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« Nous nous impliquons dans la lutte contre le réchauffement climatique »

Propos recueillis par Sylvie Latieule
« Nous nous impliquons dans la lutte contre le réchauffement climatique »

© SEIN

Président de la Société d'encouragement depuis 2011, Olivier Mousson perpétue la tradition de cette société créée en 1801. Dans ses locaux, au coeur de Saint-Germain-des-Prés, elle favorise les débats et l'émergence de nouvelles idées, avec l'ambition de redonner à l'industrie une place centrale dans l'économie du pays.

Infochimie magazine : Pouvez-vous présenter la Société d'encouragement pour l'industrie nationale (SEIN) ?

Olivier Mousson : Cette société a été créée en 1801, sous l'égide des trois consuls Bonaparte, Cambacérès et Lebrun. L'objectif était alors de rattraper le retard qu'avait pris la France sur l'Angleterre et l'Allemagne en matière industrielle. Partout en Europe, des sociétés de ce type commençaient à fleurir. Une première Société d'encouragement pour les manufactures avait été créée en 1731 à Dublin : la « Dublin Society for Improving Husbandry, Manufacturers and other Usefull Arts ». La « Royal Society for the encouragement of Arts, Manufactures and Commerce » qui a été considérée comme étant un des facteurs clés du succès économique de la Grande-Bretagne a été créée en 1847 à Londres.

Quelle était au départ la mission de la SEIN ?

O. M. : Dès sa création, la société a eu pour objectif de stimuler le développement industriel de la France, de favoriser l'innovation technologique et de valoriser l'entreprenariat. Ainsi, elle a apporté une contribution directe au développement économique de la France au XIXe siècle dans les domaines allant des premiers réseaux de chemins de fer, à la création des premières infrastructures de production et la distribution d'énergie. La société a été le précurseur de l'Anvar, de l'INPI, d'Oseo et du Laboratoire national d'essais. Dès 1852, elle a établi son siège, 4, place Saint Germain-des-Prés à Paris dans le 6e arrondissement. Cet Hôtel de l'industrie a été aménagé pour accueillir ses membres éminents et également exposer des inventions. C'est dans une de ces salles, par exemple, que les frères Lumière ont fait leur première projection, acte fondateur en 1895 de l'industrie du cinéma. Depuis deux siècles, le monde a changé. La loi de 1901 a commencé par affaiblir les associations en leur donnant le statut d'associations à but non lucratif. Le ministère de l'Industrie a commencé à jouer un rôle de plus en plus important, en particulier après 2e guerre mondiale. Néanmoins, la société a poursuivi son objectif d'accompagnement des grandes mutations industrielles, économiques et sociales, à travers quatre missions : encourager les entrepreneurs, transmettre les innovations, valoriser l'excellence des savoir-faire et conserver la mémoire du patrimoine industriel.

Où en est-on aujourd'hui ?

O. M. : L'État a peut-être moins de moyens et la puissance du ministère de l'Industrie s'est sans doute affaiblie par rapport à la deuxième moitié du 20e siècle. On observe, par ailleurs, une montée en puissance d'associations issues de la société civile, les ONG. Nous avons la chance d'être la 1re association historique pour laquelle le statut d'utilité publique a été créé en 1824 et nous sommes toujours propriétaires de notre siège. Ceci nous permet de mettre à disposition nos locaux gratuitement pour certaines associations, comme l'Association nationale des entreprises du patrimoine vivant ou le Collectif de l'innovation. Autre exemple, nous venons de lancer la première édition du prix de la photographie industrielle à destination des étudiants pour imaginer l'usine du futur. Nous pensons qu'il y a un déficit d'image de l'industrie chez les jeunes et qu'il est important de revaloriser cette image. Nous réalisons cette opération avec CCI-France, tête de réseau des Chambres de commerce et d'industrie. Nous oeuvrons également à la conservation du patrimoine industriel à travers notre bibliothèque de quelque 40 000 ouvrages qui décrivent les techniques industrielles depuis le 19e siècle.

De quelles industries faites-vous la promotion et par quels canaux ?

O. M. : La gouvernance de la SEIN est basée sur des comités sectoriels. Un certain nombre d'entre eux ont été créés dès 1801, notamment ceux relatifs à l'agriculture, l'agroalimentaire, l'économie, le commerce, la chimie et la mécanique. Puis ont été ajoutés un comité physique, un comité construction et un comité Beaux-Arts, à la suite de la découverte de la photo puis du cinéma. Le dernier comité date du 20e siècle et porte sur la communication. Dans toutes ces disciplines, la société attribue, chaque année, les prix Chaptal et Montgolfier qui honorent des entrepreneurs et des chercheurs. Fin mars, le Montgolfier des comités Arts chimiques - présidé par le professeur Jean-François Fauvarque- et Agriculture et Industrie agroalimentaire sera remis à la société M2i LifeSciences dans le domaine du biocontrôle (voir ci-contre). Il a semblé opportun de lier ces deux comités afin de mettre en lumière les connexions aujourd'hui incontournables entre les secteurs d'innovation et de recherche. En juin, la société va remettre, pour la première fois, le Prix Jacques Dermagne en faveur de collectifs d'acteurs pour le rayonnement de la France à l'international. La société organise également des colloques et des débats tout au long de l'année pour mettre en valeur les nouvelles idées.

