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Messer France : « Nous voulons être un challenger profitable »

Propos recueillis par Julien Cottineau

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Messer France : « Nous voulons être un challenger profitable »

Nicolas Denis, président de Messer France (à gauche) Anthony Grandpierre (responsable national marchés, marketing et projets Messer France)

Messer France est la première filiale européenne du groupe Messer, spécialiste allemand des gaz industriels. Tour d'horizon de la stratégie avec Nicolas Denis, son président, et Anthony Grandpierre, responsable national marchés, marketing et projets Messer France.

Quel est le positionnement de Messer à l'international ? Vous êtes très présents en Asie...
 

Nicolas Denis : Hors Europe, nous avons une filiale au Vietnam, une au Pérou et plusieurs en Chine. Le groupe Messer a toujours été assez rapide sur des zones qui s'ouvraient et en forte croissance, dès les années 1995-2000. Le groupe s'était développé fortement en Europe de l'Est auparavant, avant les autres concurrents, et c'est un peu la même histoire en Chine.

 

Par contre, vous n'êtes pas présent, sur la partie gaz, en Amérique du Nord...
 

Anthony Grandpierre : Cela vient de l'histoire du groupe. En 1964, Messer s'était allié à Hoechst, jusque dans les années 2000-2001, quand les chimies allemande et française ont procédé à un grand démantèlement. Les 2/3 de Messer ont été cédés dans le cadre d'un très grand LBO qui a duré de 2001 à 2004. À la sortie, Air Liquide a racheté les parties Allemagne, Angleterre et États-Unis. Messer a réinvesti et a repris le reste de l'Europe de l'Ouest, et a conservé la Chine, le Vietnam et le Pérou. À cette époque, en relançant un groupe familial, le chiffre d'affaires était d'un peu moins de 600 M€ sur une trentaine de pays. Par le passé, l'Allemagne comptait quasiment pour 1 Mrd € de chiffre d'affaires. Nous sommes revenus en Allemagne en 2009, sous le nom de Messer et y générons entre 50 et 60 M€ de chiffre d'affaires depuis.

 

Messer a-t-il intérêt à aller en Amérique du Nord ?
 

N.D. : Cela ne fait pas partie de nos ambitions, même si la partie matériel de Messer y est implantée. Pour la partie gaz, il faudrait des investissements importants, c'est très cher, et entrer sur ce marché sans faire baisser les marges semble compliqué.

A.G. : L'Amérique du Nord est aussi un grand marché de pipelines. Si vous n'avez pas d'usine connectée, c'est très compliqué.

 

Et en Amérique du Sud, vous n'êtes qu'au Pérou ?
 

N.D. : Oui, mais nous sommes attentifs à ce qui se passe sur ce continent.

A.G. : La filiale péruvienne était une entreprise familiale qui avait été rachetée, nous avons gardé des liens forts avec les actionnaires d'origine. Cela reste un pied d'entrée sur le continent.

 

Au niveau stratégie, dans le monde, y a-t-il un besoin de consolidation ? Récemment vous avez échangé des actifs avec Air Liquide en Hongrie et Turquie par exemple.
 

N.D. : Oui, cela va se faire de plus en plus. Nous l'avions fait aussi avec Praxair en mars 2014. Nous avions acquis Praxair France, tandis que Messer Italie avait été repris par Praxair. C'est le même type d'opération entre la Hongrie et la Turquie avec Air Liquide. Cela permet de réduire vos coûts, d'accroître un peu votre pricing power car le marché se consolide, et donc cela aboutit à des plateformes très efficaces.

 

Messer semble plutôt privilégier la croissance organique plutôt qu'externe, non ?
 

N.D. : Oui, car les valorisations dans le secteur sont assez élevées pour la croissance externe. Or le groupe veut rester indépendant et ne souhaite pas dépendre de fonds d'investissement ou de sociétés cotés. Donc nous privilégions la croissance organique. C'est le modèle allemand : orienté croissance et client. Nous voulons garder nos clients « for life ».

