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Les ports, un levier de compétitivité pour la chimie française

Dinhill On

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La France a engagé, depuis quelques années, des réformes pour réorganiser et redynamiser l'activité des zones portuaires. Des mutations qui bénéficient notamment à la chimie française, lui permettant d'accroître sa compétitivité sur la scène européenne.

Importations de matières premières, exportations de marchandises, stockage de produits vrac ou de conteneurs, etc. Depuis toujours, la logistique et le transport constituent un enjeu primordial dans les activités industrielles. La chimie ne fait pas exception à la règle. Selon l'UIC, les coûts de transport et de logistique, tous modes confondus du secteur, représentent 10 % du chiffre d'affaires du secteur. Et, l'activité étant internationale, les ports maritimes ont un rôle important à jouer, en particulier pour les flux d'import-export. Et pourtant, les ports de l'Hexagone n'ont cessé de perdre en compétitivité, tous secteurs confondus, ces dernières années, vis-à-vis d'autres ports européens tels que Rotterdam (Pays-Bas) ou encore Anvers (Belgique) et ce, malgré la croissance du trafic maritime mondial. Afin de rendre la France plus compétitive au niveau du trafic maritime, les pouvoirs publics ont engagé une série de réformes portuaires depuis plusieurs années. La dernière en date, votée en juillet 2008 et effective depuis mai 2011, a trois principaux objectifs. Premièrement, la réforme vise à repenser le rôle des sept grands ports maritimes pour davantage le focaliser sur la promotion, la gestion et l'aménagement de l'espace portuaire. Elle a également l'objectif d'unifier la manutention portuaire via le transfert de l'outillage et du personnel grutier au secteur privé.

Enfin, le texte veut moderniser la gouvernance des grands ports maritimes via une nouvelle organisation comprenant un conseil de surveillance, un directoire, un conseil de développement et une structure de coordination interportuaire.

 

Augmenter la productivité

 

« L'époque antérieure était marquée par de nombreux conflits sociaux, qui minaient la confiance de nos clients. La réforme a créé des conditions propices à la conquête de parts de marchés, à travers notamment une fiabilité retrouvée et une augmentation de la productivité sur les terminaux », explique Olivier Ferrand, directeur de la stratégie et du développement de Haropa, qui fédère les ports du Havre, de Rouen et de Paris. Un constat partagé par Frédéric Dagnet, directeur Stratégie du Grand Port maritime (GPM) de Marseille : « La réforme portuaire a permis de clarifier les rôles et d'éviter les dysfonctionnements, permettant d'aligner les ports français sur le standard européen ».

Si la mise en place de la réforme ne s'est pas faite sans difficultés (ventes à bas prix des outillages, transfert difficile des personnels, etc.), elle a permis de recréer un contexte favorable pour réenclencher une dynamique de croissance sur les ports français. Et aux industriels de la chimie d'y voir plus clair sur le moyen terme, favorisant l'émergence de projets spécifiques à leurs problématiques au sein des zones portuaires. Par exemple, la région de Fos-Marseille (Bouches-du-Rhône) a vu la mise en place du projet Piicto, visant à structurer et développer une plateforme de 1 200 hectares dédiée à la chimie et aux matériaux sur la zone dite de Caban-Tonkin. « L'un de ses atouts réside dans son positionnement géographique en termes de logistique. La plateforme Piicto est connectée à la fois au Rhône par voie fluviale et possède une façade maritime via le GPM de Marseille », insiste Frédéric Dagnet (GPM Marseille). Elle est à l'initiative des 10 industriels implantés qui ont travaillé ensemble pour mutualiser leurs utilités et que le port de Marseille-Fos va accompagner pour créer un réseau vapeur avec la Chambre de commerce (CDC) et l'Ademe. La création de cette plateforme fait partie des axes stratégiques du GPM de Marseille car elle améliore la compétitivité des industriels en place et renforce l'attractivité de la zone portuaire pour les nouveaux entrants. Surtout, cette plateforme contribue à l'innovation en matière de transition énergétique en attribuant une parcelle de 12 hectares appelée Innovex aux tests de pilotes préindustriels, dans le but de développer demain ces filières sur la zone portuaire à grande échelle.

De son côté, Haropa-Port du Havre a récemment lancé un appel à manifestation d'intérêt pour accueillir un opérateur de stockage de vracs liquides chimiques. L'objectif est de disposer de capacités de stockage de 100 000 m3 minimum à horizon 2019, pour répondre aux besoins des industriels. Attribué initialement au stockiste et armateur norvégien Odfjell, le projet de développement initial a été suspendu par l'intéressé, qui évoquait une situation économique incertaine dans l'industrie pétrochimique française et européenne, ainsi que la restructuration du secteur de la chimie à l'échelle mondiale.

 

Une attractivité pour la chimie française

 

« Au sein de Haropa, nous mettons tout en oeuvre pour que la filière chimie puisse se développer. La mise à disposition de zones dédiées doit par exemple permettre d'attirer de nouveaux industriels ou stockistes », indique Olivier Ferrand. Avant de compléter : « notre attractivité repose sur plusieurs volets : une offre maritime de tout premier plan en Europe, avec un large éventail de ports touchés et des transit times compétitifs ; un passage de la marchandise simple et rapide ; des solutions sur-mesure pour les marchandises dangereuses et une offre multimodale diversifiée pour massifier les flux ».

