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Enquête engrais : Les produits organiques à l'assaut du marché

Par Dinhill On
Enquête engrais : Les produits organiques  à l'assaut du marché

La France se situe au deuxième rang européen sur le marché des engrais derrière l'Allemagne.

© D.R.

La France est un pays grand consommateur d'engrais. Si le marché reste stable en volume, l'essor de l'agriculture circulaire et les restrictions réglementaires sur l'environnement devraient modifier la consommation de fertilisants. Traditionnellement dominée par les engrais minéraux, elle va s'orienter davantage vers les engrais organiques et les biostimulants.

Avec ses quelque 452 000 exploitations agricoles recensées en 2013 totalisant une surface de 27,7 millions d'hectares, la France constitue un pays majeur de l'Union européenne en matière d'agriculture. Une production agricole qui a nécessité l'emploi de produits de fertilisation, comme le prouve le volume d'engrais et amendements vendus dans l'Hexagone : en 2017, ce sont près de 17,6 millions de tonnes de produits fertilisants qui ont été commercialisées selon une étude menée par l'Association nationale professionnelle des engrais et amendements (Anpea*). « La France est un pays majeur sur le marché des engrais, se classant au deuxième rang européen derrière l'Allemagne », indique Florence Nys, déléguée générale de l'Union nationale des industries de la fertilisation (Unifa). Avant de compléter : « Sur les trois dernières années, le marché français des fertilisants demeure relativement stable, malgré la crise des revenus agricoles connue en 2016 ».

Dans le domaine de la fertilisation, il existe deux principaux types de produits pour améliorer le rendement des cultures : les engrais qui agissent directement sur les plantes, et les amendements qui ont une action sur les sols. Chaque type de produit est alors principalement divisé en différentes sous-classes de produits en fonction de la ressource et des utilisations qui y sont dédiées Ainsi, on distingue les engrais minéraux, les engrais organo-minéraux alliant matières d'origine animale ou végétale et des matières minérales, et les engrais organiques.

Le marché actuel dominé par les engrais minéraux

En ce qui concerne les amendements, il en existe trois principales sortes : les amendements minéraux basiques, les amendements organiques bruts, et les amendements organiques élaborés. À cela s'ajoutent des produits qui ont des actions ou des usages plus spéciaux tels que des biostimulants, des engrais à libération progressive ou encore des fertilisants accompagnés d'additifs.

Dans le détail, les produits de fertilisation minérale (engrais et amendements) sont ceux qui sont le plus commercialisés en France, avec un tonnage de 11 169 kt en 2017 (soit 64 % du marché) selon l'Anpea. Parmi ces fertilisants, nous retrouvons notamment les engrais azotés, qui constituent une des spécialités du groupe Yara. « La société produit notamment des ammonitrates, des ammonitrates soufrés, haut et moyen dosages, des solutions azotées (mélange liquide de nitrate d'ammonium et d'urée) ainsi que des engrais complexes NP, NK et NPK », indique Pascal Bordes, responsable Agronomie, Veille et Développement pour la France chez Yara. Avant de préciser : « Les ammonitrates haut dosage sont les produits que nous commercialisons en quantité la plus importante, représentant plus de 40 % de nos ventes. La diminution du marché des engrais complexes liée au développement de l'agriculture raisonnée a quelque peu réduit la part des ventes de NPK ». De son côté, le groupe Tessenderlo commercialise différents produits fertilisants, comme le sulfate de potassium ou encore le thiosulfate d'ammonium, un additif entrant dans la composition de solutions azotées.

