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Propos recueillis par Julien Cottineau

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Gilles Richard, délégué général de l'UFCC.

© Crédit : UFCC

Le commerce chimique n'a pas été épargné par une année 2012 plus difficile qu'anticipée. Si le secteur a réussi à s'en sortir, Gilles Richard, délégué général de l'Union française du commerce chimique (UFCC), estime qu'il est urgent de voir une reprise de la croissance.

Quel premier bilan tirez-vous de 2012 ?

Le chiffre d'affaires a atteint 3 Mrds €, soit une croissance de 3 %. L'exportation s'est maintenue au même niveau, autour de 18 % du total. Les effectifs du secteur sont restés stables, à environ 3 250 salariés. On constate un ralentissement par rapport aux années 2006-2008. Après 2009, la reprise entre 2010 et 2011 a été assez forte, mais elle a marqué le pas l'an dernier.

 

2012 n'aura donc pas été dramatique ?

Nous nous attendions à pire en fin d'année. Mais les 5% de croissance que l'on espérait après un bon début d'année se sont transformés en 3 %. Par contre, ça s'est fortement contracté en termes de marges. Elles ont été laminées alors que l'activité en volume a été plutôt stagnante. Ce n'est pas catastrophique, mais cela reste très moyen. On enregistre une hausse du chiffre d'affaires de 7 % entre 2008 et 2012, ce qui signifie que l'on n'a pas retrouvé, depuis la crise, la tendance à la hausse qui existait avant. Cela illustre une certaine désindustrialisation de la France. Il y a moins de demande et ce n'est pas très rassurant pour la suite. Toute la chaîne souffre.

 

2012 s'est joué en deux temps ?

Oui. Le premier semestre a bien démarré, dans la prolongation de 2011. Mais dès juin-juillet, le redémarrage de la crise dans l'automobile et la construction, deux gros clients du commerce chimique, a donné un coup de frein. Le domaine des sciences de la vie est toujours plus stable. Beaucoup s'en sortent mieux dans ces segments. Mais pour ceux qui sont plus concentrés sur l'industrie lourde, la situation a été plus délicate.

 

Au niveau géographique, c'est surtout la demande en Europe du Sud qui s'est affaiblie ?

La baisse de la demande vers l'Europe du sud a été moins radicale qu'en 2008. Il s'agit plus d'une baisse linéaire, et c'est plus inquiétant que l'à-coup de 2008. Ceci est plus sensible au niveau européen que mondial. On a observé une baisse en continue dans toute l'Europe. Or la population européenne augmente, et c'est compensé par les importations de pays tiers. Cela illustre une certaine désindustrialisation de l'Europe. En France elle se confirme, en Angleterre cela date déjà de plus longtemps. Les importations augmentent, la production baisse. Pourtant un pays a toujours à gagner d'une industrie forte.

 

La volatilité des prix a-t-elle joué ?

C'est plus une question de demande que de prix. Le prix du pétrole a repris 10 % les 6 derniers mois, ils se sont largement raffermis, comme ceux des dérivés, tandis que l'euro reste très élevé. Cela freine les exportations et augmente le prix des imports. S'il y avait une demande plus forte, ce phénomène aurait pu être contrecarré. Quand les achats sont en hausse, on peut répercuter sur les prix mais si vous vendez moins, ce n'est pas suffisant.

 

Quelles perspectives pour 2013 ?

Ce sera sensiblement pareil. Le premier semestre ressemble au second semestre 2012, il n'y a aucun signe de reprise. La situation s'est encore un peu dégradée. On estime entre 2 et 3 % la croissance en termes de chiffre d'affaires. Donc il ne s'agit pas d'une récession. Mais il faudrait vraiment une reprise sans attendre.

 

Vous souffrez d'un manque de visibilité ?

Lors des années de croissance, la nécessité d'une bonne visibilité était moins urgente. Depuis 2009, et d'autant plus depuis fin 2012, elle le redevient. Les matières premières sont plus chères et s'y rajoutent la hausse des coûts salariaux et de l'énergie notamment. Je ne vois pas à ce jour ce qui peut inverser la tendance. La production chimique européenne continuera de baisser sensiblement.

 

Attendez-vous une consolidation du marché ?

Il y a eu très peu de rachats en 2012 en France. Les entreprises plus nationales se sont concentrées sur leurs marchés et la sauvegarde de leurs marges plutôt que sur leur croissance externe. Beaucoup de petites entreprises vont connaître des difficultés malgré leur rôle sur le marché.

 

Les entreprises sont-elles trop petites ?

Pour certaines oui, cela dépend des marchés et produits. Des PME s'en sortent très bien avec des clientèles locales. Mais la sensibilité est grande en cas de coup d'arrêt.

 

Qu'en est-il de Reach en 2013 ?

Il n'y a pas vraiment eu de surprise. Les distributeurs ont moins enregistré qu'attendu. Certains ont pu décaler l'échéance 2013 à 2018, donc il y a eu beaucoup moins d'enregistrements que prévus. Ils ont adapté leurs stratégies. Par contre, 2018 va vite venir et le seuil d'une tonne sera vite atteint. Il y aura des mouvements entre les entreprises, et des façons de travailler qui vont changer. Il y a pas mal d'inquiétude.

 

Ce qui nécessite un grand accompagnement?

Un travail très important de veille et d'accompagnement est fait pour Reach. Il y a beaucoup plus de demande de la part des entreprises. Beaucoup font part de leurs difficultés. Jusqu'en 2018, ça va être l'effervescence, avec des risques pour l'ensemble de l'économie et des abandons de substances. Au bout de la chaîne, certaines entreprises en aval vont se retrouver sans certaines substances : il y aura des reformulations ou des changements de produits. Après il y aura aussi peut-être une réallocation des cartes dans le commerce chimique.

 

L'échéance 2018 semble plus périlleuse. Quels conseils donnez-vous à vos adhérents ?

Il faut effectuer un screening complet de son portefeuille, voir les exemptions, s'assurer que toutes les substances sont pré-enregistrées, prendre contact avec les déclarants principaux, échanger sur l'étude des dossiers, les échéances, les coûts. Il faut tout mettre à plat maintenant.

 

Faut-il des rapprochements entre entreprises, soit par alliances soit par rachat pur et dur ?

Des entreprises travaillent déjà ensemble pour grouper des achats ou partager des coûts d'expertise réglementaire, mettre à jour des fiches de données de sécurité. Ces emplois liés à la conformité réglementaire ne créent pas de valeur, ce sont des coûts nets. Sur le long terme c'est bien, mais il faut absorber ce coût. Des PME tentent de le partager à plusieurs. Si le tissu économique ne se reconstitue pas d'ici 5 ans en Europe, on aura un souci.

 

Quel bilan tirez-vous de Reach ?

Je suis assez étonné de l'autosatisfaction de l'Echa et des autorités en général. Les connaissances sur les substances ont été améliorées, c'est évident mais c'était prévisible et à mettre uniquement au crédit des entreprises. L'impact positif sur l'environnement devrait être là, mais ce sera difficilement mesurable. Par contre, Reach prévoit aussi une amélioration de la compétitvité et là aucune donnée ne l'illustre. Nous attendons toujours des mesures effectives de l'impact de Reach sur l'emploi et la valeur ajoutée.

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