la commission européenne (mais également des ministères français de l'Agriculture, de l'Industrie et de l'Environnement), avait aussi pour objectif d'inciter les pouvoirs publics à prolonger leurs efforts de financement dans le cadre des programmes mis en place à l'horizon 2020. Du coup, l'accent a été mis à la tribune sur quelques avancées majeures réalisées pendant ces quatre années de recherches. Avec 23 brevets déposés (la plupart liés à des transformations d'huiles végétales), EuroBioRef atteint une moyenne de 1 demande de brevet par million d'euros de fonds publics dépensés. Et avec 27 articles scientifiques, le programme affiche un ratio de 1,17 publication par million d'euros de fonds publics dépensés.

À signaler, la construction d'une nouvelle usine pilote en Norvège chez Borregaard, capable de traiter plus de 50 kg de matière lignocellulosique sèche par heure, utilisant un nouveau procédé de prétraitement agnostique des matières premières.

De son côté, la société Arkema a avancé dans la mise au point d'un polyamide 12 biosourcé, qui n'existe pas encore sur le marché. « Nous avons l'espoir de compléter le PA 12 fossile par un PA 12 biosourcé, notamment pour le marché de l'automobile. Nous avançons vers une commercialisation en proposant la même performance », a expliqué Jean-Luc Couturier d'Arkema.

Grâce à EuroBioRef, le modèle de la bioraffinerie s'affirme sans conteste comme l'un des piliers du nouveau modèle bioéconomique européen. Mais ce secteur pourra-t-il vraiment peser 200 milliards d'euros et conduire à la création d'un minimum de 120 000 emplois à l'horizon 2020 ? Les calculs proposés dans le cadre d'Eurobioref montrent qu'il ne faut pas être trop optimistes. Certes, 200 emplois directs, et 2 000 indirects, pourraient être créés par chaîne de valeurs dans des applications chimie/matériaux pour 150 M€ d'investissement (à comparer à 150 emplois directs pour 400 M€ investis dans les biocarburants). Pour atteindre les 120 000 emplois, il faudrait donc construire 60 unités, pour 9 Mrds € d'investissement. Mais en termes de chiffre d'affaires, à raison de 150 M€ dégagés par bioraffinerie, on voit bien que l'on serait très loin des centaines de milliards annoncées.

 

* EUROpean multilevel integrated BIOREFinery design for sustainable biomass processing

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