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« Notre président a inscrit le développement durable comme l'un des piliers de la croissance d'Arkema »

Propos recueillis par Sylvie Latieule
« Notre président a inscrit le développement durable comme l'un des piliers de la croissance d'Arkema »

La plateforme d'innovation dédiée aux énergies nouvelles est en lien direct avec l'ODD7.

© Arkema

Engagé de longue date dans la voie du développement durable, Arkema a mis en place, en 2012, une stratégie RSE qu'il déploie de façon globale autour de trois priorités : le développement d'une offre durable portée par l'innovation, la conduite de ses activités en chimiste responsable et un dialogue ouvert avec ses parties prenantes. En 2018, le groupe de chimie de spécialités a franchi une étape supplémentaire avec l'engagement de son président, Thierry Le Hénaff, dans une charte d'engagement sociétal qui inscrit la RSE et le développement durable dans les gènes de l'entreprise. Détails avec Virginie Delcroix, directrice développement durable d'Arkema.

InfoChimie magazine : Dans le secteur de la chimie, de plus en plus d'entreprises, dont Arkema, communiquent sur leur engagement en matière de développement durable. Est-ce que cela correspond à des démarches volontaires pour coller aux attentes de la société ou est-ce pour répondre à des obligations réglementaires ?

Virginie Delcroix : En matière de développement durable, nous nous appuyons sur les obligations réglementaires ou hard law et des engagements volontaires ou soft law. Dans le domaine de la chimie, nous avons de nombreuses réglementations, dont le règlement Reach, qui relèvent de la hard law. En revanche, le Responsible Care est une initiative volontaire qui va au delà de la réglementation et à laquelle les industriels vont choisir d'adhérer. Il y a aussi des cadres qui dépassent notre secteur industriel comme le Global Compact des Nations-Unis, lancé en 2000. Il s'articule autour de 10 principes relatifs au respect des Droits humains, aux normes internationales du travail, à l'environnement et à la lutte contre la corruption. Fin 2015, les États membres de l'ONU ont établi une feuille de route à 2030 et émis les 17 Objectifs de développement durable ou ODD sur lesquels nous pourrons revenir.

Votre titre exact est celui de directrice du développement durable quand d'autres entreprises vont parler de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Quelle différence faites-vous entre développement durable et RSE ?

V.D. : Le Développement durable introduit une conception de progrès sociétal basée sur trois piliers - économique, social et environnemental - et qui concerne tous les acteurs : entreprises, gouvernements, société civile... La RSE est propre à chaque entreprise et traduit la façon dont elle s'approprie les enjeux du développement durable pour son activité. De ce fait, à l'intérieur du secteur de la chimie, les entreprises peuvent avoir des approches similaires sans être totalement identiques. La RSE va dépendre de l'activité de l'entreprise, de sa stratégie, de son histoire.

Pouvez-vous revenir sur quelques dates clés de l'engagement d'Arkema en matière de développement durable ?

V.D. : Arkema s'est engagé dans le programme Responsible Care, dès sa création en 2006. Quant à la fonction de directeur(rice) RSE, elle a été créée en 2012. À cette époque, Arkema a structuré une première démarche RSE autour de cinq axes en cohérence avec son activité et sa stratégie : la sécurité, l'environnement, l'innovation, le développement social et le dialogue avec ses parties prenantes. Cela s'est notamment traduit par la mise en place d'indicateurs en matière de sécurité de d'environnement avec des cibles à l'horizon 2025. Nous mesurons nos taux d'accidents, nos impacts en matière de gaz à effet de serre, nos émissions de COV, notre demande chimique en oxygène ou nos achats en énergie. Depuis 2012, nous avons accompli d'énormes progrès sur ces 5 indicateurs. Entre 2012 et 2017, par exemple, à périmètre équivalent, nos émissions de gaz à effet de serre ont diminué de moitié. Tous ces progrès ont pu être accomplis grâce à la démultiplication de bonnes pratiques et à l'engagement fort de nos collaborateurs, mais également grâce à des programmes d'investissements. S'appuyant sur sa forte culture d'industriel responsable, Arkema n'a cessé depuis 2012 de déployer ses engagements et actions sur l'ensemble des dimensions de la RSE.

