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Le site Solvay de La Rochelle a ouvert ses portes pour fêter ses 70 ans

À La Rochelle, Sylvie Latieule

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Le site de Solvay à La Rochelle, spécialisé dans la production de terres rares, a ouvert ses portes en juin, pour fêter son 70e anniversaire. Une occasion pour communiquer sur les activités de l'usine auprès des salariés et de leurs familles, et auprès de nombreuses parties prenantes dont des représentants de riverains ou d'acteurs territoriaux.

C'est à travers une journée Portes ouvertes, organisée par ses salariés, que le site Solvay de La Rochelle a choisi de fêter, le 16 juin dernier, son 70e anniversaire. Outre l'accueil de familles et d'enfants venus en nombre pour visiter le site et parcourir les différents stands retraçant les activités du site, cet événement s'est inscrit dans une démarche de transparence auprès de ses parties prenantes, notamment les communautés locales avec lesquelles le site a instauré, de longue date, des relations de confiance. « Avec nos collaborateurs et leurs proches, nous sommes très fiers de célébrer les 70 ans de succès et d'innovation de notre site grâce au professionnalisme de ses équipes et à ses technologies porteuses. Cette journée Portes ouvertes est une opportunité de présenter nos activités et nos métiers et de faire découvrir aux enfants, de manière originale, l'univers de la chimie », s'est félicité Alix Deschamps, directeur du site.

Unique en Europe, ce site de quarante hectares, implanté dans la zone industrielle de Chef de Baie, en bord de mer, est spécialisé dans la fabrication de produits à base de terres rares. Il emploie 315 personnes auxquelles s'ajoutent une quarantaine de prestataires extérieurs. Au départ, sa mission était de produire de la pierre à briquet, un alliage de fer et de terre rare capable de générer des étincelles, lorsqu'il est frotté sur une surface rugueuse. Et à l'époque, on travaillait directement à base d'un minerai, la monazite qui renferme des terres rares, mais également des éléments radioactifs comme l'uranium ou le thorium. Ce qui amenait l'usine à générer des déchets radioactifs, entraînant l'inquiétude des riverains. À partir de 1992, l'usine a changé ses approvisionnements pour bannir le minerai brut au profit de mélanges de terres rares prétraitées ne contenant plus d'éléments radioactifs. Car grâce au soutien d'un laboratoire de recherche et d'innovation, l'offre produit a aussi évolué au fil du temps. Aujourd'hui, l'usine produit environ 6 000 tonnes par an de formulations à base de terres rares pour les marchés de la dépollution automobile, de l'imagerie médicale ou du polissage de haute précision, dont 90 % se destinent à l'export. Le directeur ajoute au passage que son site est particulièrement soucieux de l'environnement. Pour preuve, le récent remplacement d'une chaudière fonctionnant au fuel lourd par une chaudière à gaz ou la réduction de 25 % de sa consommation d'eau depuis 2014. Le site étant un gros consommateur de vapeur, il optimise sa génération de vapeur avec l'utilisation d'une co-génération (l'hiver) et une intégration énergétique avec l'incinérateur voisin du site.

Un savoir-faire unique en séparation liquide/liquide

Le savoir-faire historique du groupe s'appuie sur la séparation liquide/liquide qui se pratique dans la vaste salle des batteries, dotée de 18 blocs identiques placés en série. C'est dans cette salle que sont produits des éléments purifiés (par exemple du cérium, du lanthane ou du gadolinium), alors que dans la nature, les terres rares n'existent qu'à l'état de mélange (15 lanthanides auxquels on associe l'yttrium et le scandium). Pour cela, le site reçoit, en provenance de Chine ou d'Australie, des carbonates de terres rares se présentant sous forme solide qui sont dissouts dans l'eau et transformés en nitrates de terres rares. Ce sont ces nitrates qui entrent dans la salle des batteries. Chacun de leurs constituants est alors isolé, un à un, à l'aide de solvants organiques appropriés, puis récupéré sous forme d'oxyde par précipitation. Grâce à ce procédé, les composés peuvent afficher une pureté jusqu'à 99,999 % selon les besoins de leurs applications.

