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Les bioplastiques : une « extraordinaire opportunité » pour les chimistes

Propos recueillis par Juliette Badina

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Les bioplastiques : une « extraordinaire opportunité » pour les chimistes

Frederic Scheer, fondateur et p-dg de Cereplast

© Cereplast

Avec plus de 20 années d'expérience dans l'industrie des plastiques biodégradables, Frederic Scheer est aujourd'hui l'un des pionniers de l'industrie des bioplastiques aux États-Unis. Estimant que ces nouveaux matériaux pourront réduire notre dépendance énergétique au pétrole, il revient sur les enjeux et les limites de cette industrie du futur.

Vous avez fondé la société Cereplast aux États-Unis en 2001. Pouvez-vous revenir sur la mutation des plastiques traditionnels vers les bioplastiques ?

Dans les années 1950, le marché des plastiques était de 10 milliards de dollars. Aujourd'hui, il est de 2 500 Mrds $. Le secteur a enregistré une croissance extraordinaire au XXe siècle grâce au bas coût du pétrole. Mais cette croissance a ses limites. Le prix du pétrole va nécessairement continuer à augmenter. Il est de plus en plus difficile à extraire, toujours plus profondément dans la terre. Des catastrophes comme celle de la plateforme pétrolière DeepWater Horizon dans le golfe du Mexique sont là pour nous le rappeler. Par ailleurs, avec le développement des zones émergentes, leur urbanisation et leur industrialisation, la demande en produits pétroliers va aller en augmentant. J'estime que le prix du pétrole va encore doubler sur les cinq à six prochaines années. Nous sommes donc lancés dans une course mondiale visant à réduire la consommation de pétrole. Et cette course passe indubitablement par l'utilisation de bioplastiques. La croissance extraordinaire que l'industrie des plastiques a connu au siècle dernier va se poursuivre de la même façon au XXIe siècle, mais pour l'industrie des bioplastiques, cette fois-ci !

 

Quelle est la situation sur le continent nord-américain ?

A mon arrivée, il y a 25 ans, sur le sol américain, le pays était le plus gros exportateur de pétrole. Aujourd'hui, il est le premier importateur, notamment en provenance du Moyen- Orient. Près de 8 % des importations américaines de pétrole sont utilisées pour la production de plastiques, soit le même volume que celui dédié aux carburants pour avions. Les perspectives de croissance pour l'industrie des bioplastiques sont donc gigantesques. D'autant plus que la technologie de production des bioplastiques est économiquement viable. Alors que la construction d'une unité de production de bioplastiques de 225 000 t/an représente un investissement de l'ordre de 40 M$, celle d'une unité de polyéthylène de même capacité représente un investissement 10 fois supérieur.

 

Quels sont les leviers de croissance de l'industrie bioplastique sur le continent ?

Chez Cereplast, nous développons deux types de matériaux. D'une part, les plastiques compostables destinés à l'emballage alimentaire qui sont 100 % issus de ressources agricoles comme l'amidon. D'autre part, des plastiques hybrides, constitués à 50 % de polyoléfines et à 50 % d'amidon. Ces produits sont destinés à l'industrie automobile, et des biens de grande consommation (ordinateur, téléphone, etc.). Ils n'ont pas pour objectif de revenir dans la chaîne alimentaire puisqu'ils ont été contaminés par des métaux lourds et autres produits toxiques durant leur cycle de vie. Le concept des produits hybrides a une très bonne image de marque, et prend bien aux États-Unis. Plus difficilement en Europe. Alors que la production d'1 kg de polypropylène dégage 3,15 kg de gaz carbonique, celle d'1 kg de plastique hybride ne dégage que 1,40 kg de gaz carbonique. Soit moins de la moitié. De plus, les températures 50 % plus faibles utilisées lors de la production permettent encore de réduire l'impact carbone. Moins énergivore, il s'agit donc d'une alternative intéressante. Par ailleurs, alors que le prix des plastiques est soumis à la volatilité du prix du baril, nous sommes en mesure de garantir 50 % du prix de nos plastiques hybrides car nos prix d'achats de matières premières sont négociés pour 12 mois. Plus stables en prix et plus sûrs en approvisionnement, les bioplastiques attirent l'attention de toutes les grandes entreprises pétrochimiques. Dans un horizon relativement court de trois à cinq ans, des coentreprises naîtront entre des grands noms comme Exxon, Total, Shell, Elf, etc. et des sociétés comme Cereplast et ses concurrents. A ce moment-là, le marché explosera. Les grands groupes ne passeront pas à côté de telles perspectives de croissance...

 

Êtes-vous déjà en discussions avec de tels groupes ?

Des discussions sont en effet en cours, mais il est trop tôt pour en dire plus...

 

Qu'en est-il des plastiques issus à 100 % des végétaux ?

Alors qu'il faut 100 millions d'années à la Terre pour produire un seul baril de pétrole, il ne faut que six mois pour obtenir une récolte de maïs. Dans une industrie de consommation comme la nôtre, avec des habitudes alimentaires qui évoluent, comme la vente à emporter, les plastiques compostables issus à 100 % du végétal ont toute leur place. Ces produits sont destinés à un usage très court dans le temps et qui ont pour objectif de retourner à la nature rapidement par biodégradation (restitution d'eau, de gaz carbonique séquestré par le sol et de biomasse). Leur limite d'utilisation est liée à celle des infrastructures de compostage disponibles. Ces infrastructures sont plus nombreuses en France et en Europe, d'où une plus forte demande de ces composés compostables qu'aux États-Unis. Le développement de ce marché va encore prendre du temps, 10 ou 15 ans, mais il a de belles perspectives. Alors que le marché des plastiques biodégradables est estimé à 1 Mrd $ à l'horizon 2010/2011, il pourra évoluer jusqu'à 10 à 20 Mrds $ dans 10 ou 15 ans.

 

Que répondez-vous au débat sur l'utilisation des ressources alimentaires pour la production de bioplastiques ?

Il s'agit d'un faux débat. 60 % des récoltes de maïs aux États-Unis sont des récoltes industrielles qui ne sont pas utilisées par la chaîne alimentaire. Il n'y a aujourd'hui aucune pression sur la chaîne alimentaire. Pour ne pas en créer à l'avenir, nous multiplions les recherches et travaillons notamment au développement de l'utilisation des algues comme matière première à nos bioplastiques.

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