L'essor du marché des engrais organiques

Si les engrais minéraux représentent la part la plus importante du marché de la fertilisation en France en volume, les engrais et amendements organiques (6 419 kt, soit 36 % du marché) sont ceux qui progressent le plus. Ainsi, la quantité de produits organiques commercialisés a progressé de 7,9 % en 2017, comparée à la moyenne des ventes sur la période 2014 à 2016. « Pour ces produits, le marché de l'agriculture biologique constitue un important levier de croissance », affirme Dominique Billard, directeur de la société Violleau, filiale d'Akolis experte des engrais organiques appartenant à Tessenderlo. Dans le giron du groupe belge depuis 2013, Violleau formule notamment des engrais organiques sur une base de matières premières issues de sous-produits animaux riches en azote et en phosphore. « Nous observons une croissance annuelle à deux chiffres de nos ventes sur les trois dernières années », soutient Dominique Billard. La tendance de l'essor des engrais organiques est également constatée par Gilles Nivelet, directeur du marketing et du développement chez Angibaud Derome et Spécialités : « Bien que les volumes soient relativement faibles pour le moment comparé aux engrais minéraux, le recours aux engrais organiques est en forte progression. Et il s'agit d'une réelle tendance de fond que ce soit pour les cultures pérennes ou les relances de cultures en cycle court ». Le groupe basé à La Rochelle commercialise notamment deux grandes catégories d'engrais organiques ; l'une issue de guano de poisson et l'autre élaborée à partir de matières issues de coproduits végétaux ou animaux.

Outre les engrais et amendements « classiques », le marché voit poindre depuis quelques années de nouveaux produits : les biostimulants. Il s'agit de composés capables d'accroître la physiologie de la plante et de lui permettre de mieux absorber ou utiliser les éléments nutritifs. « Il y a un intérêt de plus en plus prononcé sur les biostimulants, notamment à la suite à de la mise en place du plan Écophyto. Parmi les possibilités offertes par ces substances, des travaux ont été initiés sur des stimulateurs de croissance racinaire ou foliaire pour les cultures », explique Dominique Billard (Violleau).

La biostimulation, un intérêt généralisé

Devant le potentiel de ces produits, de nombreux acteurs du secteur des engrais s'y intéressent de près. C'est le cas du groupe Angibaud Derome, comme le détaille Gilles Nivelet : « Les biostimulants constituent un axe de développement stratégique de notre groupe. Nous nous intéressons notamment à l'élaboration de produits à base d'acides aminés issus de coproduits de poisson, d'animaux voire de végétaux ». De son côté, le groupe breton Olmix, expert dans les solutions algosourcées, notamment pour la nutrition des plantes, détient une gamme élargie de biostimulants : Melgreen, SeaMel, AlgoMel, Explorer, Neosol, Corgan, etc. De plus, la société a récemment renforcé ses actifs dans le domaine de la biostimulation, via la reprise de PRP Technologies, en juin 2017. Mais les biostimulants ne sont pas l'apanage des sociétés expertes dans les alternatives aux engrais minéraux. En effet, des acteurs historiques se penchent aussi sur le sujet. C'est, par exemple, le cas du groupe Yara. « Au sein de notre portefeuille, nous avons également des produits de biostimulation, avec nos engrais foliaires à base d'algues. De plus, Yara s'apprête à renforcer cette gamme avec d'autres produits pour répondre à ce marché en fort développement », détaille Pascal Bordes (Yara).

