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Magpie Polymers recycle les métaux précieux

Alexane Roupioz

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Comment tirer un bénéfice du traitement des eaux industrielles ? Magpie Polymers commercialise des résines à base de polymères pour la récupération des métaux précieux. Cette technologie innovante présente une haute sélectivité et offre d'excellentes performances.

« C'est une découverte que j'ai faite par hasard», confie le Dr. Steve van Zutphen, président de Magpie Polymers. Et comme souvent, le hasard a bien fait les choses. C'est avec la ferme intention de synthétiser des ligands que le jeune post-doctorant de l'école polytechnique a obtenu en 2007 des polymères fonctionnalisés avec des phosphines ou des dérivés de phosphines. En étudiant ces polymères, Steve van Zutphen a montré qu'ils se liaient très facilement avec des métaux. Le potentiel de cette découverte ne faisait aucun doute. Et pourtant. En 2007, l'école polytechnique dépose un brevet pour cette découverte avec la volonté de licencier rapidement la technologie. Mais pour les industries, elle n'est pas encore assez mature. Ce n'est qu'en 2010, après quelques années de R&D industriels, que Steve van Zutphen décide de reprendre sa technologie et de créer sa propre entreprise avec son associé Etienne Almoric. La première résine à base de polymères de phosphore sera commercialisée quelques années plus tard en 2012. Aujourd'hui, la société est installée à Saint-Pierre-Les Nemours dans le sud de l'Île-de-France où elle dispose, en plus de ses bureaux, d'un laboratoire d'analyse, d'un laboratoire de tests et de son outil de production.

La jeune société a rapidement mis à profit l'affinité entre ses polymères et les métaux pour le traitement des eaux industrielles et des eaux usées par les résines. La technologie mise au point permet de récupérer les métaux toxiques, comme le plomb, le mercure, le cobalt et l'uranium. Au départ, elle ciblait tous les métaux de transition, mais des études de marché ont conduit la start-up à focaliser davantage son activité sur la récupération des métaux précieux. « C'est un bénéfice supplémentaire pour le client. Et il est toujours plus facile de vendre une technologie qui rapporte de l'argent », explique le directeur général Étienne Almoric. Habituellement, les résines utilisées pour capter les métaux fonctionnent sur un mécanisme d'échange d'ions. Les dérivés de phosphine utilisés par la jeune entreprise font des liaisons de coordination avec les métaux, cela leur confère une haute sélectivité et une très bonne performance, notablement plus marquées pour les métaux précieux. Appliquée à une solution contenant du calcium à 80 g/l mais aussi du magnésium, du sodium, de l'aluminium, du cuivre, du fer et du plomb à plusieurs grammes par litre et de l'or à 4.5 mg/l, l'une des résines développées par la société capture exclusivement 99% de l'or présent dans la solution. Dans les cas les plus favorables, les résines permettent d'accumuler 80 à 100 g de métaux précieux par litre de résine. Les résines développées par Magpie Polymers sont brûlées et détruites pour récupérer les métaux. Un inconvénient par rapport aux résines régénérables échangeuses d'ions que Magpie entend bien un jour compenser pour les concurrencer.

 

Accompagner ses clients

 

La jeune société se distingue de ses concurrents par son offre clientèle. « Plutôt que de proposer juste un catalogue de résines, nous travaillons avec des échantillons issus des effluents à traiter afin d'accompagner, d'aider et de conseiller nos clients dans leur choix de produits et dans leur mise en service » précise Steve van Zutphen. Pour la fin de l'année, la start-up s'est fixée comme objectif d'être à l'équilibre financièrement. Et pour l'atteindre, cette fois, rien n'a été laissé au hasard. Magpie Polymers mène actuellement deux projets en R&D. Le premier apportera de nouvelles fonctionnalités aux résines commercialisées par la société. L'objectif est de pouvoir récupérer sélectivement davantage de métaux correspondant aux attentes des clients. « C'est dans cette démarche qu'on s'est focalisé sur les métaux précieux » commente le président. Le second, baptisé HICAP, augmentera la capacité de capture des produits actuels. « La charge de métal sur la résine, c'est le coût de traitement, donc cela nous ouvrira des marchés beaucoup plus larges et des perspectives décuplées », précise Étienne Almoric. En augmentant de 10 à 20 fois la capacité de capture avant destruction par rapport aux résines utilisées actuellement, HICAP entend diminuer le coût de traitement pour les clients. Dans le cadre du concours mondial de l'innovation, ce projet a été récompensé et recevra une subvention de l'État pouvant atteindre 200 000 €. Après quelques embauches d'ici fin 2014, Magpie Polymers devrait regrouper une vingtaine de collaborateurs d'ici fin 2015. « Notre société est actuellement en phase de décollage », s'enthousiasme Steve van Zutphen.

MAGPIE EN BREF

Création en 2011 Effectif : 10 personnes dont 9 chimistes Technologie brevetée en 2007 Début de l'activité commerciale en 2012 Partenaires : l'Institut européen des membranes à Montpellier et l'École polytechnique dont dépendent les deux thésards actuellement en poste

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