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Les États-Unis bouleversent l'équilibre mondial

Sylvie Latieule

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MOYEN-ORIENT, UN RALENTISSEMENT TOUT RELATIF

Les dernières statistiques publiées par la Gulf petrochemicals et chemicals association (GPCA) basée à Dubaï (Émirats Arabes Unis) et représentant les acteurs de la pétrochimie et de la chimie dans les pays du Golfe, sont impressionnantes. La mise à jour annuelle de la base de données de la GPCA indique que les capacités de 127,8 millions de tonnes par an de produits pétrochimiques et chimiques recensées dans la région en 2012, pourraient s'élever à 191,2 Mt/an en 2020. Soit une hausse de près de 50 % ! Fer de lance de cette croissance, l'Arabie Saoudite, à elle seule, devrait mettre en service pas moins de 40,6 Mt/an de capacités entre 2012 et 2020. Le Qatar, avec 10 Mt/an supplémentaires, et les Émirats Arabes Unis, avec 8,3 Mt/an, arrivent respectivement en 2e et 3e position en termes de contributeurs à cette colossale croissance des capacités chimiques et pétrochimiques. La base de données sur le site du GPCA a été étendue cette année. Elle couvre 119 produits pour une période allant désormais de 2005 à 2020 et recense les données de plus de 100 sociétés dans la région du Golfe.

Les États-Unis bouleversent l'équilibre mondial

Serge Lhoste est partenaire chez Roland Berger.

© © Roland Berger

Grâce à l'exploitation des gaz de schiste, la pétrochimie américaine est en train de renaître. Des projets de vapocraqueurs à l'éthane fleurissent avec des coûts de production d'éthylène compétitifs, selon l'analyse du cabinet Roland Berger.

«Industrie fortement capitalistique qui produit des volumes considérables sur la base de technologies largement éprouvées. » On pourrait croire que, sur la base de cette définition, l'industrie pétrochimique mondiale ne peut faire l'objet que de mouvements lents et prédictibles. Pourtant, il aura suffi aux États-Unis de se lancer dans l'exploitation massive des gaz de schistes pour bouleverser en très peu de temps l'équilibre mondial, selon l'analyse de Serge Lhoste, partenaire du cabinet de conseil Roland Berger.

En 2011, la production mondiale d'éthylène s'est établie à 120 Mt/an, grâce aux quatre principales zones géographiques que sont l'Asie (40,9 Mt/an), les États-Unis (28,7 Mt/an), l'Europe de l'Ouest (20 Mt/an) et le Moyen-Orient (19,6 Mt/an). Ces chiffres sont le reflet d'une production asiatique dominante. Dans cette zone, l'outil industriel est dimensionné pour répondre à une demande locale en oléfine qui croît de 5,5 % par an, selon le cabinet de conseil. De leur côté, États-Unis et Europe de l'Ouest étaient en perte de vitesse au niveau mondial avec un outil industriel ancien et une stratégie toujours tournée vers l'export. Ce recul s'est amorcé dans les années 2000 avec l'émergence du Moyen-Orient qui après avoir investi dans le gaz et le pétrole, a jeté son dévolu sur la production d'éthylène avec une stratégie essentiellement tournée vers l'export.

Investissement dans des craqueurs d'éthane aux États-Unis

 

Mais ces tendances ne sont déjà plus d'actualité. Les États-Unis qui étaient en perte d'influence connaissent aujourd'hui un renouveau industriel grâce à l'exploitation des gaz de schiste. Le pays a pris ce virage sous l'effet de la hausse du prix du pétrole et du gaz, afin de réduire drastiquement sa dépendance énergétique. Le pays tire désormais de son sous-sol principalement du méthane, utilisé comme source d'énergie, mais également quelques coproduits comme l'étha ne, présent dans les gisements à raison d'une dizaine de pourcent. Or ce gaz peut être directement utilisé pour l'alimentation de vapocraqueurs. Autrefois, les craqueurs nord-américains étaient sur base naphta, tout comme les installations européennes. Le naphta étant un mélange d'hydrocarbures qui conduit à la production de 35 % d'éthylène (voir figure ci-jointe), accompagnée d'une part non négligeable d'autres oléfines (18 % de propylène, 11 % d'aromatiques et 5 % de butadiène). Le renouveau de la pétrochimie nord-américaine est en train de se concrétiser avec la construction de vapocraqueurs sur base éthane qui conduit à la production de 80 % d'éthylène. Le géant Dow Chemical a par exemple l'intention d'accroître de 20 à 30 % ses capacités de craquages d'éthane dans le golfe du Mexique. De même Bayer serait prêt à accueillir un craqueur d'éthane dans ces installations situées dans l'ouest de la Virginie.