Un marché des engrais en cours d'évolution

Dans les années qui viennent, le marché des matières fertilisantes devrait quelque peu changer. Si aujourd'hui, le ratio engrais minéraux-engrais organiques penche clairement du côté minéral, la proportion va évoluer vers un rééquilibrage avec l'essor des solutions organiques. « L'écart entre la consommation des engrais minéraux et celle de fertilisants organiques va clairement se réduire. Cependant, il n'y a actuellement pas assez de ressources pour qu'un jour l'organique supplante le minéral. Il y aura toujours besoin d'une part d'engrais minéraux », insiste Dominique Billard (Violleau). Un avis partagé par Gilles Nivelet (Angibaud) : « De toute façon, il est impossible de compenser en organique toute la consommation de produits de fertilisation minérale. Mais rien n'interdit de trouver d'autres ressources organiques à utiliser en tant qu'engrais ». Si l'épandage de lisier et d'effluents d'élevage est déjà une réalité, d'autres pistes sont actuellement à l'étude dans cette même logique « d'agriculture circulaire ». Parmi celles-ci, la réutilisation de composés issus d'autres opérations industrielles. « Au sein de notre société, nous valorisons déjà des coproduits animaux issus des élevages de porcs et de volailles et des industries agroalimentaires. Mais il existe tellement d'autres gisements à exploiter. Par exemple, en étant compostés, les digestats de méthanisation peuvent être valorisés en fertilisation organique », indique Dominique Billard (Violleau). Un autre exemple de composé très intéressant pour le secteur des engrais est la struvite du traitement biologique des effluents (voir encadré ci-contre). En outre, d'autres sources sont utilisées telles que les cendres de biomasse, le biochar (charbon à usage agricole issu de la pyrolyse de biomasse végétale), les résidus de composts, etc. Et cette logique n'est pas seulement applicable aux engrais organiques, comme le souligne Patrick Losson, directeur marketing et commercial Europe chez Tessenderlo : « De par notre activité, nous avons notamment accès à des gisements de soufre liquide et d'acide sulfurique issus du raffinage, qui nous permettent de produire notre engrais de sulfate de potassium. De la même manière, nous récupérons de l'acide chlorhydrique pour fabriquer des amendements de thiosulfates ».

Autre changement notable, l'agriculture raisonnée va influencer le mode d'usage des engrais. « Devant l'essor des problématiques de développement durable, le secteur s'oriente vers une diminution des doses utilisées, à l'instar de ce qui s'est passé pour l'urée », précise Patrick Losson (Tessenderlo). Une tendance sur laquelle s'est déjà positionné Yara, qui propose des prestations d'aide à l'agriculture de précision. « Nous collaborons avec les coopératives agricoles et les distributeurs pour aider les agriculteurs à adopter de bonnes pratiques et utiliser la quantité juste d'engrais », indique Pascal Bordes (Yara). De plus, cet essor de l'agriculture de précision pourrait concorder avec la digitalisation de l'agriculture, comme le souligne Florence Nys (Unifa) : « Les outils numériques permettent d'évaluer de façon précise les apports nécessaires aux cultures, et ainsi de dispenser les quantités uniquement nécessaires au bon rendement d'une parcelle »

17,6 Mt

Volume de matières fertilisantes commercialisées en France métropolitaine sur l'année 2017 selon l'ANPEA

64 %

Part des produits de fertilisation minérale commercialisés en 2017

36 %

Pourcentage des produits de fertilisation organique vendus en 2017

« La France est un pays majeur sur le marché des engrais, se classant au deuxième rang européen derrière l'Allemagne ».

Florence Nys, déléguée générale de l'Union nationale des industries de la fertilisation (Unifa)

LE GISEMENT PROMETTEUR DE LA STRUVITE

La struvite est un minéral composé d'ammonium, de magnésium et de phosphate. Dans le domaine du traitement de l'eau, il est produit en grande quantité à la suite de la digestion anaérobie des boues dans les stations d'épuration (Step). La struvite peut former des dépôts, et en précipitant, venir obstruer les tuyaux, les pompes et les autres équipements, altérant l'efficacité de l'exploitation. « Dans le domaine des engrais et amendements, ce produit est une source de phosphore à libération lente disponible en abondance. Mais comme toute réutilisation de matière issue du recyclage, il est indispensable d'en normaliser la qualité et la sécurité (substances toxiques ou pathogènes) et d'en évaluer le sourcing », indique Pascal Bordes (Yara). Si la valorisation de struvite issue de Step est actuellement interdite en France, elle est déjà autorisée dans d'autres pays européens comme la Suède, la Suisse, les Pays-Bas ou encore le Danemark. « Au regard de ce qui se passe en Europe, ce n'est qu'une question de temps pour qu'on voit une utilisation de la struvite issue de Step en tant que fertilisant. D'ailleurs, ce composé fait partie des axes de développement pour les prochaines années au sein de notre groupe », affirme Gilles Nivelet (Angibaud).

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