Comment vous démarquez-vous par rapport aux nombreuses associations professionnelles, et autres ?

O. M. : Avec l'Hôtel de l'industrie, nous apportons un lieu emblématique où les personnes peuvent se retrouver sur des manifestations proposées en partenariat. Nous n'avons pas vocation à être en concurrence avec d'autres organisations. Pour ce qui est des sujets que nous couvrons, nous avons choisi quelques axes majeurs. Par exemple, nous avons choisi de nous impliquer dans la lutte contre le réchauffement climatique. Lors de la COP21, nous avons mis l'Hôtel à disposition pour des délégations du continent africain et nous avons organisé des conférences sur le sujet. Depuis, nous faisons un point tous les ans sur l'« état de l'art » au moment de la tenue de la COP. Autre sujet, nous jouons le rôle d'intermédiaire entre scientifiques, entreprises et pouvoir politique. Dans le cadre de la campagne présidentielle de 2017, avec le Collectif de l'Innovation qui rassemble les 20 plus importantes associations sur l'Innovation, nous avons accueilli l'ensemble des candidats pour présenter notamment leur politique d'innovation. Aujourd'hui, nous préparons, avec le Collectif, les Assises de l'innovation qui auront lieu en octobre 2018.

 

Hormis le concours photo, avez-vous des projets en 2018 ?

O. M. : Notre objectif est que nos manifestations puissent être suivies par le plus grand nombre. Cela est désormais possible grâce aux nouvelles technologies. Pour cela, nous filmons désormais nos manifestations pour pouvoir les diffuser en direct et en différé via Internet. En juin 2018, nous allons également lancer une nouvelle version de notre site Internet.

Pensez-vous que la France soit en bonne voie pour stopper sa désindustrialisation ?

O. M. : La France a tout pour réussir en matière industrielle, à condition de s'adapter aux nouvelles exigences concernant l'environnement et de suivre les évolutions au niveau mondial. Pour cela, il est important de renforcer l'attractivité du territoire français comme essaie de le faire le gouvernement actuel. Ce n'est pas un engagement partisan, mais lorsqu'une politique va dans le bon sens, on peut le souligner. ?

PRIX MONTGOLFIER 2018PHILIPPE GUERRET, PRÉSIDENT DE M2I LIFE SCIENCES, RÉCOMPENSÉ

Diplômé de l'Edhec Business School, Philippe Guerret a démarré sa carrière dans des grands groupes internationaux en France et à l'étranger. Il a notamment travaillé aux États-Unis dans le commerce de détail, avant de rentrer en France pour participer à la création du groupe Minafin. Mais alors qu'il avait une vision long terme davantage tournée vers le B2C, il a décidé, en 2012, de repartir de zéro pour créer M2i Life Sciences, entouré d'une équipe de proches : son frère Olivier, Gilles Rubinstenn et Bruno Geny. Ensemble, ils ont donné naissance à un groupe spécialisé dans le biocontrôle qui emploie aujourd'hui 110 personnes. Ils ont démarré cette aventure par une première acquisition, la société de R&D Holis technologies basée à Lacq (64). « Sa situation financière était mauvaise, mais à l'intérieur, il y avait une pépite : un savoir-faire dans les phéromones », explique Philippe Guerret. Or ces substances chimiques qui sont émises par la plupart des animaux et certains végétaux sont aujourd'hui utilisées en agriculture biologique pour attirer, piéger ou éloigner certains insectes ravageurs : alternative crédible aux phytosanitaires classiques. C'est à Lacq, désormais dans l'hôtel d'entreprises ChemStart'up, que sont hébergés les laboratoires de R&D. Puis en 2013, la société a acquis auprès de Solvay un site de production basé à Salin-de-Giraud dans les Bouches-du-Rhône. Enfin en 2015, la société a installé une activité de conditionnement dans un ancien site d'embouteillage viticole à Parnac (46), transformé en centre de fabrication. Dans ce domaine du biocontrôle, M2i Life Sciences cherche en effet à développer des solutions prêtes à l'emploi. Grâce à quinze familles de brevets. M2i dispose d'un catalogue de 65 références avec des solutions innovantes pour lutter contre le charançon du palmier, la chenille processionnaire du pin, la pyrale du buis ou le ver de la grappe. L'originalité des travaux de M2i lui a déjà valu de nombreuses récompenses dont un Prix Entreprises et Environnement du ministère de l'Écologie en 2015, le Trophée RMC PME 2016, le Busines Award for Environment de la Commission Européenne 2017, et le prix Pierre Potier, fin 2017. En juillet dernier, M2i Life Sciences a réalisé une première levée de fonds de 12 ME auprès d'Idinvest Partners.

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