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« Nous avons des projets de croissance en France mais pas de gros projets industriels »

Propos recueillis par Audrey Fréel

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Xavier Susterac a pris la présidence de BASF France en décembre 2014, en remplacement d'Olivier Homolle. Il nous détaille la stratégie et les projets de cette filiale pour les années à venir.

Info Chimie : Quelles vont être vos priorités et votre stratégie pour cette filiale ?

Xavier Susterac : Nous avons un certain nombre de thématiques phares dans la stratégie, notamment le développement durable. Nous sommes numéro un mondial de la chimie et avons donc un rôle à jouer. Nous avons énormément de technologies et d'innovations et nous pouvons donc contribuer à relever les défis de la planète. Au niveau français, nous avons beaucoup de choses à faire. La France est relativement avancée dans le domaine du développement durable, avec beaucoup d'opportunités.

Nous parlons aussi actuellement beaucoup de croissance et les clients demandent plus qu'auparavant. Ils veulent désormais des solutions complètes.

Nous souhaitons également renforcer la co-création, qui est notamment un sujet central dans le cadre de nos 150 ans. Nous voulons davantage travailler avec des partenaires externes, comme des organismes scientifiques ou des clients.

 

Pouvez-vous citer quelques exemples de projets dans le développement durable ?

X.S. : Dans la catalyse pour automobile, nous proposons chez BASF diverses solutions pour réduire les oxydes d'azote (NOx) et les particules. En France, il y a un grand débat autour du diesel. La maire de Paris veut notamment interdire les véhicules fonctionnant au diesel. Il s'agit d'un faux problème, puisque les véhicules diesel ont maintenant des filtres à particules très efficaces. Les véhicules à essence posent plus de problèmes car leurs moteurs émettent des particules très fines. Mais à partir de 2017/2018, l'Europe va imposer des filtres à particules pour ces véhicules. Nous avons donc inventé des filtres pour les véhicules essence avec fonction filtration des particules.

Autre exemple, nous avons mis au point le catalyseur PremAir, qui transforme de l'ozone en oxygène. Pour le moment, il n'y a pas encore de réglementation sur l'ozone en Europe, mais il en existe une aux États-Unis, qui est en vigueur dans 40 États. Nous y avons déjà équipé plus de 3 millions de véhicules. En France, nous avons deux projets de codéveloppement avec les villes de Nice et de Strasbourg. Nous étudions comment mettre en place cette solution dans les transports publics.

 

Et dans le domaine de la co-création ?

X.S. : À titre d'exemple, dans la cosmétique, notre site de recherche et de production de Pulnoy (Meurthe-et-Moselle) s'est associé à la plateforme de recherche Bioprolor (Bioactifs produits en Lorraine), à destination de l'industrie pharmaceutique ou cosmétique, pour travailler sur le concept des biomolécules. Aujourd'hui, la recherche est incroyable dans le domaine de la cosmétique. L'Oréal a, par exemple, besoin de partenaires qui vont beaucoup plus loin dans la compréhension du mode d'action des molécules. C'est ce que nous faisons dans notre division dédiée, via nos centres de R&D de Pulnoy et Lyon ainsi que nos unités de production de Pulnoy, Meaux (Seine-et-Marne) et Boussens (Haute-Garonne). Nos produits fabriqués en France sont exportés dans le monde entier.

 

Quelles sont les principales activités et usines de BASF dans l'Hexagone ?

X.S. : Nous disposons d'une présence assez importante en France, avec 14 sites de production. Nous sommes bien positionnés dans le secteur de l'automobile, avec de nombreux produits qui vont aussi bien des peintures, aux catalyseurs en passant par toutes sortes de plastiques, mousses polyuréthanes, textiles, etc. Nous sommes un des acteurs principaux dans les revêtements pour automobile. Dans ce domaine, nous exploitons une très grosse usine à Clermont-de-l'Oise (Oise), où nous exportons une majeure partie de la production (73 %), essentiellement au niveau européen mais aussi dans le monde. Nous continuons à investir, avec plus de 25 M€ injectés sur cinq ans pour innover et moderniser cette usine qui emploie plus de 600 salariés.

