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« Pour chaque déchet, nous essayons de valoriser un maximum de ressources »

Propos recueillis par Sylvie Latieule

Le groupe Suez a récemment restructuré son offre européenne en matière de traitement et de valorisation des déchets dangereux. Rebaptisée IWS, cette activité traite chaque année quelque 2,9 millions de tonnes de déchets en France et dans 5 autres pays européens. Détails avec Azad Kibarian, directeur général de Suez IWS.

InfoChimie magazine : Pouvez-vous nous décrire cette entité IWS créée en 2016 au sein du groupe Suez ?

Azad Kibarian : IWS, qui signifie Industrial Waste Specialties, est une business unit du groupe Suez spécialisée dans le traitement et la valorisation des déchets dangereux. Elle est née en 2016 du regroupement des activités déchets dangereux qui étaient réparties dans six pays européens dont la France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, la Belgique et les Pays-Bas. Cette activité réalise un chiffre d'affaires de près de 500 millions d'euros pour un effectif de 1 600 personnes. L'histoire d'IWS remonte à plus de 20 ans avec la création de Teris, une entreprise commune entre Suez et le groupe Rhodia pour l'incinération de ses déchets des plateformes chimiques de Roussillon et de Pont de Claix. Puis en 2002, Suez a racheté les parts de Rhodia et consolidé la société par des acquisitions successives et le développement de ses usines. Ces activités ont également été connues sous le nom de Sita FD, Sita Remediation et Sita Rekem. Aujourd'hui, IWS est composée de deux branches : Minerals et Chemicals.

Quelle est la raison de cette réorganisation en 2016 ?

A.K. : Il fallait mettre en cohérence toute l'activité pour plusieurs raisons. Nous souhaitions proposer une offre globale et des prestations alignées dans toute l'Europe pour de grands clients comme Arkema, Sanofi ou Solvay. Notre volonté était aussi d'optimiser la gestion des flux, sachant que les déchets dangereux à haute valeur peuvent être valorisés à travers l'Europe. Est-ce qu'une tonne de déchets traitée aux Pays-Bas crée le maximum de valeur ou serait-il préférable de la traiter en Belgique ou en Allemagne ?

Quels sont les types de prestations proposées par vos deux branches, et tout d'abord par « Chemicals » ?

A.K. : La branche Chemicals représente 200 M€ de chiffre d'affaires pour un effectif de plus de 800 collaborateurs. Dans le cadre de cette activité, 800 000 t de déchets sont traitées chaque année. Nous réalisons des prestations de regroupement et d'incinération de déchets, soit sur nos sites comme Pont de Claix ou Roussillon, soit dans des cimenteries, dans le cadre de contrats de partenariats que nous avons signés dans 4 pays. Nous leur proposons ainsi des combustibles qui viennent se substituer à des énergies conventionnelles (charbon ou « coke »). Ceci améliore leur compétitivité et permet d'abaisser leurs émissions nettes de CO2. Chaque année, nous préparons jusqu'à ? million de tonnes de combustible pour des cimenteries.

Nous opérons également plusieurs unités de régénération de solvants, en particulier de solvants chlorés. Nous détenons 4 unités en France, en Belgique et aux Pays-Bas, et nous travaillons également en boucle fermée pour certains grands clients. C'est notamment le cas chez DSM, aux Pays-Bas.

Pouvez-vous nous présenter les activités de la branche « Minerals » ?

A.K. : La branche Minerals représente un chiffre d'affaires de près de 240 M€ pour un effectif de plus de 700 personnes. Elle est spécialisée dans le traitement de déchets dangereux solides de type amiante, sols pollués ou encore Refiom (résidus d'épuration des fumées d'incinération de déchets ménagers).

Et pour tous ces déchets dangereux, y a-t-il un enjeu de circularité et de valorisation de certaines fractions ?

A.K. : C'est le sens de l'histoire et c'est justement l'un des mots d'ordre de Suez en faveur d'une économie circulaire. Pour chaque déchet, nous essayons de valoriser un maximum de ressources. Par exemple, nous sommes partenaires de Solvay dans la société Resolest, avec un procédé permettant de produire de la saumure grâce au recyclage des Refiom. Depuis 2003, les innovations de Resolest ont permis de recycler plus d'un million de tonnes de saumure, réutilisée par Solvay à Dombasle-sur-Meurthe dans le cadre de la production de son bicarbonate de soude.

Est-il important d'avoir une approche partenariale pour développer cette économie circulaire ?

A.K. : Le groupe investit chaque année 74 millions d'euros dans la R&D. Sur ce sujet de la valorisation des déchets, nous essayons également de nous rapprocher de start-up, notamment dans le cadre de Suez Ventures. Ce fonds d'investissement, créé en 2010, a pour vocation de compléter la palette d'outils d'Open Innovation du groupe en facilitant aux unités opérationnelles l'accès à des solutions innovantes pour leurs métiers, en particulier dans la gestion de l'eau, le recyclage et la valorisation des déchets.

Quels types de sujets regardez-vous en ce moment ?

A.K. : Nous nous intéressons par exemple à la valorisation de molécules comme le brome ou l'iode, alors que l'intérêt pour le chlore, qui appartient à la même famille des halogènes dans la classification périodique des éléments, est un sujet plus ancien.Nous accompagnons également nos clients dans leurs projets de croissance verte. Par exemple, sur la plateforme chimique de Roussillon, en plus de l'incinérateur, nous exploitons la centrale biomasse Robin qui fournit 25 t/h de vapeur haute pression. C'est une énergie renouvelable et locale. Pour cette installation, nous avons bénéficié du soutien du Fonds Chaleur de l'Ademe, le BCIAT, et nous avons d'autres projets en cours de ce type en France. Nous cherchons également à renforcer notre intégration sur les sites de nos clients industriels. En début d'année, nous avons racheté les installations de traitement de déchets dangereux de Dow à Schkopau en Allemagne pour renforcer notre présence sur le territoire, notre maillage européen et optimiser le fonctionnement de l'installation en produisant notamment davantage de vapeur pour les industriels de la plateforme.

Que faut-il retenir sur la tendance de marché dans le domaine des déchets dangereux ?

A.K. : En France, nous observons actuellement une croissance du marché en valeur, mais une décroissance en volume. Nos clients produisent moins de déchets, mais ceux-ci sont plus complexes à traiter, avec un souci manifeste de valoriser davantage. Les industriels sont de plus en plus enclins à nous confier la gestion globale de leurs flux, comme le groupe Arkema qui vient de renouveler pour quatre ans et même d'étendre son contrat avec IWS pour la gestion et la valorisation des déchets de ses 28 sites en France. Cela représente des volumes de 240 000 tonnes de déchets. L'idée est de lui apporter nos compétences industrielles pour l'aider à progresser dans le taux de valorisation de ses déchets et dans l'optimisation de ses coûts.

IWS EN BREF

- 500 M€ de chiffre d'affaires - 2,9 Mt/an de déchets - 1 600 collaborateurs - Présence industrielle dans 6 pays européens - 5 incinérateurs - 8 installations de stockage de déchets dangereux - 14 plateformes de terres polluées - 15 plateformes de prétraitement de déchets dangereux

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