Le développement des infrastructures logistiques, notamment pour la chimie, semble être l'un des axes privilégiés par tous les grands ports maritimes nationaux. À titre d'exemple, le groupe Eiffage compte pas moins de quatre projets de terminaux logistiques en préparation à Dunkerque, à Petit-Couronne près de Rouen, à Fos-Marseille et à Saint-Clair du Rhône en région lyonnaise. « Ces quatre projets ont nécessité un investissement total de 500 millions d'euros. Ils vont permettre de développer le réseau logistique dédié au transport de matières dangereuses en France, et permettre au pays de regagner en compétitivité au niveau européen », explique Guy Reynes, directeur du bureau d'études Chimie-Log Environnement, accompagnant Eif-fage sur ces projets. Au sein du programme porté par Eiffage, le projet Horn (Hub Open Access Rail Nord) localisé à Dunkerque est celui qui est le plus avancé et le plus important. Ayant nécessité près de 200 millions d'euros d'investissement, le terminal logistique s'étendant sur 75 hectares devrait être pleinement opérationnel en 2018. Il comprend une plateforme multimodale conteneurs et vrac, six entrepôts couverts totalisant 96 000 m2 dédiés au stockage de palettes et un terminal rail-route entièrement sécurisé pour l'accès au port de Dunkerque. « Le projet Horn a pour objectif de désengorger le transport de matière sensibles et dangereuses par la route, en privilégiant le recours massif au transport ferroviaire », insiste Guy Reynes (Chimie-Log Environnement). Cette plateforme d'envergure européenne va permettre la gestion de 10 500 conteneurs EVP annuels et 840 000 palettes par an ainsi que la création de 400 postes en direct. « Concernant les autres projets, nous sommes actuellement en train de démarcher des investisseurs et de recueillir les autorisations administratives pour l'implantation des terminaux logistiques. Si tout se passe comme prévu, les trois autres plateformes logistiques devraient pouvoir être opérationnelles à l'horizon 2019 », affirme Guy Reynes (Chimie-Log Environnement). Il existe également d'autres projets d'ampleur moins importante qui vont voir le jour en métropole. Haropa va, pour sa part, bénéficier de la mise en service dans quelques mois d'une plateforme multimodale. « Le port du Havre a investi environ 140 millions d'euros pour construire ce terminal trimodal fluvial-rail-route, qui va permettre de fluidifier et d'améliorer la compétitivité des opérations de collecte/distribution au sein du réseau portuaire. Sa mise en service constituera une évolution marquante pour l'accueil des trains du combiné, pour l'amélioration du temps de passage de la marchandise et la vitesse de rotation des barges », précise Olivier Ferrand. S'étendant sur 110 hectares, cette plateforme aura une capacité de gestion initiale de 200 000 unités de transport intermodal (UTI) par an, et jusqu'à 500 000 en régime de croisière. Elle sera exploitée par la société Le Havre Terminal Exploitation, dont l'actionnariat est constitué des opérateurs logistiques Naviland Cargo (SNCF), Novatrans (groupe Charles André), Greenmodal et Logiseine.

 

Un foncier difficile à mobiliser

 

Du côté de Marseille, l'opérateur ferroviaire de proximité RDT 13 a achevé un chantier de renouvellement de voies et ballasts (RVB) sur le grand port maritime en 2014. « Il existe un manque d'infrastructures et d'opérateurs ferroviaires de proximité (OFP) proposant du transport par wagon isolé sur la région. Par conséquent, il est peu évident d'effectuer du report modal de la route vers le ferroviaire, alors que le rail peut s'avérer plus sécurisé et moins cher », regrette Marc Bayard, délégué général de l'UIC Méditerranée.

Dans les années à venir, la compétitivité de la chimie française passera par celle des ports français vis-à-vis de ses concurrents européens. Si les zones portuaires affichent une volonté de développer des activités autour de la chimie, elles connaissent des difficultés pour mobiliser le foncier nécessaire pour implanter de nouvelles infrastructures (terminaux, plateformes logistiques). En outre, le report modal du transport routier vers le ferroviaire ou le fluvial est nécessaire, afin d'acheminer les marchandises depuis ou vers les ports. Preuve que la thématique est au coeur des réflexions des industriels de la chimie, l'UIC, en partenariat avec l'Unifa, Voies Navigables de France, l'Ademe et Haropa, va rendre pu-bliques, le 23 mars prochain, au cours d'un colloque, les résultats d'une étude sur le transport de produits chimiques et d'engrais par voie fluviale sur les bassins Seine et Nord Pas-de-Calais.

