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Commerce chimique: « Nous ne nous attendions pas à un tel rattrapage en 2017 »

Propos recueillis par Julien Cottineau

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Après une année 2016 difficile, le secteur du commerce chimique a enregistré une croissance de 8,4% en 2017. Tour d'horizon avec Gilles Richard, délégué général de l'UFCC.

L'an dernier vous vous attendiez à -3 % pour 2016, qu'en a-t-il été ?

Cela a été confirmé avec -2,9 % en 2016, sous l'effet d'une contraction de la demande, soit une troisième année de baisse consécutive malgré de très bons chiffres à l'exportation. Depuis 10 ans, la part de l'exportation s'établissait autour de 15 %, mais en 2016, elle a atteint 22 %. Cette hausse s'explique notamment par la baisse de la demande en France, tandis que les clients européens, essentiellement, ont généré plus d'exports. Sans l'export, cela chute à -6,4 %, 2016 a été une année difficile.

 

Quel bilan pour 2017 ?

2017 a été complètement inversée, comme pour les producteurs. Notre secteur a enregistré une croissance de 8,4 %, à 2,9 Mrds €, ce qui a quasiment annulé les trois années précédentes. La France, qui était en queue de peloton européen, a rattrapé son retard tous secteurs confondus. Nous ne nous attendions pas à un tel rattrapage.

 

Qu'est-ce qui a permis cette reprise ?

Une petite part est due à la hausse des prix des matières premières, et les entreprises ont pu faire passer des hausses en aval. L'export a aussi continué de se renforcer. Après, c'est vraiment une question de demande. L'automobile et le BTP ont été bons en 2017, ce qui a bien drainé notre secteur. En réalité, quand la demande industrielle est bonne, les autres paramètres que sont les prix du pétrole et le dollar jouent moins. En revanche, nous n'avons pas observé d'impact sur l'emploi. Il y a eu quelques fermetures et réorganisations de sites, et en 2016, l'emploi a faibli de 2 %. La tendance est à la rationalisation des circuits de distribution avec l'impératif de baisser les coûts fixes.

 

Quelles perspectives pour 2018 ?

Le premier trimestre poursuit sur la même tendance. Nous serons sans doute plus proches d'une croissance de 4 à 5 %. 2017 était quand même un rattrapage. Certains parlent de surchauffe, notamment aux États-Unis, mais on en semble bien loin en France. Tout est bien orienté dans l'ensemble.

 

Il n'y a pas de décalage avec les producteurs ?

Pas cette fois, les deux professions sont en phase. Certains marchés à l'exportation ont sans doute repris pour eux. Il y a aussi des sources de matières premières suspendues en Chine actuellement, pour des raisons notamment environnementales, et quelques produits se sont raréfiés au niveau européen. Cela a profité à certains industriels français. C'est du ponctuel, mais des ruptures ont bénéficié aux producteurs avec un sourcing ici plutôt qu'en Chine.

 

L'un des grands thèmes actuels est celui de la digitalisation. Qu'en est-il pour votre secteur ?

Il peut y avoir de vrais avantages en termes de relations fournisseurs/clients. Dans les années 2000, de nombreuses places de marché avaient fleuri, mais tout était retombé car cela n'était pas assez préparé et maîtrisé. Aujourd'hui, cela revient, en plus performant. Le commerce en ligne, avec des grandes plateformes comme Amazon ou Alibaba, peut être dangereux pour nous car elles peuvent devenir des concurrentes pour les distributeurs, en s'adaptant en conséquence. Cela peut permettre à des producteurs de vendre directement et donc cela crée un risque de contournement. Quelques plateformes existent déjà pour les produits chimiques, deux ou trois ont des outils performants et permettent d'acheter des produits en direct. Ce n'est pas encore important, mais cela rentre dans les moeurs, et il n'y a pas de raison que cela s'arrête. Sur Alibaba, c'est impressionnant, vous pouvez acheter des produits chimiques, en vrac ou en conditionné, comme vous achetez un CD. Clients comme fournisseurs ne peuvent pas faire l'économie de ne pas s'y intéresser. Le fournisseur doit s'approprier cela pour ne pas se faire doubler. La conformité réglementaire bien sûr doit être assurée pareillement, ce qui peut encore faire la différence.

 

Et la digitalisation au sein des entreprises ?

Tous les outils existent chez les grands acteurs. La digitalisation est extrêmement onéreuse et engendre beaucoup de frais de développement informatique, notamment pour des PME. Cela peut aussi entraîner une plus grande vulnérabilité lorsqu'elle est confiée à des services cloud externalisés. Vous êtes susceptibles de tout perdre, sans compter le piratage et les actes potentiels de malveillance. Il y a des avantages évidents mais, en face, vous trouvez des risques qui peuvent l'être tout autant. Il faut avoir les compétences pour gérer tout ça, en sus de le financer. Pour des PME, il y a des limites naturelles.

 

L'UFCC a lancé une campagne pour la santé au travail. De quoi s'agit-il ?

Toute la réglementation sociale est de plus en plus transverse en termes de RSE, pour la protection de la personne dans et hors de l'entreprise. Cela demande encore plus d'acuité pour les produits chimiques. Nous faisons très attention à l'accidentologie. Celle-ci reste limitée dans notre secteur mais quand cela arrive, les conséquences peuvent être très graves. Nous mettons l'accent depuis toujours sur la sécurité et la santé au travail. Les entreprises sont obligées d'avoir des plans de prévention et d'action, mais il faut les adapter à chacune car toutes ne font pas le même métier. Toute entreprise doit étudier ses propres risques. Après, de nouvelles notions apparaissent, comme le burn-out ou encore le bien-être au travail. Donc nous rappelons aux employeurs leurs obligations, de manière personnalisée selon que les entreprises disposent de sites industriels ou simplement de bureaux. Il faut rappeler le tronc commun et présenter les nouvelles obligations. Nous sommes très aidés grâce à des partenariats avec de grands assureurs et des acteurs de la protection sociale au travers de petits-déjeuners, de commissions ou de conférences.

 

Qu'en est-il de Reach ?

Les distributeurs dans l'ensemble étaient prêts pour la dernière échéance du 31 mai. Mais Il y a eu des mauvaises surprises, notamment pour les distributeurs car certains producteurs n'ont finalement pas enregistré certains produits. Les prévisions initiales faisaient état d'environ 20 000 substances à enregistrer à plus d'une tonne par an, et, fin avril, nous étions seulement à 8 000 enregistrées. Il y a forcément des disparitions de substances et les déclarations d'arrêts de substances, trop coûteuses à enregistrer, n'ont été signifiées qu'au dernier moment car les producteurs ne voulaient pas perdre des marchés trop tôt. Or une substance en moins sur 10 dans une peinture, par exemple, conduit à un produit qui n'est plus le même. Certains secteurs, comme l'automobile et l'aéronautique, se sont bien préparés de manière à éviter le maximum de ruptures d'approvisionnement ou de reformulation. Contrairement à d'autres pour qui cela va être beaucoup plus problématique.

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