Nous suivre Info chimie

Nanomakers parie sur les nanopoudres

Audrey Fréel
Nanomakers parie sur les nanopoudres

Cyril Nadeau, cofondateur de Nanomakers.

© © Nanomakers

Nanomakers produit des nanopoudres de carbure de silicium depuis janvier 2010. Celles-ci sont utilisées dans divers domaines comme les semi-conducteurs, l'automobile ou le bâtiment. Un secteur porteur, notamment au Japon, moteur de croissance de cette entreprise.

L'engouement des Japonais pour les nanotechnologies profite même à la France. A l'instar de Nanomakers, spin-off du Commissariat à l'Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives (CEA) créée en janvier 2010, qui a réalisé 80 % de ses ventes (une centaine de milliers d'euros pour 2010) au pays du Soleil levant dans le domaine des nanopoudres de carbure de silicium (SiC). En mai 2010, Nanomakers a aussi créé une coentreprise au Japon, permettant de commercialiser plus facilement ses poudres dans cette région d'Asie. «Les nanopoudres que nous développons permettent d'accroître la résistance mécanique, thermique et chimique de matériaux industriels existants et de développer de nouveaux matériaux. Nous combinons l'effet nano, qui provoque une réduction de la taille de grain dans les matériaux, aux performances du carbure de silicium», explique Cyril Nadeau, directeur marketing et commercial de Nanomakers. La société fournit actuellement ses produits via une installation pilote implantée au sein du CEA de Saclay (Essonne). Et elle ne compte pas en rester là. La société vient de réaliser une levée de fonds de 3,3 millions d'euros qui lui permettra de s'implanter industriellement d'ici la fin de l'année à Rambouillet, en région parisienne (Yvelines). La société de gestion A Plus Finance a apporté son soutien à hauteur de 1,5 M€ et de 300€ pour le CEA Investissement. 1,5 M€ ont aussi été apportés par une dizaine d'investisseurs privés. La capacité de production initiale du site sera de 10 tonnes par an et pourra évoluer vers une capacité de 100 t/an. La société prévoit d'atteindre ce volume d'ici 5 à 6 ans. « Nous prévoyons également d'embaucher une quinzaine de personnes d'ici mi-2012 », précise Cyril Nadeau.

Pourtant, rien ne présageait un tel développement. Tout découle d'une technologie développée en laboratoire, il y a 25 ans, par le CEA. Ce procédé consiste à pyrolyser en continu avec un laser des matières premières, en l'occurrence du sable et du carbone, introduits sous forme de mélange gazeux dans un réacteur pour donner des nanopoudres de SiC. A l'époque, à plusieurs milliers de kilomètres, l'université de Kyoto (Japon) développe des matériaux composites utilisés dans les réacteurs nucléaires de future génération. Ces réacteurs « propres » nécessitent d'être conçus à partir de matériaux composites capables de résister à de fortes températures. L'université japonaise part donc à la recherche d'un fournisseur de nanopoudres et se rapproche du CEA. Les deux organismes développent un partenariat et le CEA investit dans une unité pilote qui commence à tourner en 2005. Dès lors, ces nanopoudres suscitent l'intérêt d'industriels. En 2008, François Ténégal, ancien chercheur du CEA et directeur de l'unité pilote, se lance dans le projet de création de Nanomakers. Il est rejoint assez rapidement par Cyril Nadeau. Un pari pourtant risqué quand on sait l'inquiétude que suscitent les nanotechnologies. Sur ce point, Cyril Nadeau se veut rassurant. « Nous avons développé une stratégie de production « zéro contact ». En sortie de process, nos poudres sont recueillies dans des «safe containers» qui servent d'unités de transport et qui viennent directement se greffer chez le client aux unités de fabrication des matériaux. Ainsi personne n'est en contact avec ces nanopoudres. Une fois dans la matière, celles-ci ne peuvent pas être relarguées en conditions normales », explique-t-il. « Nous utilisons aussi des matières premières générées à partir de sable et de carbone que l'on retrouve en très grandes quantités sur la planète », ajoute-t-il. Les nanopoudres de Sic sont utilisées sur quatre types de marché : les procédés de hautes températures, les semi-conducteurs, l'automobile et le bâtiment.

Actuellement, Nanomakers commercialise des poudres pures à 99,5 %. Les poudres pures à 100 % sont actuellement en cours de développement avec le CEA. Elles sont destinées à des marchés qui requièrent un très haut niveau de pureté comme les semi-conducteurs. A terme, deux autres catégories de poudres « intermédiaires » et « standard » (97 % et 95 %) devraient être produites pour s'adresser à des marchés nécessitant des niveaux de pureté moindres tels que les pneus ou les peintures. Le procédé permet aussi de « customiser » les poudres selon les applications et de les commercialiser sous formes liquide, sèche ou granulée. Concernant l'avenir, Nanomakers prévoit que le marché mondial en nanopoudres devrait atteindre plusieurs milliers de tonnes et générer 1 Mrd € dans une dizaine d'années. Il devrait donc tirer son épingle du jeu. D'autant plus que le procédé de pyrolyse, dont il détient une licence exclusive, permet de fabriquer plus de 50 nanopoudres différentes. De quoi avoir plusieurs cordes à son arc et lui permettre de diversifier son activité.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Matrix Pack, une entreprise transformée par la directive SUPD sur les plastiques à usage unique

Matrix Pack, une entreprise transformée par la directive SUPD sur les plastiques à usage unique

Comment rebondir lorsque l'on est touché de plein fouet par la directive européenne SUPD sur les plastiques à usage unique, adoptée dans des temps record, qui affecte 100 % de son activité ? Matrix Pack,[…]

01/06/2021 | Innovationzoom
Le secteur chimique porte la formation au niveau supérieur avec le Cloud

Le secteur chimique porte la formation au niveau supérieur avec le Cloud

Cécile Barrère-Tricca : « La mission d’IFPEN est d’accompagner la transition écologique »

entretien

Cécile Barrère-Tricca : « La mission d’IFPEN est d’accompagner la transition écologique »

Separative réinvente la chromatographie en alliant performance et durabilité

Separative réinvente la chromatographie en alliant performance et durabilité

Plus d'articles