 

Messer France, cela représente quoi ?
 

N.D. : C'est environ 130 M€ de chiffre d'affaires annuel, 340 personnes, des centres de remplissage et des productions de gaz de l'air sur tout le territoire, comme à Saint-Herblain, Creil, Ugine, Beauvais, ou l'Isle d'Abeau. Après nous disposons de contrats à long terme avec d'autres producteurs de gaz pour couvrir tout le territoire.

A.G. : Nous avons aussi une usine de CO2 à Lavera et le site de Lacq a ouvert en 2012. Nous sommes très spécialisés dans le CO2, que l'on transforme sous forme de carbonate pour la chimie, le traitement de l'eau, l'agroalimentaire... C'est une activité verte car soit on donne au CO2 une deuxième vie, soit il passe sous forme de carbonate dans d'autres applications. Nous récupérons un gaz brut que nous purifions, liquéfions et vendons sur la partie sud de la France.

 

Que sur la moitié sud ?
 

A.G. : Non, sur la partie nord, nous avons des concurrents mais nous sommes les seuls sur la moitié sud. Au sud d'un axe Nantes-Mulhouse, il n'y a que deux usines de Messer en termes de récupération de CO2.

 

Quelle est votre stratégie en France ?
 

N.D. : L'activité gaz de l'air en vrac, qui représente environ la moitié de notre activité, est à faible marge, comme pour l'ensemble des gaziers, donc nous sommes plus sur des actions où nous recherchons à améliorer notre efficacité, à optimiser la logistique et la consommation énergétique. Nous voulons aussi apporter un service applicatif à nos clients.

A.G. : Nous ne voulons pas vendre que du gaz mais vendre aussi une solution technologique, qu'il s'agisse de surgélation dans l'alimentaire, ou de systèmes de cryodensification en chimie.... Ce n'est pas que le gaz mais c'est vendre le gaz avec une solution associative.

 

Comment accompagnez-vous vos clients ?
 

A.G. : Nous avons des pilotes, une tour d'atomisation et un centre d'essais et de R&D à Mitry-Mory, spécialisé en chimie, environnement et agroalimentaire. Nous cherchons et trouvons des solutions pour des clients qui viennent faire des essais. C'est un centre très ouvert. Nous avons par exemple déjà accueilli sur le site pendant plusieurs mois des industriels de la chimie. La politique de Messer est d'être concret et ouvert avec nos clients. En travaillant ensemble, c'est gagnant-gagnant.

 

Et sur les gaz conditionnés ?
 

N.D.: La bouteille représente près de 50 % de notre activité, avec des gaz industriels et des gaz spéciaux de haute pureté. Nous avons 7 centres de remplissages, dont le plus grand à Mitry-Mory, qui dispose aussi d'une usine de gaz spéciaux et une de gaz médicaux.

A.G. : Nos centres sont équipés de la technologie 300 bars, quand le standard en France est plutôt de 200 bars. En outre, tout le parc bouteille est étiqueté avec un code barre. Chaque bouteille est tracée. C'est un avantage pour nous et nos clients, notamment pour notre gamme pour la pharmacie, qui répond aux exigences de la pharmacopée européenne. Nous sommes les seuls en France à avoir un Certificat de conformité à la pharmacopée européenne (CEP) sur le CO2, depuis notre usine de Lavera. Nous avons aussi un CEP sur l'azote.

 

Quelles sont vos ambitions en France ?
 

N.D.: Nous voulons être un challenger profitable. Nous n'avons pas pour ambition de doubler notre part de marché. Nous voulons consolider nos positions, continuer de bien faire ce que nous faisons, être contributifs pour nos clients et nos salariés, et apporter une contribution à notre actionnaire. Stefan Messer, le p-dg du groupe, voit plus les profits comme des moyens de réaliser ses idées et de rester indépendant.

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