Nous sommes aussi leader dans l'agrochimie. Il s'agit d'une des principales divisions de BASF France. Nous possédons un certain nombre de sites dédiés aux produits pour l'agriculture, notamment à Gravelines (Nord), Genay (Rhône) et Elbeuf (Seine-Maritime). Mais dans le domaine de l'agriculture et de l'agroalimentaire, la France a perdu au niveau compétitivité dans l'export. Elle est passée de la deuxième à la cinquième place au cours des cinq dernières années. Pourtant, d'un point de vue politique, la tendance actuelle est de continuer de handicaper la compétitivité des agriculteurs en réduisant arbitrairement le recours aux produits phytosanitaires. Au niveau mondial, BASF occupe aujourd'hui la place de numéro 3 sur le marché de la protection des plantes.

Nous sommes également bien présents dans le domaine de la construction, où nous proposons des adjuvants pour béton, des polyuréthanes, des produits d'isolation, etc.

 

Prévoyez-vous d'entrer sur de nouveaux marchés en France dans les prochaines années ?

X.S. : Oui car les marchés existants changent perpétuellement. Aujourd'hui, tout est challengé, il nous faut les meilleures solutions pour l'avenir, tout en réduisant les coûts. Par exemple dans l'automobile, nous avons des contraintes de coûts assez importantes. Nous devons faire du développement technique, tout en ayant en tête notre contribution au niveau de la planète.

 

Des projets industriels sont-ils au programme ?

X.S. : Nous avons des projets de croissance en France, mais pas de gros projets industriels pour le moment. Il faut d'abord apporter de nouvelles solutions aux marchés pour croître.

 

L'an dernier, BASF France s'est séparé de certaines activités, notamment via l'arrêt d'une grande partie de la production à Huningue (Haut-Rhin) ou encore la vente de son activité dédiée aux mélanges maîtres liquides. D'autres cessions ou arrêts d'activités sont-ils au programme ?

X.S. : Nous devons parfois prendre des décisions au niveau de notre portefeuille. L'activité mélanges maîtres n'était plus stratégique pour nous.

Nous suivons aussi nos clients, donc parfois nous devons transférer la production, comme ce fut le cas à Huningue. La situation a été un peu difficile à gérer. Au niveau des réductions de postes, le projet est quasi terminé (suppression de 140 postes sur 242, ndlr). La partie production d'additifs pour huiles et lubrifiants a, elle, été transférée sur d'autres sites. Dans les années à venir, nous allons investir 18 M€ dans l'usine, pour développer l'outil industriel de la partie dédiée aux additifs pour pigments. Il s'agira d'un site de plus en plus exportateur.

 

Au niveau de l'évolution de vos effectifs, quelle est la tendance en France?

X.S. : Nous observons, de façon générale, une tendance à la baisse. L'économie française n'a malheureusement pas été très dynamique, ces dernières années. Mais, si tout se passe bien, nos projets de croissance devraient déboucher sur de l'emploi.

 

Comment expliquez-vous cette perte de compétitivité dans l'industrie en France?

X.S. : Un certain nombre d'industries souffrent en France. C'est dommage car je pense que nous avons beaucoup de potentiel, notamment au niveau de la R&D avec des ingénieurs remarquables. Mais il y a encore un manque de flexibilité dans ce pays. Il faut qu'il y ait un système politique qui supporte l'industrie. J'ai travaillé de longues années en Allemagne et je pense que le système allemand mériterait d'être évalué en France. Je regrette qu'en Europe nous ne bénéficiions pas plus des avantages des pays les uns des autres. Le système européen est encore trop cloisonné.

PARCOURS DE XAVIER SUSTERAC

1988 : diplômé de l'école de chimie de Strasbourg. 1989 : début de carrière chez Hoechst à Paris dans la vente et le marketing. 1993 : rejoint Rohm and Haas en Allemagne où il exerce l'essentiel de sa carrière. 2010 : intègre BASF en Allemagne en tant que vice-président de la division Mobile Emissions Catalysts pour l'Europe et directeur général de BASF Catalysts Hanovre. fin 2014 : devient président de BASF France, à Paris.

BASF EN FRANCE :

Effectifs : 2 700 (fin 2014) CA : 2 Mrds € Activités : revêtements, agrochimie, produits de construction, matériaux de performance, cosmétique, ingrédients pharmaceutiques actifs. Marchés : automobile, agriculture, construction, cosmétique, pharmacie. Implantations : 37 sites dont 14 usines de production et 4 centres de R&D Siège social : Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

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