LES PORTS MARITIMES DE MÉTROPOLE

Dunkerque (Nord) Le Havre (Seine-Maritime) Rouen (Seine-Maritime) Nantes-Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) La Rochelle (Charente-Maritime) Bordeaux (Gironde) Marseille (Bouches-du-Rhône)

LE PORT DE BAYONNE MISE SUR LE REPORT FERROVIAIRE

À l'ombre des grands ports maritimes, les zones portuaires dites « d'intérêt national » en France tentent également de développer leurs activités pour la chimie. C'est le cas de celui de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), dépendant depuis 2006 de la région Aquitaine, suite à l'application de la réforme de décentralisation portuaire. Le port bayonnais offre actuellement une plateforme logistique de choix pour l'industrie chimique. Il comprend des installations de stockage chimique (soufre, méthanol, acide acétique, etc.) et est situé à proximité du bassin industriel de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Cependant, le port reste sous-exploité par rapport à ses capacités réelles, comme l'indique Patrice Bernos, directeur général du groupement d'intérêt public Chemparc installé à Lacq : « La façade maritime offerte par Bayonne est beaucoup moins utilisée par les industriels qu'auparavant, notamment en raison de la problématique du wagon isolé ». Devant la redynamisation du bassin industriel de Lacq et le manque de projets pour le transport de marchandises, la région Aquitaine souhaite développer davantage le report modal vers le ferroviaire sur le port de Bayonne. Un projet de création d'un opérateur ferroviaire de proximité (OFP) pour le fret est en cours de réflexion. « Cet OFP aiderait au développement de liaisons de fret vers le sud des Landes, le Pays Basque et le bassin industriel de Lacq », explique Patrice Bernos. Reste à savoir si ce projet pourra se concrétiser un jour. « Depuis la réforme de décentralisation des ports d'intérêt national, il est plus difficile de faire accepter des projets par les élus locaux. Bien souvent, il y a une levée de bouclier avant même une étude approfondie du projet », indique Georges Strullu, conseiller technique à la chambre de commerce et d'industrie de Bayonne Pays Basque.

3 QUESTIONS À PASCAL PERROCHON, Responsable Affaires internationales, Transport et Logistique à l'Union des industries chimiques

Infochimie Magazine: Quelle importance les ports maritimes ont-ils dans la compétitivité du secteur chimique français? Pascal Perrochon : L'industrie chimique française est grande consommatrice de transport de marchandises et les ports maritimes français jouent un rôle essentiel pour la chimie car ils représentent un accès aux flux d'import-export. En effet, le secteur chimique nécessite un approvisionnement massif de matières premières pour son activité. De plus, l'industrie chimique est fortement dépendante du commerce international, puisque l'exportation représente environ 65 % de son chiffre d'affaires. Avec des coûts de transport et de logistique qui représentent près de 10 % de son chiffre d'affaires, l'industrie chimique a besoin d'une offre de services portuaires fiables et performants. Toute mesure s'inscrivant dans cette démarche aura un impact positif sur la compétitivité du secteur. Les ports français semblent moins attractifs que d'autres ports européens pour les industriels de la chimie. Pour quelles raisons? P.P. : Je pense que c'est le résultat de plusieurs années difficiles marquées par des mouvements sociaux liés à la réforme portuaire. En ce qui nous concerne, nous attendions la réforme portuaire pour que les problèmes à l'intérieur même de l'enceinte des ports soient résolus. C'est désormais le cas et on sent un regain d'activités, on peut même parler de renaissance, pour certains ports français. Cependant, le Comité stratégique de filière « Chimie et matériaux », dans le cadre de son groupe de travail sur les infrastructures et la logistique a constaté la difficulté toujours existante de certains ports français à mobiliser leur foncier pour réaliser des projets d'investissements et d'implantation de nouvelles activités. Il y a pourtant du potentiel, comparé à certains ports du Nord de l'Europe. Sans oublier que ces difficultés sont démultipliées pour des secteurs sensibles comme la chimie. Autre difficulté et pas des moindres : l'acheminement des marchandises vers les ports. La chute du fret ferroviaire en France et le risque de saturation du fret routier nous inquiètent fortement. Selon vous, quels sont les leviers pour combler le déficit d'attractivité des ports français? P.P. : Le nombre de projets d'infrastructures de stockage de marchandises dangereuses dans ou aux abords des ports ou la réflexion que nous menons actuellement sur la création de plateformes industrielles au plus près des ports témoignent de l'attractivité de ses ports, à condition d'améliorer le pré et post-acheminement. À ce titre, l'UIC participe aux conférences ministérielles sur le fret ferroviaire et sur le fret fluvial pour aider les industriels à trouver des solutions de transport sécurisées, économi-quement soutenables et respectueuses de l'environnement. Nous avons mené nous-mêmes une réflexion sur le transport fluvial de produits chimiques et d'engrais, notamment vers les ports d'exportation. Nous constatons que les ports français ont des atouts indéniables, mais malheureusement masqués par des conditions d'approche qui se dégradent. Une réelle coordination entre tous les acteurs économiques et politiques est nécessaire pour faire de la France une véritable plateforme européenne de transport et de logistique, comme la Belgique ou les Pays-Bas. Mais nous rendrons nos ports plus attractifs à partir du moment où les conditions d'acheminement des marchandises vers ses ports seront également attractives.

Propos recueillis par Dinhill On

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