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Linde et Praxair en fusion

Julien Cottineau

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Le nouveau géant mondial des gaz industriels est en phase de constitution. Après des mois de préparation (CPH n°786), Linde et Praxair ont entamé la dernière ligne droite de leur projet de rapprochement en signant le 1er juin un accord définitif de fusion entre égaux.

L’opération devrait être finalisée au second semestre 2018, après l’approbation des actionnaires de Praxair attendue au quatrième trimestre 2017, et celle des autorités réglementaires dans le monde. Le futur groupe, qui conserverait le nom de Linde, devrait représenter une capitalisation boursière d’environ 70 milliards de dollars (66 Mrds €) et, selon les chiffres pro-forma 2016, un géant de 28,7 Mrds $ de chiffre d’affaires. De quoi ravir le trône à Air Liquide et ses ventes d’environ 22 Mrds $, et très loin du numéro 3, l’Américain Air Products avec 8 Mrds $ de ventes. Le futur Linde pèserait, seul, plus lourd que les autres grands acteurs indépendants du marché : Messer, Iwatani, Mitsubishi Chemical, Yingde Gases, Sol et Air Water, dont les ventes combinées compteraient pour environ 25 Mrds $.

Linde et Praxair parlent d’un leader mondial aux ventes particulièrement équilibrées : 43% aux Amériques, grâce aux positions de n°1 de Praxair outre-Atlantique, 26% dans la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique, et 21% pour la région Asie-Pacifique. Les principales ventes de gaz seraient réparties à hauteur de 37% en bouteille, de 28% en vrac, et de 25% sur site.

 

Des synergies de 1,2 Mrd $

Les deux groupes prévoient des synergies et des réductions de coûts annuelles de l’ordre de 1,2 Mrd $, trois ans après finalisation. Techniquement, pour parvenir à une entité détenue à 50% par chacun des deux groupes, chaque actionnaire de Linde recevrait 1,54 action du futur Linde, contre un ratio de 1 pour 1 pour les actionnaires de Praxair.

La future holding serait basée en Irlande, tandis que les principales activités de gouvernance se tiendraient au Royaume-Uni. Le p-dg, à savoir Steve Angel, actuel président et p-dg de Praxair, serait basé à Danbury, dans le Connecticut (Etats-Unis), l’actuel siège du groupe américain. Les fonctions corporate du groupe seraient basées à la fois à Danbury mais aussi à Munich, en Allemagne. Le groupe serait coté à la fois à la Bourse de New-York et à celle de Francfort. En ce qui concerne la gouvernance, le futur Linde disposerait d’un conseil d’administration de 12 membres répartis à égalité entre les représentants des deux groupes. Wolfgang Reitzle, actuellement président du conseil de surveillance de Linde serait nommé président de la future holding.

Dans le cadre d’une conférence de presse à Munich le 2 juin dernier, les représentants des deux groupes ont précisé quelques éléments face aux écueils que pourraient représenter les demandes des autorités mondiales de la concurrence. Selon Reuters, Linde et Praxair s’attendent à quelques demandes de cessions d’actifs. Tous deux ont fixé un seuil maximal de cession de 3,7 Mrds $ de chiffre d’affaires et de 1,1 Mrd $ d’Ebitda. Au-delà de cette limite, chacun pourrait renoncer au projet de fusion, sans pénalité. Mais ni Linde ni Praxair ne sont inquiets, estimant cette limite très improbable.

Sur le plan social, les inquiétudes demeurent. En France, Linde (plus de 60 000 salariés dans le monde contre un peu plus de 26 000 pour Praxair) a démarré un projet de restructuration (CPH n°803). En Allemagne, où environ 8000 employés sont recensés pour le groupe allemand, les syndicats sont également très inquiets. Mais Linde s’est voulu rassurant le 2 juin. Selon l’AFP, la division ingénierie ne ferait plus l’objet d’un projet de restructuration mais disposerait finalement de perspectives d’activité bonifiées, et un projet de fermeture d’une usine à Dresde aurait été abandonné. De plus, une garantie d’emplois aurait été négocié jusqu’en 2021

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