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Entretien

Patrick Maestro : « Nous avons besoin de bioraffineries performantes »

Sylvie Latieule
Patrick Maestro : « Nous avons besoin de bioraffineries performantes »

© Cyril FRESILLON/LOF/CNRS Photothèque

Installé en Nouvelle-Aquitaine, Patrick Maestro, directeur scientifique de Solvay, s’intéresse notamment à la recherche autour des produits biosourcés. À ce titre, il préside le club des industriels du réseau Increase. Quel bilan tire-t-il de vingt années de développements dans le secteur ? Quelles perspectives entrevoit-il ? Le scientifique s’explique.

Aujourd’hui, on peut affirmer que l’industrie chimique a changé dans la prise en compte de son impact environnemental et qu’elle est pleinement investie dans la lutte contre le changement climatique. En tant que directeur scientifique du groupe Solvay, et alors que vous baignez depuis de longues années dans le monde de la recherche, est-ce que vous percevez une rupture ?

Il est vrai que la chimie a changé et qu’elle se préoccupe désormais complètement  de l’impact environnemental de ses produits et de ses procédés. Mais cette prise de conscience n’est pas nouvelle. Elle remonte déjà à une bonne dizaine d’années. Chez Solvay, on peut évoquer les travaux importants réalisés par Guy-Noël Sauvion pour déterminer les impacts économiques et environnementaux de nos produits, notamment au travers de la réalisation d’analyses de cycle de vie. Ce qui a pu changer récemment, c’est que nous disposons enfin de résultats très concrets qui nous permettent de fixer des objectifs précis relatifs à la diminution de notre impact sur l’environnement. Et c’est toute la chaîne de valeur qui est interrogée : nos procédés, nos produits, et leur devenir chez nos clients. On travaille également beaucoup sur le sujet de l’énergie, celle nécessaire pour nos procédés, mais aussi sur son stockage, ou sur les matériaux permettant des économies d’énergie, allègement par exemple. On peut noter une très nette accélération en termes de développement durable, et ce qui était encore impensable, il y a quelques années, commence à devenir possible grâce aussi aux demandes des consommateurs.

Vous collaborez au réseau Increase qui correspond à un rapprochement entre laboratoires académiques et un club d’industriels, afin d’accélérer le remplacement du carbone fossile par du carbone renouvelable. À ce titre, comment expliquez-vous la faible percée du biosourcé chez les grands chimistes, alors que c’est potentiellement une opportunité pour réduire l’empreinte carbone des produits chimiques ?

Le principal problème dans le domaine du biosourcé reste la disponibilité de la ressource. Un grand chimiste qui va consommer des volumes importants de matière première doit être sûr de disposer d’une ressource à la fois abondante, stable et pérenne du point de vue de sa disponibilité, de ses spécifications techniques ou de son coût. C’est justement le gros avantage de la pétrochimie que d’offrir une matière première stabilisée depuis des années. On sait exactement quels types de produits vont pouvoir sortir d’une raffinerie et à quel coût. Dans le cas du biosourcé, la ressource n’est toujours pas stabilisée. Il y a certes des exceptions sur quelques filières. Par exemple, le groupe Roquette a su créer une activité autour de l’amidon de blé ou de maïs en restant positionné sur un créneau bien précis. Aujourd’hui, la véritable bioraffinerie capable de donner à un industriel les produits au robinet dont il a besoin n’existe pas.  

Lire aussi notre article sur le reseau Increase

Lorsqu’elles sont disponibles, les matières premières biosourcées sont bien souvent plus onéreuses ? Qu’en disent vos clients ?

De façon générale, nos clients ne sont pas encore prêts à payer plus cher pour des produits biosourcés, sauf si la molécule biosourcée apporte un plus, ou que le caractère bio peut-être valorisé, comme dans les parfums et arômes ou les soins de la maison ou de la personne. Aujourd’hui, nous connaissons peu de cas ou le biosourcé apporte une performance supplémentaire, mis à part le polymère biosourcé Rilsan ou quelques cas isolés. Nous commençons cependant à développer des solvants ou des surfactants que l’on ne peut pas obtenir par la pétrochimie et qui apportent des propriétés nouvelles. Pour arriver à développer de nouveaux produits biosourcés, la difficulté vient du fait qu’il faut combiner plusieurs critères : il faut un accès à de la bioressource, un procédé de transformation efficace, une molécule cible performante pour le client, le tout à un coût raisonnable. D’où cette percée encore faible du biosourcé. Pour autant, la tendance est là. Tous les grands chimistes sont à l’affût de bioressources et de nouvelles molécules, et petit à petit, on voit la filière se structurer. Néanmoins, cela prendra du temps.

Si l’on examine tous les grands types de biomasse qui pourraient avoir des valorisations[…]

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