En quoi le groupe Arkema est-il impliqué dans le programme Global Compact ?

V.D. : Nous avons adhéré aux principes du Global Compact en 2014. Lorsque les 17 ODD ont été énoncés, fin 2017, Arkema a tout naturellement établi le lien entre ses plateformes d'innovation et six des 17 ODD. Nous avons, par exemple, une plateforme d'innovation dédiée aux énergies nouvelles, en lien direct avec l'ODD 7 « Énergie propre à un coût abordable ». Nous mettons au point des matériaux qui entrent dans la fabrication des panneaux photovoltaïques, des éoliennes, des systèmes de stockage de l'énergie. Notre plateforme d'innovation performance et l'isolation de l'habitat travaille à la réduction de l'empreinte environnementale dans la construction grâce à de nouvelles colles et systèmes d'isolation. Elle répond à l'ODD 11 sur les Villes et communautés durables. Nous sommes présents dans la gestion de l'eau au travers de solutions de filtration et de traitement de l'eau, ce qui répond à l'ODD 6 consacré à l'Eau propre et assainissement. Nous avons une expérience de 70 ans dans la mise au point de polymères bio-sourcés, en particulier à base de ricin, que l'on peut relier à l'ODD 12, intitulé Consommation et production responsables.

En 2016, vous aviez communiqué sur la réalisation d'une première étude de matérialité. À quoi cela correspond-il exactement ?

V.D. : Une étude de matérialité a pour objectif de vérifier dans quelle mesure la politique RSE d'un groupe répond aux attentes de ses parties prenantes et d'identifier des axes de progrès environnementaux, sociaux ou encore économiques. L'étude menée en 2016 a mis en évidence une bonne adéquation entre l'approche RSE d'Arkema et les attentes de ses parties prenantes. Elle nous a néanmoins permis d'aller plus loin en matière de diversité des origines et de mixité. Par exemple, le groupe s'est fixé comme objectif de passer entre 23 et 25 % la part des femmes dans l'encadrement supérieur et les dirigeants à l'horizon 2025, contre 19% aujourd'hui.

Avez-vous des initiatives particulières autour des produits chimiques, compte tenu de la méfiance grandissante de la société civile ?

V.D. : Sur ce volet des produits chimiques, nous avons le règlement Reach que nous voyons comme une opportunité pour tous d'améliorer les connaissances sur les produits et de renforcer la confiance à l'égard de l'industrie chimique. Mais on ne peut pas parler de durabilité en se limitant aux bornes de notre entreprise. Aussi, au delà du règlement Reach, nous sommes engagés dans une démarche d'évaluation de nos solutions. Nous entendons par solution un produit associé à une application chez nos clients. Et depuis cette année, nous avons décidé de rendre cette démarche systématique pour l'ensemble de nos solutions.

Comment procédez-vous pour réaliser ces évaluations ?

V.D. : Nous évaluons nos solutions au travers de leur contribution au plan environnemental, social et économique. Pour cela, nous nous appuyons sur des guides émis par le WBCSD (World Business Council for Sustainable Development) spécifiquement à l'attention des industriels de la chimie. Cette démarche nous permet de comparer nos solutions aux standards du marché et d'identifier à la fois les atouts de nos gammes et les risques à moyen ou long terme. Elle offre ainsi l'opportunité de mettre en place des actions d'évolution de nos gammes et d'ouvrir de nouveaux axes d'innovation. C'est un chantier de plusieurs années. Un produit peut avoir plusieurs applications et les attentes du marché peuvent être différentes selon les régions du monde.

Comment s'intègre votre stratégie RSE dans vos programmes d'investissements ?

V.D. : Depuis 2016, nous intégrons un prix interne du carbone dans nos projets d'investissements. Ceci nous permet de transcrire en valeur économique l'impact des émissions de gaz à effet de serre et de comparer différents scenarii d'investissement pour orienter les décisions.

On voit bien que les actions d'Arkema en faveur du développement durable ont évolué dans le temps. Comment aller plus loin ?