Côté applications justement, « le fil conducteur de nos activités, depuis les années 90, c'est la dépollution automobile avec l'instauration des normes Euro qui se sont succédé jusqu'à l'Euro 6. Cela nous a permis de mettre au point des systèmes catalytiques pour les moteurs diesel ou essence », résume Alix Deschamps. Il cite les produits Eolys (régénération des filtres à particules) ou Optalys (nouvelle génération de supports de catalyseurs pour la dépollution automobile). Tout deux ont la particularité de contenir de l'oxyde de cérium. Dans ce domaine qui assure les 2/3 de l'activité du site, le groupe poursuit sa « croissance douce » par l'innovation, grâce à son laboratoire de recherche et d'innovation sur site qui abrite une vingtaine de personnes. S'il travaille pour le compte de La Rochelle, ce laboratoire exerce aussi des activités plus larges pour la Business Unit Special Chem. Cette dernière regroupe toutes les activités de terres rares du groupe dont celles de deux autres sites de production au Japon et en Chine. Malgré le haro sur les moteurs diesel, Alix Deschamps estime que l'activité de dépollution n'est pas menacée. « Avec l'évolution des normes qui demandent toujours plus de dépollution, nos solutions continueront de répondre aux besoins. Par ailleurs, l'usage du diesel nous semble encore incontournable pour les véhicules de grande dimension, comme les bus ou les camions. Et malgré le développement de la motricité électrique, les solutions hybrides en forte croissance nécessitent toujours un moteur thermique », résume le directeur.

Ceci n'empêche pas l'entreprise de rechercher des relais de croissance dans d'autres domaines de haute performance comme le polissage CMP (Chemical mechanical polishing) pour le secteur de l'électronique. À La Rochelle, Solvay développe, par exemple, des composés à base de cérium pour aplanir les reliefs des wafers, ces plaques de silicium servant de supports à la fabrication de semi-conducteurs. À noter également, la production d'oxydes de gadolinium utilisés comme produits de contraste pour le secteur pharmaceutique. Pour cette activité, le site est équipé de salles propres et fait l'objet d'audits réguliers de la part de l'ANSM (autorité de santé).

La transition digitale en ligne de mire

En revanche, le marché des terres rares pour luminophores s'est totalement effondré, ces dernières années, avec l'avènement des ampoules led. À peine quatre ans après son inauguration en 2012, une unité de recyclage de terres rares contenues dans les ampoules usagées a dû fermer. « Le procédé Coleopterre qui comportait plus de 17 étapes a constitué un travail énorme de mise au point. L'arrêt de cette unité a été difficile, mais le groupe a mis en place un plan de transformation sur trois ans qui est maintenant achevé », explique Alix Deschamps. Depuis la fermeture de l'unité, Solvay a investi plus de 5 ME/an sur le site. Outre l'amélioration continue de l'hygiène, de la sécurité et de l'environnement, ces investissements visent à accompagner la croissance des marchés de la catalyse et de l'électronique et à automatiser/robotiser les opérations de production, notamment les opérations d'alimentation et de sortie de four des ateliers de calcination des catalyseurs à base d'oxyde de cérium pour le marché de la dépollution automobile. Une sorte de coup d'envoi d'un futur programme de transformation digitale de l'usine. « Aujourd'hui, nous sommes dans une phase où nous essayons de définir le cadre et les grands enjeux. Le potentiel de la transformation digitale est indiscutable, mais la difficulté est de savoir dans quelle direction nous devons nous engager », analyse le directeur. En tout cas, ce sont de nouvelles perspectives qui se dessinent grâce au digital pour ce site bien décidé à poursuivre le fil de son histoire. ?

L'XPERILAB EN VEDETTE

Venu de Belgique, l'XperiLAB s'était installé sur le parking du site de La Rochelle pour initier les petits, et parfois les plus grands, à la science. Une chance pour le site de La Rochelle car ce camion, victime de son succès, fait l'objet d'une forte demande et donc d'une longue liste d'attente en Belgique où il officie tout au long de l'année. Créé en 2010 et financé notamment par l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique et le groupe Solvay, il s'adresse aux écoliers et aux collégiens de 10 à 14 ans. Il se présente sous la forme d'un camion tout équipé qui se déploie en moins d'une heure en 9 petits laboratoires mettant en jeu des notions de physique, de chimie ou de biologie. Outil didactique, ce camion sillonne chaque année les routes de Belgique, s'engageant même dans les territoires les plus reculés, à la demande de professeurs qui inscrivent cette visite dans leur programme de formation. ?

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