Bien entendu, les vapocraqueurs nord-américains auront accès à un prix d'éthane très compétitifs, sans toutefois pouvoir rivaliser avec le Moyen-Orient où l'éthane est gratuit. Résultat, les coûts de production d'éthylène aux États-Unis qui étaient équivalents à ceux de l'Europe sont en train de décrocher. Le coût de production de l'éthylène aux États-Unis se situe à mi-chemin entre les coûts de production en Europe et au Moyen-Orient.

Au niveau mondial, Serge Lhoste observe que toutes les grandes régions (voir tableau ci-contre) ont des réserves de gaz de schiste et pourraient adopter une même stratégie. En Europe, les réserves restent significatives par rapport à la superficie du continent. Elles seraient particulièrement abondantes en Pologne et en France.

Interrogation sur les perspectives de la pétrochimie au Moyen-Orient

 

Dans le même temps, une situation inattendue se produit au Moyen-Orient. Alors que la zone s'apprêtait à devenir la référence mondiale de la pétrochimie du fait de ses gigantesques investissements, on constate qu'elle est en train d'amorcer un ralentissement. Cette fois, c'est la faible hausse de la consommation de pétrole dans le monde, qui est en cause. Or l'éthane est un co-produit qui va de pair avec la production de pétrole. Sans une croissance significative de la production de pétrole, le Moyen-Orient ne pourra pas accéder à des volumes d'éthane suffisants pour mener à bien de nouveaux projets de développement en pétrochimie. « Le Moyen-Orient arrive à la limite de ses possibilités pour ce qui est du développement d'une pétrochimie sur base éthane avec les mêmes coûts de production » explique Serge Lhoste. Un ralentissement tout de même relatif si l'on en croit les chiffres de la Gulf petrochemicals et chemicals association (voir encadré).

Une pétrochimie européenne en berne

 

Prise en étau entre ces deux zones, la pétrochimie européenne connaît pour sa part une situation de plus en plus fragile. Ses installations sont anciennes, puisque la construction du dernier vapocraqueur remonte maintenant aux années 1990. Les tailles des installations sont globalement inférieures aux standards mondiaux qui dépassent le 1 million de tonnes par an. Le feedstock naphta est importé depuis le Moyen-Orient. À contrario, l'éthane est une matière première gazeuse plus difficile à transporter, d'où le choix d'installer des vapocraqueurs à l'éthane près des sources de production. En Asie, les vapocraqueurs tournent aussi sur une base naphta, mais ils ont l'avantage d'être de technologie plus récente, et de plus grande capacité, ce qui conduit à des coûts de production plus avantageux qu'en Europe. À l'horizon 2015, le cabinet Roland Berger estime que 14 des 43 vapocraqueurs européens ne seront plus rentables. Leur fermeture conduirait à une réduction de 26 % de la capacité européenne de production d'éthylène.

Vers une pénurie d'oléfines en C4

 

Au niveau mondial, la montée en puissance des vapocraqueurs à l'éthane qui produisent essentiellement de l'éthylène est à l'origine d'un autre déséquilibre : un déficit d'oléfines en C4 (butène, butadiène) dont les prix flambent. Or ces oléfines en C4 intéressent plusieurs industries aval dont les producteurs de caoutchouc ou l'industrie de l'emballage. Du coup se développent des voies de production alternatives sur base végétale. Plusieurs sociétés spécialisées en biologie de synthèse se sont d'ores et déjà positionnées sur le créneau comme le Français Global Bioenergies.

En Europe, s'il y a décrochage sur la compétitivité de l'éthylène, le phénomène n'est donc pas observé sur la production d'éléments plus lourds tels que des C3 et C4. Il en est de même pour les produits de spécialités plus en aval. « Sur le secteur des spécialités, on observe une érosion de la compétitivité des États-Unis et du Moyen-Orient pour des raisons de complexité logistique. Descendre dans la chaîne de valeur protège la compétitivité » explique Serge Lhoste. De BASF à Arkema en passant par DSM, les grands acteurs européens de la chimie l'ont déjà compris. À travers le rachat de Rhodia et l'annonce de la mise en joint-venture de sa chimie du chlore avec celle d'Ineos, le groupe belge Solvay s'inscrit parfaitement dans la tendance.

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