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Ludwigshafen endeuillé

Julien Cottineau

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Ludwigshafen endeuillé

Le complexe de BASF à Ludwigshafen

© BASF SE

Les proportions de la catastrophe n'ont rien de comparables à celles survenues en 1921 (plus de 500 morts) et 1948 (plus de 200 victimes). Le bilan définitif de l'accident industriel survenu le 17 octobre sur le plus grand site mondial de BASF se « limite » à trois morts et 30 blessés. Ce qui reste un véritable drame humain. Deux pompiers du complexe de Ludwigshafen ainsi qu'un employé d'un tanker amarré dans l'espace portuaire du North Harbor ont perdu la vie dans la catastrophe. Du côté des blessés, BASF a dénombré huit personnes grièvement touchées et 22 légèrement blessées.
 

L'enquête est toujours en cours. Selon les premiers éléments, révélés le 27 octobre, la catastrophe est liée à des travaux menés sur des pipelines d'éthylène du complexe. BASF a indiqué qu'une société spécialisée dans la construction de pipelines avait entamé des étapes d'assemblage quelques jours avant le drame. L'objectif était de changer certaines parties de pipelines, dans le cadre de travaux de maintenance. Le 17 octobre, une meuleuse d'angle était en activité sur le site. Un disque de découpe aurait, pour une raison encore indéterminée, provoqué une brèche dans un pipeline adjacent d'un mélange de butylène, lequel n'était pas concerné par les travaux. La fuite a entraîné un embrasement à 11 h 30 en raison des étincelles générées par la meuleuse d'angle. Après l'arrivée des pompiers du site et des services d'urgence dans les minutes suivantes, une explosion s'est produite, probablement au niveau du pipeline d'éthylène, provoquant alors plusieurs incendies, explique BASF. Des pipelines d'éthylène, de propylène, de mélanges de butylène, d'essence de pyrolyse et d'éthylhexanol ont été directement touchés par les incendies, qui n'ont pu être maîtrisés que vers 21 h 30 le soir de la catastrophe.
 

Selon BASF, en accord avec le ministère allemand de l'Environnement et les autorités locales, aucun niveau élevé de substances toxiques dans l'air n'a été détecté dans la périphérie du complexe à la suite de l'accident. Des niveaux élevés ont été relevés uniquement sur le site de l'accident. Aucun niveau alarmant n'a été observé dans les eaux avoisinantes. En revanche, le groupe évoque une probable contamination des sols sur le lieu de l'accident.
 

La catastrophe a des conséquences d'envergure sur le fonctionnement du complexe de Ludwigshafen. Les deux vapocraqueurs ont été arrêtés temporairement, privés d'apport en matières premières. 22 autres unités intégrées à la chaîne de valeur éthylène/propylène ont également dû être stoppées. BASF assure que les deux vapocraqueurs devraient redémarrer dans les prochaines semaines grâce à une solution alternative d'approvisionnement en naphta. Toutefois, le groupe allemand a dû déclarer une situation de force majeure pour le naphta, l'éthylène et le propylène, ce qui provoque déjà des remous sur les marchés. Le North Harbor demeure fermé.
 

Sur un plan économique, BASF ne cache pas que l'accident aura des conséquences. Elles ne sont pas encore mesurables, mais ne devraient pas changer radicalement les perspectives fixées pour cette année, a assuré le groupe. Pour l'image, cette catastrophe qui a trouvé écho dans tous les médias de la planète n'est évidemment pas de bon aloi. Et masque les efforts de BASF, comme ceux de l'ensemble de l'industrie chimique, en termes de sûreté et de sécurité. Ces dix dernières années à Ludwigshafen, plus d'un tiers des actifs industriels ont été renouvelés et plus de 10 milliards d'euros ont été dépensés juste pour les réparations et la maintenance. Le complexe est sans doute l'un des plus sûrs au monde. Mais le risque zéro n'existera jamais.

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