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Les coraux digèrent mal l'octocrylène

Nicolas Viudez

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Les coraux digèrent mal l'octocrylène

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Des chercheurs français ont analysé le mécanisme de toxicité sur les coraux de l'octocrylène, un composé utilisé comme filtre dans les cosmétiques. Des pays commencent à réagir pour limiter l'exposition de leurs eaux de baignade à cette substance chimique.

Quand on pense corail, viennent immédiatement à l'esprit des images de lagons aux eaux cristallines. Derrière l'esthétique de carte postale, ces écosystèmes singuliers constituent un élément fondamental de la biodiversité marine. Ils ont également un rôle de protection des rivages dont ils limitent l'érosion. Un patrimoine naturel à sauvegarder. Mieux comprendre les effets de la présence de l'homme sur les coraux, voilà le sujet de recherche des équipes de Didier Stien (Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer, CNRS) et Philippe Lebaron (Sorbonne Université). Dans leur dernière étude, ils ont étudié l'impact d'une exposition à l'octocrylène. Ce composé chimique, utilisé depuis la fin des années 90 dans les crèmes solaires et les cosmétiques, possède des propriétés de filtration des UV. Il est désormais si répandu qu'il est retrouvé dans les eaux littorales à des concentrations allant de 0,1 à 10 microgrammes par litre d'eau.

Des dérivés toxiques qui s'accumulent

En partant de ce constat, les chercheurs ont voulu mieux comprendre les effets de cette substance sur le corail. Pour cela, ils ont exposé en laboratoire des coraux à des concentrations d'octocrylène de 5, 50, 300 et 1 000 microgrammes par litre, pendant une semaine. Au bout de ce temps, les coraux ont été broyés pour analyser les effets du composé chimique sur leur organisme. Les chercheurs, dont les résultats ont été publiés dans la revue Analytical Chemistry, ont ainsi retrouvé des acides gras conjugués toxiques, dérivés de l'octocrylène. Des composés qui, à partir de 50 microgrammes d'octocrylène par litre, affectent les fonctions vitales des cellules des coraux en altérant le fonctionnement des mitochondries, des organites qui jouent un rôle dans la respiration cellulaire et fournissent l'énergie. Bien que la concentration d'octocrylène lors de l'expérience était supérieure aux niveaux retrouvés dans la nature, les chercheurs estiment que l'exposition des coraux sur une longue durée pose un risque réel d'atteinte à l'intégrité des coraux naturels, les produits toxiques dérivés de l'octocrylène s'accumulant au fil du temps.

Au delà des coraux, des concentrations fortes en octocrylène ont été retrouvées dans d'autres écosystèmes moins exotiques mais tout aussi fermés que des lagons. Des lacs ou des étangs de baignade pourraient être aussi affectés par cette pollution. Les scientifiques insistent sur le fait de ne pas abandonner la crème solaire, qui reste la meilleure protection contre les effets nocifs des UV.

Vers des évolutions réglementaires ?

Avec près de 100 000 nouveaux cas de cancers de la peau par an dans le monde, pas question de brouiller les messages de prévention. Ils plaident pour le recours à des alternatives, sans composé écotoxique. « On étudie différents composants des crèmes et cosmétiques, certaines sont sans effet sur l'environnement, il faut aussi le dire », souligne Didier Stien. Des filtres minéraux existent, par exemple, pour les crèmes solaires. Pour accélérer l'évolution des compositions, des pays vont aujourd'hui plus loin en interdisant les crèmes contenant de l'octocrylène ou d'autres ingrédients connus pour être toxiques pour l'environnement. Des États du Pacifique comme Hawaï ou Palaos (un pays des îles de Micronésie) ont ouvert la voie. L'État de la Floride, Aruba et Bonaire ont aussi adopté des mesures allant dans ce sens. En attendant la France ?

L'Hexagone est le 4e pays du monde en termes de superficie de récifs coralliens dans ses eaux territoriales. Un chiffre étonnant dû à l'outre-mer qui montre cependant l'importance de la recherche sur cet écosystème singulier. La position française, comme celle de l'Australie, est attendue au tournant. En attendant une éventuelle évolution de la réglementation, les équipes de Didier Stien et Philippe Lebaron poursuivent leurs travaux sur l'octocrylène... et d'autres composés utilisés dans les cosmétiques. L'objectif est aussi d'élargir les recherches vers d'autres espèces, animales ou végétales, qui pourraient pâtir de la présence d'octocrylène et qui pourraient devenir des modèles biologiques adaptés à la mesure de la toxicité en milieu marin. Si les chercheurs français ont travaillé avec l'espèce Pocillopora damicornis, il existe près de 1 500 espèces de corail différentes dans le monde. L'octocrylène est, depuis quelques années, sous le feu de nombreuses études scientifiques. Une autre étude de 2018 a mis en évidence la présence de métabolites dérivés de l'octocrylène chez l'homme. Avec les taux les plus importants mesurés pour les personnes ayant utilisé de la crème solaire. Une raison de plus pour chercher des alternatives, sans octocrylène.

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