V.D. : Au delà des exigences de la réglementation, nous avons bâti notre engagement dans le développement durable sur la sécurité et l'environnement. Deux volets historiques et majeurs. Il y a dix ans, si certains pouvaient considérer cet engagement comme nice to have, aujourd'hui, il est incontournable. Nos clients sont de plus en plus demandeurs d'engagements et de solutions plus durables pour leurs domaines d'activité. Il en est de même pour les investisseurs qui veulent placer leur fonds dans des activités rentables et durables sur le long terme. Un engagement dans le développement durable contribue aussi positivement à la réputation d'une entreprise. Nos salariés et les talents que l'on cherche à recruter sont de plus en plus intéressés de collaborer avec une entreprise engagée. Pour aller plus loin, notre président Thierry Le Hénaff a donc inscrit le développement durable comme l'un des piliers de la croissance d'Arkema faisant partie des gènes de notre entreprise. Ceci s'est matérialisé, en mai 2018, par la signature d'une charte d'engagement sociétal dans laquelle Arkema s'engage à proposer une offre de solutions durables portée par l'innovation, à conduire ses activités en industriel responsable et à cultiver un dialogue ouvert et de proximité avec ses parties prenantes.

Qui visez-vous dans les parties prenantes ?

V.D. : Nous entendons par parties prenantes toute notre chaîne de valeur, de nos fournisseurs à nos clients finaux, sans oublier nos partenaires académiques et autres écoles ou centres de formation, les riverains autour de nos sites industriels, nos actionnaires et nos collaborateurs. Par exemple, pour établir des relations pérennes avec nos fournisseurs, nous nous sommes engagés dans l'action Together for sustainability aux côtés de 20 autres industriels de la chimie. L'objectif est d'aider nos fournisseurs à progresser dans leur démarche RSE et de guider nos décisions pour des achats responsables. Fin 2017, plus de 1000 de nos fournisseurs avaient été évalués et nous continuons cette démarche de façon très dynamique afin d'inciter de nouvelles entreprises à s'engager dans la voie du développement durable. Pour ce qui est du dialogue avec nos riverains et communautés autour de nos 155 sites, nous déployons depuis de nombreuses années l'initiative « Terrains d'entente », avec de très nombreuses actions en faveur de l'éducation et de la biodiversité. Il faut noter que ces approches sont globales et déployées dans ensemble des pays où nous opérons.

Comment est diffusée votre stratégie RSE dans l'ensemble du groupe ?

V.D. : La RSE est l'affaire de tous dans l'entreprise. Pour cela, nous démultiplions les approches pour que chacun se l'approprie. Au niveau de l'équipe RSE, nous avons un rôle de mise en musique. Nous cherchons notamment à personnaliser cette appropriation dans les différents métiers et fonctions pour tenir compte des attentes de chacun. Hormis l'équipe corporate, nous avons des correspondants dans les différentes business lines et géographies du groupe. La décision de Thierry Le Hénaff et du comité exécutif d'intégrer la RSE dans la stratégie de l'entreprise, matérialisée par la charte d'engagement sociétal signée au mois de mai, restent des étapes clés dans le déploiement de la RSE.

Êtes-vous évalués par des agences de notation extra-financières pour mesurer votre performance RSE ?

V.D. : Les performances et progrès d'Arkema en matière de RSE et de développement durable sont reconnus par plusieurs agences de notation extra-financières et ont été récompensés à plusieurs reprises. Arkema a, par exemple, été évalué par CDP sur deux axes majeurs : le changement climatique et la gestion. Arkema a aussi obtenu le « niveau Gold » d'Ecovadis en 2015, et l'a confirmé en 2017. Et depuis 2015, notre société est reconnue par le FTSE4Good, et intégrée dans les indices Eurozone 120 et Europe 120 d'Euronext Vigeo-eiris. Pour ce qui est de l'évaluation par l'organisme RobecoSAM, qui gère le Dow Jones Sustainability Index (DJSI), nous avons fortement progressé dans les différentes dimensions de la RSE, ce qui nous permet d'envisager à terme d'intégrer l'Index. Néanmoins, avant de chercher une reconnaissance dans l'un ou l'autre de ces indices, le but premier, lorsque nous répondons à des questionnaires extra-financiers, est de nous évaluer et de nous aider à progresser.

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