Nous suivre Info chimie

Pascal Barthélemy fait un point d'étape sur le plan Chimie verte et biocarburants

Propos recueillis par Sylvie Latieule

Sujets relatifs :

, ,
Pascal Barthélemy fait un point d'étape sur le plan Chimie verte et biocarburants

Pascal Barthélemy, directeur général adjoint de l’IFP Énergies Nouvelles, pilote le plan Chimie verte et biocarburants.

Le directeur général adjoint de l'IFPEN assure le pilotage du plan Chimie verte et biocarburants qui vise à créer les conditions favorables et ainsi permettre l'investissement industriel dans ces domaines. D'ici à cet été, les premiers projets pourraient être lancés grâce à la levée des obstacles qui empêchaient leur concrétisation.

Pouvez-vous rappeler la philosophie générale de ce plan pour tout ce qui touche à la valorisation de la biomasse ?
 

L'idée est qu'en France, nous avons d'importantes ressources agricoles et sylvicoles avec la production d'huile, de sucre et d'amidon. L'objectif du plan est de tirer le maximum de bénéfices de cette richesse. Dans un premier temps, il s'agit d'identifier les besoins en ressources de l'industrie chimique, tant en termes de quantités que de qualité, et de voir ce que les agro-industriels sont capables d'apporter comme solutions. Notre objectif est de faire en sorte que les industriels de la chimie et le monde agricole confrontent leurs points de vue. Qu'est-ce qu'un produit compétitif pour les uns ou les autres ? Est-ce que la notion de proximité de sourcing présente un intérêt ? Pour autant, ce plan Chimie verte et biocarburants ne porte pas exclusivement sur les filières du végétal. Il s'intéresse aussi à la durabilité des filières fossiles.

 

Quel mode de gouvernance avez-vous retenu pour le pilotage de ce plan ?
 

Dès le début, nous avons créé un copil (comité de pilotage) d'une quinzaine de membres qui se réunit tous les 3 ou 4 mois. Parmi ses membres, il y a des industriels : Arkema, Solvay, PCAS, Total, Roquette, Novacap, Avril, UIC, des organismes publics : CGI, BPIfrance, Ademe, et des représentants des ministères concernés et du cabinet d'Emmanuel Macron, ministre de l'Économie. Nous avons également créé des groupes de travail, notamment sur les biocarburants et sur les bioproduits, qui se réunissent tous les mois.

 

Que s'est-il passé depuis la présentation de votre feuille de route au gouvernement en juillet dernier ?
 

Au niveau des projets que nous avons recensés, nous avions fait un travail d'identification des verrous. Tout ce qui concerne les verrous réglementaires va être pris en charge par l'administration, par exemple le projet de loi sur l'interdiction des sacs de caisse, à l'exception des sacs compostables ou biosourcés. Aussi, dès septembre, nous avons davantage axé notre travail sur des aspects de financement à travers la mise en place d'un « comité des financeurs ». Sur les 45 projets, tous n'ont pas affiché un verrou financier et tous ne sont pas au même niveau de maturité de décision d'investissement. Le comité a déjà auditionné 17 projets parmi les plus matures (et 7 autres sont en cours d'audition en ce début d'année). Selon les cas, nous les avons orientés sur différents programmes de financement, comme des appels à projets thématiques de l'Ademe ou le nouveau fonds PIAVE, mis en place fin 2014. Doté de 425 M€, il est surtout destiné à soutenir la démarche des 34 plans de la nouvelle France industrielle au travers d'un investissement avisé en minoritaire dans des sociétés de projets aux côtés des industriels.

 

Quels sont les autres sujets sur lesquels vous vous êtes mobilisé ?
 

J'ai travaillé sur la question des biocarburants. En France, nous avons une importante chaîne industrielle qui produit à la fois de l'huile et de l'éthanol où 2 milliards d'euros ont été investis sur les 10 dernières années. Alors que l'on était sur des tendances claires d'incorporation dans les carburants, tout le système s'est arrêté en France, comme en Europe, en raison du buzz qui a été fait autour du sujet du risque de changement d'affectation des sols. Aujourd'hui, les biocarburants de première génération (G1) sont limités dans leur taux d'incorporation et on réfléchit à la part des biocarburants G2. Par ailleurs, le projet de loi sur la transition énergétique qui est actuellement en négociation vise à diminuer de 30 % à l'horizon 2030 nos consommations de produits fossiles. À cela s'ajoute une situation très difficile du raffinage français, en dépit de la baisse du prix du pétrole. Avec l'« hyper-diésélisation » de notre parc automobile, nous devons importer du diesel alors que nous sommes exportateurs d'essence. Mais nos débouchés sont essentiellement tournés vers les États-Unis. Qu'allons-nous faire de toute l'essence que nous produisons alors que les États-Unis deviennent autosuffisants ? Dans ce contexte, j'ai proposé de mettre autour de la table des producteurs d'agroressources, des raffineurs, des membres de l'administration pour prendre en compte les contraintes de chacun et imaginer un futur ambitieux pour la filière des biocarburants en France. Les constructeurs automobiles français sont également consultés.

 

Considérez-vous que la baisse des prix du pétrole est une menace pour les projets autour de la chimie du végétal ?
 

Aujourd'hui, la baisse du prix du pétrole s'explique par une baisse conjoncturelle de la demande avec le ralentissement de la croissance dans les pays émergents associée à une offre trop abondante. Mais l'offre et la demande vont finir par se rééquilibrer et les prix vont remonter. Le besoin en énergie du monde est corrélé à la croissance de la population et du niveau de vie. C'est une question d'arithmétique ! Au-delà de ce contexte, nous devons travailler sur la compétitivité de la filière végétale. Mais la chimie du végétal est une filière émergente qui se cherche encore. Contrairement au domaine des biocarburants, on ne l'a peut-être pas assez aidée en envoyant des signaux forts en France comme en Europe.

 

Que pourrait-on faire ?
 

Nous avons réalisé un benchmark pour identifier les pays qui favorisent les produits biosourcés. Nous avons surtout identifié les États-Unis avec le programme Biopreferred et la Malaisie. En France, j'avais proposé qu'une préférence soit donnée aux produits biosourcés dans les appels publics. Mais la mise en avant du caractère biosourcé ne semble pas compatible avec les règles d'appels d'offres des marchés publics. Une solution consisterait à mettre en place des labels de mesure du contenu biosourcé des produits. Sur ce sujet, nous sommes en relation avec l'Association chimie du cégétal (ACDV) qui a développé une méthode autour de la mesure du carbone 14 couplée à une analyse élémentaire.

 

À quand les premières annonces d'investissements ?
 

J'espère que l'on pourra faire de premières annonces dans les semaines qui viennent, au plus tard en juin.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Pyrowave recycle le polystyrène avec des micro-ondes

Pyrowave recycle le polystyrène avec des micro-ondes

Créée en 2014, la société canadienne Pyrowave s'est attaquée au recyclage du polystyrène. Basé sur l'utilisation des micro-ondes, son procédé permet de[…]

01/06/2020 | PolystyrèneZoom
Le captage et le stockage du CO2 font un pas en avant

Le captage et le stockage du CO2 font un pas en avant

Les soudières françaises entament leur démarche de transition énergétique

Les soudières françaises entament leur démarche de transition énergétique

Des micro-algues pour une troisième génération de biocarburants

Des micro-algues pour une troisième génération de biocarburants

Plus d'articles