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Monsanto se fond dans Bayer

Julien Cottineau

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Monsanto se fond dans Bayer

La page se tourne. Le géant allemand a annoncé, le 7 juin, la finalisation de l'opération Monsanto. Pour environ 63 milliards de dollars, Bayer devient l'actionnaire unique du mastodonte américain des semences. La cotation Monsanto sera retirée de la Bourse américaine. Surtout, si les produits de l'Américain conserveront leurs identités, le nom Monsanto va, lui, bel et bien disparaître. Bayer n'a pas l'intention de s'embarrasser de cet héritage patronymique difficile à porter, originaire du second prénom de l'épouse de John Queeny, le fondateur de Monsanto en 1901. À l'époque, l'entreprise avait démarré en se concentrant sur la saccharine. L'immersion en agrochimie n'est intervenue que dans les années 1940 avec le lancement d'un premier insecticide. Le très décrié glyphosate fut mis au point dans les années 1970, avant l'entrée dans les OGM à la fin des années 1980. Ce qui marque le début du Monsanto moderne, tel qu'il est mondialement connu et tel qu'il se fond aujourd'hui dans le périmètre de Bayer, après trois décennies de cessions des activités hors agrochimie. Pas sûr qu'une fois le nom gommé, les détracteurs du Round-Up et des OGM ne relâchent toutefois la pression sur le géant allemand.
 

Sous l'impulsion principale des autorités réglementaires européennes, les concessions demandées pour cette acquisition représentent un ensemble de ventes de 2,2 Mrds €, repris essentiellement par BASF. Cela devrait être finalisé dans un délai de deux mois et marquera le début du processus d'intégration de Monsanto au sein de Bayer. En attendant, les deux groupes continueront d'évoluer de manière séparée. Après les fusions entre Dow et DuPont, et le rachat de Syngenta par ChemChina, l'agrochimie se retrouve désormais avec un nouveau leader mondial : Bayer Crop Science, un poids lourd au chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 20 Mrds €. L'ensemble Bayer pèsera l'équivalent de 45 Mrds € de chiffre d'affaires, la majorité étant légèrement concentrée dans les activités pharmaceutiques.
 

L'avenir du Bayer nouvelle génération pose pas mal de questions. Cette opération est-elle un pari réellement gagnant ? Les protagonistes en sont évidemment convaincus. La direction du groupe attend une contribution positive par action dès 2019 et les synergies espérées devraient renforcer annuellement l'Ebitda de 1,2 Mrd $ à partir de 2022. Sur le papier, c'est donc plutôt positif. Mais il y a quelques ombres au tableau. Hormis la question de l'image, il y a surtout le poids de la dette. Ce qui a valu à Bayer quelques dégradations de la part des agences de notation ces derniers temps. En 2016, lors de l'annonce du projet, Bayer avait réussi à sécuriser des garanties financières de 57 Mrds $. Elles ont été revues à la baisse grâce aux 7,6 Mrds € attendus des cessions à BASF et allégées aussi avec les bénéfices tirés du retrait du capital de Covestro, l'ancienne division chimie de Bayer, évalués à un total de 15 Mrds € (CPH n°846). Le 3 juin, le géant allemand a enfin annoncé un projet d'augmentation de capital, qui doit être mené jusqu'au 19 juin et générerait environ 6 Mrds €. Additionnés, cela représente plus de 28 Mrds €, soit environ la moitié de l'effort financier pour engloutir Monsanto. Mais le solde reste colossal. Enfin, quel sera l'impact, à long terme, sur un plan industriel ? Toute fusion entraîne une rationalisation des actifs. Surtout sur des marchés, tel l'agrochimie, cycliques et soumis à une certaine volatilité. En France, cela pourrait poser problème. Dans une interview à l'AFP, Franck Garnier, président de Bayer France, assurait que les sites de production et de R&D des deux groupes seraient maintenus, concédant seulement une éventuelle fusion des sièges sociaux. Affaire à suivre.

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